Théâtre du Châtelet, Paris • 8.3.07 à 19h30
Katerina Ismailova. Dmitri Chostakovitch (1963). Livret d’Alexandre Preis et Chostakovitch, d’après la nouvelle de Nicolas Leskov.
Version concert. Orchestre National de France, Tugan Sokhiev. Avec Solveig Kringelborn (Katerina), Alexeï Tannovitski (Boris), Evgeny Akimov (Zinovyï), Vladimir Grishko (Sergueï), Ilya Bannik (Le pope, un vieux bagnard)…
Ahurissant. Bluffant. Catatonique. Éblouissant. Fabuleux. Grandiose. Inoubliable. Lacrymogène. Monumental. Phénoménal. Sublime. Tachycardique. Unique.
Presque une heure après la fin de la représentation, je ne suis pas redescendu de mon nuage. J’avais adoré le Lady Macbeth de Mtsensk de Covent Garden en octobre dernier ; ce Katerina Ismailova, version révisée de l’œuvre créée presque trente ans plus tard après mise aux normes soviétiques, m’a littéralement mis en transe ininterrompue pendant plus de trois heures.
L’Orchestre National de France (placé dans la fosse et non sur scène, à l’exception d’une fanfare de cuivres), shooté aux amphétamines, a fait des étincelles. Dans cet état, il vaut toutes les Philharmonies de Berlin et tous les Orchestres du Concertgebouw du monde. Des cuivres en folie, techniquement irréprochables, des bois d’une expressivité et d’une poésie infinies, des cordes qui savent être à la fois incisives et soyeuses, une harpe exquise, des percussions déchaînées…
Le tout dans un ensemble parfait. Tugan Sokhiev, que je voyais, me semble-t-il, pour la première fois, sidère par la justesse de ses choix dynamiques et du style qu’il imprime à la musique. Mais c’est surtout par sa capacité à entraîner la représentation dans un tourbillon frénétique, toujours parfaitement maîtrisé, qu’il étonne. C’est un véritable feu d’artifices, qui fait tourner la tête de bonheur.
C’est d’ailleurs là que l’on se rappelle à quel point l’acoustique du Châtelet peut être fabuleuse. Sans doute pas de partout. Mais du troisième rang d’orchestre, avec le plancher qui vibre lorsque les cuivres se déchaînent et des équilibres parfaits entre voix et musique, l’expérience est transcendantale. (Allez écouter de la musique enregistrée dans votre séjour après cela…)
On ne peut qu’être sidéré par l’accumulation de talent sur la scène. Les solistes et le chœur sont tous exceptionnels. Ils ne contentent pas de chanter leur rôles, comme cela peut se produire en version concert, mais les interprètent brillamment. Solveig Kringelborn chante sans partition. Elle est à couper le souffle. Les voix d’hommes sont à chavirer de bonheur. Le Boris du baryton-basse Alexeï Tannovistki est une merveille absolue.
Il y a une deuxième représentation samedi. Courez-y. Achetez une place, mendiez-en une, volez-en une… mais ne passez pas à côté de cet enchantement. C’est une expérience comme on en rencontre une fois tous les dix ans.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que tu donnes envie !!! :)
Rédigé par : Matoo | 09 mars 2007 à 13:41
c'est très différent de Lady Macbeth de Mtensk ?
(allez; je me lance. Avec un peu de chance ça ne sera pas une question idiote ;-))
Rédigé par : zvezdo | 09 mars 2007 à 20:11
Matoo > Et je ne suis pas actionnaire du Châtelet… Au fait, la représentation de samedi est diffusée en direct sur France Mu.
zvezdo > Non, pas très différent. Même assez proche. L’histoire et le découpage sont à peu près identiques. Katerina gomme certaines aspérités (Katerina chante moins souvent dans le suraigu ; les lignes mélodiques sont un peu simplifiées ; certains épisodes sont raccourcis ; il me semble que le côté grand-guignolesque est légèrement estompé). Certains diraient sans doute que c’est une version affadie et peut-être un peu plus “facile” (cf. la nécessité d’être “soviétiquement correct”).
Rédigé par : Laurent | 09 mars 2007 à 23:20
Et puis, c'est une version non-porno, Sergeï saute très rapidement Katerina, ce n'est plus explicite sur scène comme avant (ça prouve au passage que Staline, c'était un vrai coincé du derch, ma parole ! Pas étonnant qu'après il ait tué 50 millions de personnes, avec une telle frustration -- c'était la pause "l'Hisoitre selon Freud par Palpatine").
Bref, pour le merveilleux-génialissime-fantastique-et-j-en-passe, je confirme :
http://palpatine42.free.fr/blog/post/2007/03/11/samedi-lyrico-lyrique-2/2
Merci pour le bon plan ! :)
Rédigé par : palpatine | 11 mars 2007 à 02:37
> Toujours heureux de pouvoir aider mon prochain…
Rédigé par : Laurent | 11 mars 2007 à 11:45