Opéra national du Rhin, Strasbourg • 24.2.07 à 20h
Richard Wagner (1869). Livret du compositeur.
Orchestre philharmonique de Strasbourg, Günter Neuhold. Mise en scène : David McVicar. Avec Jason Howard (Wotan), Oleg Bryjak (Alberich), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Loge), Hanne Fischer (Fricka), Clive Bayley (Fasolt), Günther Groissböck (Fafner), Ann Petersen (Freia), Alexandra Klosse (Erda), Colin Judson (Mime), Julian Tovey (Donner), Carsten Suess (Froh), Cécile de Boever, Susanne Reinhard, Sylvie Althaparro (les Filles du Rhin)…
L’Opéra du Rhin propose une nouvelle production de L’Or du Rhin, imaginée par le metteur en scène David McVicar. L’exiguïté des dégagements impose un décor unique, abstrait, épuré… et fort bien éclairé par Paule Constable, qui parvient à créer des atmosphères très différentes selon les lieux de l’action.
McVicar propose une lecture simple, littérale et tout à fait convaincante de l’œuvre. Il élabore un visuel intemporel, qui utilise notamment beaucoup les masques. Par moments, on se croirait dans une mise en scène de Julie Taymor (The Lion King en comédie musicale, Die Zauberflöte au Met en opéra). L’utilisation des masques pour les dieux est de loin la plus belle trouvaille de mise en scène : lorsqu’ils enlèvent leurs masques, les dieux deviennent pour ainsi dire humains… et ce sont leurs tourments propres qui les agitent. Quand Freia est emmenée par les géants et que les dieux commencent à vieillir et à dépérir, des “ombres” viennent leur voler leurs masques. Ils les retrouveront, bien sûr, à la fin (en attendant, vraisemblablement, le Crépuscule…)
Le visuel, d’une manière générale, est plaisant : les métamorphoses d’Alberich sont très au point ; le trésor est composé d’immenses fragments dorés qui, une fois assemblés lors de la livraison aux géants, dessinent encore un masque de femme… L’idée la plus originale — mais pas forcément la plus convaincante — consiste à faire incarner l’Or du Rhin (ou son reflet ?) par un danseur/acrobate qui étincelle de tous ses feux au début et dépérit lorsque Alberich commet son forfait. On le revoit dans la dernière scène, pas du tout apaisé par la tournure que prennent les événements…
Musicalement, c’est une représentation d’une grande homogénéité à laquelle j’ai assisté. Günther Neuhold déroule la fascinante partition de Wagner en mettant joliment en valeur son caractère organique. L’orchestre s’en tire à peu près correctement, même si des passages laissent un peu à désirer, notamment les premières mesures, qui tirent en longueur un sublime accord de mi mineur bémol majeur [merci David] et qui demandent une maîtrise supérieure. L’acoustique, malgré quelques défauts (on n’entend pas assez les harpes à la fin), permet un bel équilibre entre la scène et la fosse, ce qui permet d’éviter que la représentation ne tourne au duel entre les voix et les instruments. Au contraire, l’unité est totale.
Pas de maillon faible dans une distribution cohérente, dans laquelle on dénombre pas moins de huit prises de rôles, en particulier pour Jason Howard en Wotan. Seules les Filles du Rhin déçoivent un peu par leur manque d’homogénéité. Prestations particulièrement remarquables du Loge de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke — même si le rôle semble largement contribuer à faire naître la sympathie dans le public — et du Fasolt de Clive Bayley.
Plus j’entends Das Rheingold, plus j’en apprécie la construction et la subtilité musicale. D’autres productions sont prévues dans les semaines et mois qui viennent.
J'étais également présent à cette représentation... Pour ma part, un peu déçu par le Wotan de Jason Howard qui a fini la soirée bien fatigué. Moins sévère pour les filles du Rhin et totalement d'accord pour Loge et surtout le formidable Alberich d'Oleg Bryjak.
En revanche, c'est vrai que les cuivres m'ont gâché le prélude et le finale... Dommage, mais j'attends la suite avec impatience.
Rédigé par : J.S. | 25 février 2007 à 22:37
> Bonjour J.S. et merci pour votre commentaire. C’est vrai que Jason Howard a terminé à la force des poignets. Il a vraiment rassemblé tout ce qui lui restait de souffle et de forces pour ses dernières mesures. Vous avez parfaitement raison pour Alberich : c’est un oubli de ma part, il était excellent.
Rédigé par : Laurent | 25 février 2007 à 23:05
Ah... dès qu'on donne un orchestre décent à Neuhold, tout de suite, ça vole très haut !
Oleg Bryjak est en effet, si j'en crois le Ring de Neuhold paru au disque (catastrophique orchestralement et pas fameux vocalement), l'Alberich le plus fascinant qu'on puisse rêver. Si peu qu'il soit bon acteur...
Attention cependant, l'accord initial est un mi bémol majeur, plus rond (et plus favorable aux cuivres). :-)
Rédigé par : DavidLeMarrec | 27 février 2007 à 01:52
> Merci de veiller, David. Je sentais que j’écrivais une bêtise, mais j’ai été trop paresseux pour aller vérifier... Je vais corriger.
(mi/mi bémol, ça m’arrive souvent… mais majeur/mineur, c’est un peu plus agaçant…)
Rédigé par : Laurent | 27 février 2007 à 02:00