Washington National Opera, Kennedy Center, Washington DC • 1.4.07 à 13h30
Richard Wagner (1870).
Mise en scène : Francesca Zambello. Direction musicale : Heinz Fricke. Avec Plácido Domingo (Siegmund), Anja Kampe (Sieglinde), Gidon Saks (Hunding), Alan Held (Wotan), Linda Watson (Brünnhilde), Elena Zaremba (Fricka), Jane Ohmes, Caroline Thomas, Stacey Rishoi, Heidi Vanderford, Beverly O’Regan Thiele, Claudia Huckle, Magdalena Wór, Rebecca Ringle (les Walkyries).
Je me répète, mais cette succession de Walkyries (après celle-ci et celle-ci, en particulier) est un bonheur pour qui aime comme moi comparer les versions et les interprétations.
L’Opéra de Washington est, lui aussi, en train de présenter un Ring au rythme d’un épisode par saison (bien que Siegfried soit apparemment repoussé à la saison 2008/2009). C’est un Ring qui se veut passé au filtre de l’histoire et de l’actualité américaines, ce qui est plutôt intéressant… sauf si on lit les notes du “dramaturge” dans le programme car sa façon d’évoquer les méfaits du capitalisme, les progrès du féminisme ou bien encore les irréparables outrages dont la nature est victime est assez affligeante. Zambello propose quelques visuels plutôt réussis (c’est son rayon) : le premier acte se déroule dans une sorte de cabane dont la façade se soulève lorsque les personnages y pénètrent et dont les murs s’écartent lorsque survient le printemps ; le début du deuxième acte est situé, semble-t-il, au sommet d’une très haute tour dominant une ville en noir et blanc qui rappelle New York ; le tableau suivant se déroule sous un coude d’un tronçon en mauvais état d’une sorte de route surélevée (copie conforme du décor de la comédie musicale Whistle Down the Wind, pour ceux qui ont vu) ; le dernier tableau, enfin, se déroule dans une sorte de champ de bataille dans lequel les Walkyries, habillées en pilotes d’avions, arrivent en parachute. Le tout soutenu par des projections assez réussies tantôt en fond de scène, tantôt à l’avant.
Sur scène, la distribution est solide. Domingo (que j’entendais, me semble-t-il, pour la première fois) est splendide en Siegmund… du moins aussi longtemps que tient sa voix. Il a un peu de mal à arriver au bout du deuxième acte et s’en excuse d’ailleurs lors des saluts qui suivent ; mais le public de Washington semble l’aduler et son geste d’excuse ne lui vaut qu’un redoublement des ovations. La Sieglinde d’Anja Kampe est satisfaisante sur le plan dramatique, mais je n’aime pas ses aigus un peu acides. Magnifique prestation d’Alan Held : son Wotan, parfaitement crédible de bout en bout, est d’une belle autorité. Dommage que Elena Zaremba contrôle aussi mal son vibrato car cela porte fortement préjudice à sa Fricka, par ailleurs fort bien jouée. Quant à la Brünnhilde de Linda Watson, déjà entendue dans le Ring du Châtelet, elle est plutôt convaincante, mais ses notes aiguës dans le cri de guerre des Walkyries tombent souvent à côté de leur cible. Seul réel point faible, les autres Walkyries sont sérieusement déficientes et ne font pas du tout illusion.
La direction musicale tout en velours de Heinz Fricke est un vrai bonheur. Il étire pas mal les tempos, mais ce n’est que pour mieux exposer la texture magnifique de la partition de Wagner (on n’est pas si loin de Celibidache). Du coup, on entend des motifs et des juxtapositions qui sont habituellement noyés dans la masse. C’est assez envoûtant et cela contribue fortement à faire monter le plaisir. Les trois fins d’actes sont électrisantes tellement elles sont menées avec un sens remarquable du drame musical.
Petite curiosité : seuls Wotan, Brünnhilde et Sieglinde sont présents au salut final. Les autres chanteurs ont dû rentrer se coucher après le deuxième acte…
Bonsoir Laurent ! Pas eu vraiment de loisir de passer butiner par ici ces jours-ci... Plus de problème technique en vue, je vais retenter sur les articles dès que j'ai remis la main dessus.
Oui, Domingo commence à accuser des difficultés à porter ses tenues à partir du sol3. Mais à son âge, avec sa technique spéciale, la durée de sa carrière, le nombre de représentations par an, la lourdeur des rôles, l'engagement sans concession, la régularité de la qualité, c'est plutôt ébouriffant tout de même.
C'est sans nul (après peut-être Lorenz) le Siegmund qui me touche le plus, avec une chaleur très spécifique.
Tu as effectivement une frénésie de walkyries, en ce moment... Tu me diras, c'est plus facile à trouver que n'importe quel opéra comique... il y a aussi une affaire d'offre, c'est vrai.
Rédigé par : DavidLeMarrec | 03 avril 2007 à 01:54
> C’est vrai que “chaleur” est un mot qui s’applique bien à la voix de Domingo. Son Siegmund était magnifique.
Il y a encore quelques Walkyries en vue :
– celle d’Aix en juin,
– celle “du Kirov” au Met à New York en juillet,
– celle de Covent Garden en octobre (avec Domingo en Siegmund),
– celle du Met en février 2008.
Rédigé par : Laurent | 03 avril 2007 à 02:11
Domingo est le ténor dont je suis "amoureuse" depuis toujours, une voix et une chaleur extraordinaires : tout à fait d'accord!!
Des prises et des tenues de rôle époustouflantes..
Alors il peut commencer à fatiguer un peu, rien ne lui ôtera jamais son exceptionnalité et son charisme!!
Merci de m'avoir fait rêver Laurent...
Rédigé par : Lea | 03 avril 2007 à 12:26
> C’est un plaisir, comme toujours, chère Lea.
Rédigé par : Laurent | 04 avril 2007 à 01:34
Eh bien, nous sommes partis pour une sacrée aventure !
Par ailleurs, puisque Léa est dans les parages, j'avais un réponse sur BB que je n'avais pas pu poster à l'époque.
http://blog.parisbroadway.com/2007/01/journal_dun_dis.html
Rédigé par : DavidLeMarrec | 04 avril 2007 à 04:57
Dîtes Laurent, je crois que je vous dois toujours une Schwarzwalder étant données nos circonstances d'alors!!! sourire..
Ah, Cher David, je cours lire cette réponse!!!
Vos interventions sont toujours très intéressantes.
Je crois que vous n'aviez pas assisté à cette représentation de mémoire? Pour ma part j'avais beaucoup apprécié tel que je l'avais écrit "chez moi", comme ici..
Oui j'avoue avoir été un peu débordée, connu une période de "turbulences diverses" mais je retrouve toujours ce blog avec autant de plaisir.. sourire
Rédigé par : Lea | 04 avril 2007 à 21:19
David, je viens de vous lire autour de Bartok et plus spécifiquement de la diction... sourire; promis, je vais vous répondre mais pas tout de suite maintenant... et vous prie de m'en nullement tenir rigueur...
A très bientôt!!!
Rédigé par : Lea | 04 avril 2007 à 21:24
David > J’essaie de garder le rythme des Walkyries. J’imagine que toutes les maisons d’opéra vont ensuite se mettre à Siegfried, ce qui sera peut-être un peu plus difficile pour moi. C’est, des quatre, celui qui me donne le plus de fil à retordre.
Lea > Vous ne me devez rien, mais tout ce qui s’adresse à mon estomac est de nature à m’enchanter… surtout si le plaisir sucré se double de celui de vous revoir.
Rédigé par : Laurent | 04 avril 2007 à 23:40
Je ne suis absolument pas d'accord avec toi ,Anja Kampe que j'ai entendu pour la première fois est exceptionnelle sur tous les plans .Depuis Leoni Rysanek aucune Sieglinde ne m'avait fais autant vibré.Un chant sublime et une dramaturgie au sommet .Pour ma part tous les chanteurs sont venus a la fin du 3eme acte: sur qu'ils n'étaient pas en vacances ce soir la!!!!!
Rédigé par : frederic | 11 avril 2007 à 19:15
> Bienvenue, frederic, et merci pour ton commentaire. Cela fait un peu partie de la magie du spectacle vivant que chaque spectateur “reçoive” la représentation différemment des autres. Et c’est sans doute encore plus vrai lorsqu’on assiste à deux représentations différentes.
Cela étant, mon commentaire n’avait pas pour objet d’accabler Anja Kampe, dont j’ai beaucoup apprécié la prestation malgré ma petite réticence devant l’acidité de ses aigus.
Rédigé par : Laurent | 12 avril 2007 à 00:35