Bayerische Staatsoper, Munich • 18.12.06 à 19h30
Richard Wagner (1843). Livret du compositeur.
Direction musicale : Philippe Auguin. Mise en scène : Peter Konwitschny. Avec Juha Uusitalo (Der Holländer), Anja Kampe (Senta), Stephen Gould (Erik), Jan-Hendrik Rootering (Daland), Yvonne Wiedstruck (Mary), Kevin Conners (Der Steuermann)…
Tiens, encore un Français dans la fosse. Je n’avais pas conscience que la France avait produit tant de chefs de standing international. Auguin ne m’a pas autant impressionné que Bertrand de Billy hier, mais il a indiscutablement très bien mené son affaire… même si le Nationaltheater de Munich, où loge le Bayerische Staatsoper, présente quelques particularités acoustiques assez désarmantes, notamment celle de faire disparaître les cordes (et, dans une certaine mesure, les vents bois) dès que jouent les cuivres.
Très bonne représentation, d’un niveau vocal sensationnel, surtout chez les hommes (Daland, Erik, le Hollandais et le Pilote, tous remarquables). J’ai été un tout petit moins convaincu par Anja Kampe, qui semble pourtant aller de continent en continent pour chanter le rôle de Senta : ses aigus sont assez douloureux à entendre, et l’effort pour les produire rompt souvent trop le phrasé.
Quant à la mise en scène, elle joue avec une certaine réussite avec l’idée que le Hollandais débarque dans une époque très différente de la sienne. Le rideau du deuxième acte s’ouvre ainsi sur une salle de gymnastique dans laquelle les choristes féminines, juchées sur des vélos, pédalent à tout va en chantant “Spinne, spinne, tausend Fädchen…” Ça marche assez bien. Je n’ai en revanche rien compris à la mise en scène de la fin : au lieu de plonger dans la mer, Senta provoque une sorte d’explosion qui plonge la scène dans le noir, puis l’on entend les dernières notes de la partition jouées non pas depuis la fosse, mais via des hauts-parleurs en fonds de scène. Curieux.
Pardonnez-moi Laurent l'outrecuidance de traiter la dernière réflexion de votre texte de façon ludique (cependant sans la moindre marque d'irrespect cela va sans dire) mais j'avoue que le désir d'élucider ce "mystère scénique" me tenaille!!
Je tente une hypothèse mais à la hauteur du délire vertigineux de certaines mises en scène dans la mesure où bien évidemment je n'ai pas assisté à cette production; soyez indulgent autant que faire se peut!!!
Peut-être faut-il voir, à défaut de lire, un message subliminal du metteur en scène pensant avoir trouvé une géniale (sur-)exposition de la transcendance rédemptrice salvatrice par la fusion du Hollandais en la sacrificielle Senta, en jouant "l'élévation du son" contre les abysses du visuel-réel (le noir)???? De plus cela pourrait faire écho en une certaine mesure à la circulation dans le triangle wagnérien de la fusion à la dissolution et à la rédemption en la femme...(euh... oui, oui j'ai des doutes là aussi... doutes au sujet du projet du metteur en scène pas du triangle.. sourire)
Quoique repensant aux vélos et au "pédalage symbolique", je me sens subitement atteinte d'autres stupeurs et autres suspensions dubitatives quant à ma première impression!!
Rédigé par : Lea | 19 décembre 2006 à 21:50
> Un grand merci, Lea, c’est tout de suite plus clair… si j’ose dire :-)
Rédigé par : Laurent | 20 décembre 2006 à 02:24
Et bien décidément Konwitschny persiste et signe. Il a fait la même chose pour sa Khovanschina dans la même théâtre : la fin d'un des actes est diffusée par des hauts-parleurs. J'ai trouvé ça tout bonnement scandaleux...
Et faire ça à la sublime fin du Vaisseau Fantôme.... Des idées farfelues, OK, mais laissez-nous la musique intacte SVP M. Konwitschny !
Piem
Rédigé par : Piem | 15 avril 2008 à 13:07
> J’avoue que toucher à la musique revient un peu à franchir la ligne jaune, en ce qui me concerne… J’ai l’impression que Munich se spécialise dans les mises en scène particulièrement dérangeantes (ce qui est curieux compte tenu du look très conventionnel du public).
Rédigé par : Laurent | 17 avril 2008 à 00:03