Théâtre du Châtelet, Paris • 6.2.07 à 20h
American Ballet Theatre.
Orchestre Pasdeloup, Ormsby Wilkins (1 et 2), Charles Barker (3).
1. La Bayadère, acte des ombres. Musique : Léon Minkus. Chorégraphie : Marius Petipa (1877).
2. Dark Elegies. Musique : Gustav Mahler (Kindertotenlieder). Chorégraphie : Antony Tudor (1937). Detlef Roth, baryton.
3. Fancy Free. Musique : Leonard Bernstein. Chorégraphie : Jerome Robbins (1944).
Premier de cinq programmes proposés au Châtelet par le légendaire American Ballet Theatre, et malheureusement le seul que je pourrai voir.
Je n’ai pas été convaincu du tout par l’acte des ombres de La Bayadère. Je l’ai vu plusieurs fois interprété avec beaucoup plus de précision et d’élégance par le corps de ballet de l’Opéra de Paris, dont c’est une œuvre fétiche. Belle prestation cependant du soliste Angel Corella, dont le Solor s’acquitte de manière assez convaincante de ses séries de sauts. La superbe musique de Minkus (dont je n’ai jamais compris pourquoi on ne la donnait jamais en concert) est interprétée avec beaucoup de lyrisme par l’Orchestre Pasdeloup.
Dark Elegies, une chorégraphie articulée autour des Kindertotenlieder, est, forcément, une œuvre sombre. On imagine le deuil d’une famille ou d’une tribu après la mort d’un enfant. Les mouvements un peu mécaniques des danseurs et leurs déplacements parfaitement symétriques ont aujourd’hui un petit côté “moderne qui a mal vieilli”, mais certaines images scéniques — notamment la toute dernière, qui enlève tout doute sur la signification de ce que l’on vient de voir — sont saisissantes. On plaint de tout cœur le baryton Detlef Roth de devoir chanter la totalité de l’œuvre assis : cela porte préjudice à la qualité de son interprétation, qui manque de souffle et de précision dans les registres extrêmes. Même l’orchestre semble un peu mal à l’aise. Il faut dire que la pulsation un peu trop régulière entretenue par le chef n’est pas très compatible avec l’esprit de l’œuvre. (Mais on est au ballet, donc au royaume de la pulsation régulière.)
Mais la véritable raison de ma présence était la troisième œuvre au programme, le légendaire et séminal ballet Fancy Free, dont j’avais beaucoup entendu parler mais que je n’avais encore jamais vu. (Il ne reste donc que le Rodeo d’Agnes de Mille sur la liste des ballets incontournables que je n’ai pas encore vus.) Séminal parce que Fancy Free marque à la fois le début de la carrière de chorégraphe de Jerome Robbins et le début de la collaboration entre Robbins et Leonard Bernstein, qui donnera quelques mois plus tard la comédie musicale On the Town (et, treize ans plus tard, leur chef d’œuvre, West Side Story). Sur une partition sublime de Bernstein, Robbins met en scène avec esprit et humour quelques heures de la permission de trois marins à New York en 1944 (c’est aussi le thème de On the Town, qui ne reprendra pas la musique du ballet). La chorégraphie est d’une richesse inouïe, bourrée de trouvailles, de clins d’œil et d’une irrésistible fraîcheur qui contribuent à faire émerger un langage expressif totalement nouveau. Le génie de Jerome Robbins, qu’il exprimera autant dans le ballet contemporain que dans la mise en scène de théâtre, y est déjà largement perceptible. L’interprétation des trois marins par Herman Cornejo, Ethan Stiefel et Jose Manuel Carreño est magnifique. On se sent cependant un peu désolé pour l’Orchestre Pasdeloup, qui — malgré quelques pages très joliment jouées — ne semble pas totalement dans son élément dans cette musique fortement syncopée, qui relève d’un idiome généralement peu compris par les Européens (Anglais inclus). La syncope est au cœur de la musique populaire américaine du 20ème siècle : il faut la sentir, pas la compter, sinon elle perd son identité. Je n’aurais pas été choqué que ce ballet utilise de la musique enregistrée.
Du coup je te dirai s'ils sont bons ou pas dimanche prochaine ! :)
Rédigé par : Matoo | 07 février 2007 à 11:12
Ah bah justement, j'allais faire la même remarque que Matoo :p. Jeudi, je vais plutôt pencher pour Pleyel, et vendredi, Ravel (encore à Pleyel), ça me fait trop envie, du coup il ne reste que le #4 dimanche à 16h00 de libre pour mater les toutouilloutous (en pyjamas ; va pas falloir que je ris, ça va être dur je sens ^^).
Le meilleur ballet du moment, en tout cas, c'est à Garnier (B/B/F), j'espère que t'as une place, le Brown est notamment absolument su-bli-me.
Rédigé par : palpatine | 07 février 2007 à 15:44
Matoo > Je t’envie de voir In the Upper Room. Ça m’intéressera beaucoup de lire ce que tu penseras de Dark Elegies.
palp > Garnier : vu ce soir ; mon seul ballet de la saison à l’Opéra de Paris. Note dans un moment.
Rédigé par : Laurent | 07 février 2007 à 22:45