Opéra-Théâtre d’Avignon • 25.2.07 à 14h30
Georges Bizet (1863). Livret d’Eugène Cormon et Michel Carré.
Orchestre lyrique de région Avignon-Provence, Vincent Barthe. Mise en scène : Nadine Duffaut. Avec Patrizia Ciofi (Leïla), Antonio Figueroa (Nadir), Marcel Vanaud (Zurga), Nicolas Testé (Nourabad).
C’est avec trépidation que j’allais voir pour la première fois une production du chef d’œuvre de Bizet. Même si le plaisir ne fut pas vraiment à la hauteur de mes attentes, la représentation a confirmé à quel point cette partition est un véritable bijou. Les tempos de Vincent Barthe sont peut-être légèrement distendus, mais sa direction a de l’allure et donne une jolie personnalité à la musique.
Sur scène, même si toutes les prestations sont parfaitement respectables, il manque un petit quelque chose pour emporter l’adhésion.
Le Nadir d’Antonio Figueroa est léger, très léger. Même s’il fait montre de belles intentions stylistiques, la réalisation laisse à désirer. Quelqu’un dans les galeries supérieures a crié “bis !” à la fin de son grand air “Je crois entendre encore…” Mon voisin m’a regardé, incrédule. “Ce doit être son père”, nous sommes-nous dit presque simultanément.
Le Zurga de Marcel Vanaud est beaucoup plus convaincant, mais la voix, dont elle sent qu’elle a dû être superbe, commence à montrer les signes de l’âge et perd une bonne partie de sa puissance dans le médium. Et c’est dommage, car son grand air du début du troisième acte (“L’Orage s’est calmé”) a été magnifiquement mené.
Quant à la Leïla de Patrizia Ciofi… comment dire ? Elle a une technique solide, très solide, même… mais elle donne l’impression de forcer ses aigus… et les intentions stylistiques, qui sont visibles sur son visage et dans ses attitudes, ne se transmettent pas du tout à la voix, qui manque de rondeur, de chaleur, de recueillement. On en retire l’impression d’une relative froideur, d’autant plus surprenante que Ciofi vit intensément son rôle. Elle a même des allures de Callas, par moments. Mais est-elle vraiment colorature ?
Magnifique prestation de Nicolas Testé, qui n’a malheureusement pas beaucoup d’occasions de briller dans le petit rôle de Nourabad, ainsi que du Chœur.
J’ai trouvé la mise en scène d’une totale indigence. Il ne suffit pas d’essayer de faire de jolies images et de “poser” des danseurs (excellents, du reste) à côté des chanteurs pour créer la moindre illusion de contenu dramatique. Je plaignais les pauvres Nadir et Zurga, obligés de réaliser une parodie de langage des signes pendant leur duo “Mais dans mon âme soudaine…” : chaque fois que revenait la phrase “Jurons de rester amis”, les pauvres devaient tendre leurs mains devant eux pour les rejoindre en signe d’union. Chacun face au public, bien sûr : chez Nadine Duffaut, les personnages ne chantent jamais autrement qu’en regardant le public. Quel gâchis quand on pense au potentiel dramatique de ces merveilleux duos et trios !
Le budget de l’Opéra-Théâtre d’Avignon ne lui permet visiblement pas de se payer un système de surtitrage, qui serait pourtant le bienvenu. Il était très difficile de comprendre les paroles, pourtant en français. Seuls Marcel Vanaud et Nicolas Testé sont vraiment compréhensibles. Pour les spectateurs qui ne connaissent pas l’œuvre et qui doivent se contenter des vingt lignes de synopsis pompeusement intitulées “Analyse” dans le programme, il est sans doute difficile de comprendre quoi que ce soit.
En laissant traîner mes oreilles aux entractes, j’ai entendu les dames d’un certain âge, qui étaient nombreuses majoritaires partout, faire leurs commentaires… et j’ai été surpris par leur pertinence, en particulier sur les mérites comparés des chanteurs et sur la façon dont tel ou tel passage aurait dû être interprété, voire mis en scène. Je me suis réjoui de trouver enfin un public qui se fie à son instinct — et non à la critique du Monde — pour se forger une opinion.
tu es descendu en péniche, par le canal Rhin Rhône ?
Rédigé par: zvezdo | 26 février 2007 à 21:22
> :-)
J’aurais bien aimé, mais c’était beaucoup moins romantique : vol Strasbourg/Roissy puis TGV Roissy/Avignon.
J’ai un Leipzig/Marseille à organiser pour avril qui s’annonce encore un peu plus complexe… surtout depuis que Luthansa a tout changé les horaires de mes vols…
(Je crois que je pourrais tenter la Validation des Acquis de l’Expérience, pour le diplôme d’agent de voyages…)
Rédigé par: Laurent | 26 février 2007 à 21:32
Il m'a semblé également que la voix de Ciofi ne convenait pas du tout au rôle, notamment dans le médium (ou grave ?) , sans parler de la diction ...
Rédigé par: sylvie | 27 février 2007 à 18:09
Oui, cette oeuvre est vraiment un petit délice d'équilibre, avec des surprises par rapports aux attentes du genre.
Nicolas Testé est un garçon surprenant, avec une voix placée très en arrière, mais une bonne projection et une diction malgré tout parfaitement compréhensible.
Autant ses témoignages au disque sont cassants et un peu fades, autant en salle, il dégage quelque chose de vraiment convaincant, un impact particulier.
En plus, curieux, puisqu'il chante vraiment de tout. J'ai assisté à un concert Ropartz-Ibert-Massenet-Mozart par lui, tout de même !
Et on connaît son Roland de Lully...
Pour Ciofi, je t'assure qu'en fermant les yeux, la voix n'est pas tendue, mais mieux vaut fermer les yeux ! Cela dit, il paraît qu'elle rencontre des difficultés en ce moment ; comme ce sont de très mauvaises langues qui me l'ont dit, je n'y ai pas trop prêté foi, mais tu étais mieux placé que moi, en la circonstance. :)
Sinon, je ne saisis pas bien ce que tu veux dire : oui, elle est colorature. Lyrique-léger colorature. Je ne sais pas bien ce que tu visais.
Marcel Vanaud, quand à lui, a un beau métier de chanteur français derrière lui !
Forcément, lorsqu'on n'assiste pas aux représentations, difficile de commmenter pertinemment...
Rédigé par: DavidLeMarrec | 28 février 2007 à 00:40
Moi non plus, "est-elle vraiment colorature?"je ne comprends pas, puisque le rôle m'a paru trop grave pour elle.
J'avais assisté à son récital à Avignon (Lucia, Traviata, Puritani ...) où elle avait été parfaite, malgré des aigus un peu voilés.
Rédigé par: sylvie | 28 février 2007 à 16:06
> Merci sylvie et David pour vos commentaires.
Sur la voix de Ciofi : pour moi, une colorature est une voix capable d’exécuter des acrobaties vocales en conservant sa couleur et son timbre et sans trop donner l’impression d’un effort surhumain (Dessay, Petibon, Massis, Damrau, …, Sutherland, Mesplé, Sills…) Ce que j’ai entendu dimanche ne répondait pas vraiment à ce cahier des charges. Les aigus semblaient provenir d’une autre voix assez aride, peu expressive.
David : promis, la prochaine fois que je vois Ciofi (en avril, normalement), j’essaierai d’écouter en fermant les yeux.
Rédigé par: Laurent | 01 mars 2007 à 01:35