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28 février 2007

“La Juive”

Opéra Bastille, Paris • 28.2.07 à 19h
Jacques Fromental Halévy (1835). Livret d’Eugène Scribe.

Direction musicale : Daniel Oren. Mise en scène : Pierre Audi. Avec Anna Caterina Antonacci (Rachel), Neil Shicoff (Éléazar), Annick Massis (la princesse Eudoxie), John Osborn (Léopold), Robert Lloyd (le cardinal de Brogni)…

Gerard Mortier (dont on vient d’apprendre qu’il prendra les rênes du New York City Opera en 2009) se rachète de toutes ses avanies réelles ou supposées en programmant cette œuvre-phare du répertoire du Grand Opéra français, largement tombée aux oubliettes dans son pays d’origine. Il s’acquitte ainsi d’un important devoir historique, ce qui est tout à son honneur.

Il est difficile de juger de la qualité intrinsèque de La Juive sur la base d’une unique production. Mais il est apparent que, sans être un chef d’œuvre de première catégorie, il s’agit d’une œuvre remarquablement écrite, au superbe potentiel émotionnel et dramatique.

C’est une production de fort bonne tenue que nous propose l’Opéra de Paris. Dans la fosse, Daniel Oren semble se battre un peu contre le plateau pour donner de l’allant à une partition dotée d’une apparente tendance naturelle au ralentissement. Il parvient malgré tout à donner beaucoup d’allure à la musique et à en faire ressortir les accents les plus spectaculaires sans verser dans l’excès. Il mène particulièrement bien la montée vers le paroxysme final, qui prend à la gorge.

Sur scène, on ne peut qu’être conquis par l’excellente prestation d’Anna Caterina Antonacci (qui m’avait déjà enthousiasmé dans le Carmen de Covent Garden) dans le rôle-titre. Son français est presque parfait, et elle éblouit tant par sa prestance vocale que par ses talents de tragédienne.

À ses côtés, Neil Shicoff en fait des tonnes dans le rôle d’Éléazar. Sa voix est d’une puissance étonnante, mais ce qu’il en fait est rarement d’un goût irréprochable : en particulier, il rajoute des ornements et tire les ralentis et les points d’orgue au-delà du raisonnable, à la manière d’un ténor italien un peu trop démonstratif. Et puis son français est épouvantable : aucune voyelle n’est reproduite fidèlement. Il semble malgré tout emporter les suffrages du public.

Et puis il y a la radieuse Annick Massis, dont la princesse Eudoxie est irréprochable à la fois sur le plan technique et sur celui de l’interprétation… malgré une certaine nervosité apparente — c’est pourtant la quatrième représentation.

J’ai beaucoup aimé aussi le cardinal de Robert Lloyd, doté d’une très belle prestance scénique malgré quelques difficultés sur les notes les plus graves.

La mise en scène de Pierre Audi surprend par son obstination à se situer dans le plan de face de la scène. Le décor, assez spectaculaire — mais pas très réussi, mal exploité et très mal éclairé —, offre la possibilité d’utiliser la dimension verticale ; par une curieuse auto-censure, la mise en scène n’utilise en revanche presque jamais la profondeur : les chanteurs semblent prisonniers d’une vignette de bande dessinée sans épaisseur. Le résultat manque singulièrement de théâtralité.

Commentaires

Ah bein chuis pas super d'accord sur la mise en scène, tiens (et surtout sur l'éclairage). Pour la profondeur, je pense tout simplement que ceux qui sont placés derrière deviennent difficilement visibles à cause du meccano géant, pas tout le monde n'a une place à l'orchestre ;) (déjà, au premier balcon tout devant, c'était parfois un peu juste). Bref, ce décor a ses avantages et ses inconvénients, c'est certain, mais de l'audace, c'est indéniable (et puis j'aime pas vraiment le théâtre, aussi, donc ça ne m'a pas plus gêné que ça).

Sinon, grande énigme de la mise en scène, que sont les power rangers en jaune ?

(pour Shicoff, du coup, ça me fait moins de peine de tenter une seconde place samedi, et non mardi prochain ; et sur le CD pas cher vendu à l'entracte, il est comment ?)

> Ouais, mais que ce soit à cause du Meccano ou pour une autre raison, je trouve relativement impardonnable de n’utiliser qu’un mètre de profondeur à la face lorsqu’on dispose d’une scène aussi grande. J’ai tendance à y voir un signe de défiance vis à vis de l’œuvre… et de manque d’imagination.

Cela étant, chacun “reçoit” ce genre de chose à sa façon. Si ça t’a convaincu, tant mieux…

Connais pas le CD, désolé.

" Mais il est apparent que, sans être un chef d’œuvre de première catégorie, il s’agit d’une œuvre remarquablement écrite, au superbe potentiel émotionnel et dramatique."

Bien, tu as tout dit. Suivant !

Très belle oeuvre (tout Halévy n'est pas de ce tonneau, par exemple Charles VI ou la Reine de Chypre...), mais qui n'a pas le sens de la danse ni la frénésie modulatrice de Meyerbeer. Mais comme Gégé ne voulait pas de Meyerbeer, ce sera un Halévy, et ma foi fort bien servi sur le papier. Je regrette assez qu'on n'ait pas embauché Casanova, qui est doté d'une belle voix, d'un français parfait, d'un style irréprochable, et qui chante Cavaradossi à Oslo...


Sur la distribution, ce que j'en devine est tout à fait conforme, notamment sur Shicoff, très braillard et désordonné, y compris côté diction. (Sur les disques et DVD de La Juive, c'est aussi le cas.)


Pour Audi, on lit tout et son contraire. Je suis étonné du manque d'imagination que tout le monde semble reconnaître, lorsqu'on voit son Ring d'Amsterdam, par exemple ! Si seulement ce pouvait être capté... (et sans Shicoff)

> Oui, mais sans Shicoff, ce serait avec Merritt, qui semble avoir beaucoup de difficultés.

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