Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 22.12.06 à 20h
Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano
Peter Mattei, baryton
Mahler Chamber Orchestra, Daniel Harding
“Somethin’ Stupid”
— “New York, New York” (John Kander & Fred Ebb, tiré du film New York, New York)
— Deux extraits instrumentaux de la comédie musicale On the Town (Leonard Bernstein)
— “I’m a Stranger Here Myself” (Kurt Weill & Ogden Nash, tiré de la comédie musicale One Touch of Venus)
— “Promenade (Walking the Dog)” (George Gershwin, tiré du film Shall We Dance?)
— “The Folks Who Live on the Hill” (Jerome Kern & Oscar Hammerstein II, tiré du film High, Wide & Handsome)
— “You Couldn’t Be Cuter” (Jerome Kern & Dorothy Fields, tiré du film The Joy of Living)
— “Volare” (Franco Migliacci & Domenico Modugno)
— Deux chansons non identifiées
— “Baby it’s Cold Outside” (standard de Frank Loesser)
— “Answer Me My Love” (Gerhard Winkler & Carl Sigman)
— “The Way You Look Tonight” (Jerome Kern & Dorothy Fields, tiré du film Swing Time)
— “Diamonds are a Girl’s Best Friends” (Jule Styne & Leo Robin, tiré de la comédie musicale Gentlemen Prefer Blondes).
— Extrait instrumental de la comédie musicale On the Town (Leonard Bernstein)
— “Some Other Time” (Leonard Bernstein & Betty Comden & Adolph Green, tiré de la comédie musicale On the Town)
— “Night and Day” (Cole Porter, tiré de la comédie musicale The Gay Divorce)
— “Pas de Deux” tiré du ballet Apollon Musagète de Igor Stravinsky
— “Stardust” (Hoagy Carmichael & Mitchell Parish)
— “Pick Yourself Up” (Jerome Kern & Dorothy Fields)
— “What Kind of Fool Am I?” (Anthony Newley & Leslie Bricusse, tiré de la comédie musicale Stop the World, I Want to Get Off)
— Une chanson non identifiée
— “My Way” (Claude François, Jacques Revaux & Paul Anka)
En bis :
— Chanson de Noël non identifiée
— “Granada” (Agustín Lara & Dorothy Dodd)
— “White Christmas” (Irving Berlin, tiré du film Holiday Inn)
— Reprise de “Baby, it’s Cold Outside”, cf. supra
Oh là là ! Concert d’anthologie !! Ce dernier concert de l’année (je n’ai pas dit “dernier spectacle”), que j’approchais comme un OMNI (objet musical non identifié), s’est révélé être un concentré de bonheur.
Le Mahler Chamber Orchestra, qu’on connaissait plus coincé sérieux, se lâche avec un brio sensationnel : on n’a pas entendu de big band plus enthousiasmant depuis l’âge d’or des crooners et des chanteuses de jazz et leurs concerts historiques à Las Vegas ou au Birdland. Quand les cuivres se lèvent d’un bloc pour jouer leurs passages de bravoure, les sièges du Théâtre des Champs-Élysées vibrent au rythme du swing, et le plaisir intense du spectateur est à l’origine de manifestations dermatologico-lacrymales totalement incontrôlables… tandis que Daniel Harding danse sur son podium, porté par les rythmes syncopés.
Quel bonheur ! Mais quel bonheur ! Les arrangements (signés Steve Gray, Jörg Achim Keller, Manfred Honetschläger et Henk Meutgeert) sont sidérants… rappelant, par exemple, les magnifiques orchestrations de Frank Sinatra recréées pour le concert de Robbie Williams au Royal Albert Hall.
Et les chanteurs sont parfaits, totalement capables d’oublier leur formation classique pour évoquer la mémoire de Frank Sinatra, Bing Crosby, Ella Fitzgerald et bien d’autres. Peter Mattei, en particulier, est à couper le souffle : il a le charisme, il a le rythme dans la peau… et tout ce qu’il fait est d’un goût parfait. Il est à tomber dans “What Kind of Fool Am I?” et, surtout, dans “My Way”. S’il se lasse un jour de jouer Don Giovanni, il est mûr pour une carrière à Las Vegas. Anne Sofie von Otter est un poil en-dessous, un tout petit peu moins dans son élément : mais si elle peine parfois un peu à trouver le style adapté (dans “Some Other Time”, par exemple), elle a aussi des moments de fulgurance, comme dans la première chanson de Noël donnée dans les bis, qu’elle a rendue de manière exquise.
Pourquoi un extrait d’Apollon Musagète, me demanderez-vous ? Eh bien, parce que c’est la raison d’être de ce concert. Harding raconte qu’un jour, s’interrogeant sur le son à donner aux cordes dans le “Pas de Deux”, il avait finalement dit à ses musiciens de le jouer comme “Stardust” de Nat King Cole. Et il illustre son propos en enchaînant les deux morceaux dont, incontestablement, les atmosphères sont très proches.
Plus le concert avançait, et plus l’ambiance était électrique. Le public d’habitude si réservé du Théâtre des Champs-Élysées, sans doute aussi surpris que moi de découvrir le style du concert, applaudit à tout rompre et réclame rappel sur rappel. Je serais volontiers resté toute la nuit à écouter, encore et encore, Peter Mattei, Anne Sofie von Otter et le superbe Mahler Chamber Orchestra sous la direction de Daniel Harding avant de partir en dansant dans la froide nuit de décembre…
Dis-donc... le public du TCE en transe, ça devait valoir le détour ! Même le pianiste Ahmad Jamal avec son batteur inclassable Idris Muhammad avec toute leur verve le 7 novembre dernier n'avaient pas complètement débridé le public dans la même salle. Et pourtant c'était également un concert sidérant. Je suis agréablement surpris que Daniel Harding ait trouvé le ton juste car ce n'est pas à son habitude. Rien que pour Anne-Sofie von Otter, à la voix particulièrement sensuelle, je m'y serais rendu. Comme quoi, et c'est une excellente nouvelle, le contre-pied existera toujours !
Rédigé par : Philippe D | 23 décembre 2006 à 14:42
> Je ne connais pas très bien Harding, mais j’ai l’impression qu’il a ses admirateurs et ses détracteurs (comme d’ailleurs Rattle, qui l’a découvert, si je me souviens bien ?) En tout cas, dans le style “big band”, il est parfait.
Rédigé par : Laurent | 23 décembre 2006 à 23:21
rroooaaahhh, chanceux ! J'adoooore Anne Sofie von Otter, je m'étais renseigné quand je suis allé prendre des places pour Sylvie Guillem (4 janvier) et la messe en Si, il restait assez de place pour en espérer à la dernière minute... sauf que j'avais oublié que j'avais un train à prendre le 22 au soir :'(. Dire que j'ai raté la Kozlena une semaine avant, aussi, quelle malédiction :'(.
Rédigé par : palpatine | 24 décembre 2006 à 02:18
Très bon concert, en effet, d'une joie contagieuse, et d'une constante justesse de ton. Je suis d'accord avec toi quant à la prestation du Mahler Chamber (et de Harding dansant), qui m'a totalement épaté. En revanche, j'inverserais l'ordre de ton "classement". J'ai eu l'impression d'une Anne-Sofie plus à l'aise, plus dans son élément que Peter. Quant à lui, visiblement content d'être là, sa voix m'a parue un peu sourde pour le répertoire de la soirée, et la sonorisation ne l'avantageait pas toujours ; mais ces impressions ne sont peut-être que le résultat du positionnement dans la salle... Quoi qu'il en soit, un bien beau concert de fin d'année.
Rédigé par : L'Amateur | 24 décembre 2006 à 11:15
tiens ! dans les chansons interprétées, c'est "Some other time" que j'ai de beaucoup préféré (mais l'entendant pour la première fois, je suis mal placé pour juger de la justesse du style)
Rédigé par : guilllaume | 24 décembre 2006 à 11:25
palpatine > C’est à cause de ce concert que j’ai décidé de ne pas prendre le train le 22 au soir :-)
L’Amateur > La balance orchestre/voix avait été mal calibrée pour la voix de Mattei. C’était tellement flagrant dans la première partie que j’ai failli me mettre en quête de l’ingénieur du son pendant l’entracte… mais je me suis dit qu’il ne pouvait que l’avoir remarqué. Au début de la deuxième partie, il a bien fallu constater que rien n’avait changé.
Je pense qu’il y a beaucoup de subjectivité dans la façon dont on “reçoit” les interprétations, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que Mattei était plus à l’aise dans ces rythmes syncopés et moins prisonnier de la pulsation que von Otter. Or, pour moi, c’est justement la capacité à s’affranchir d’une vision trop métronomique qui fait les grands interprètes de ce répertoire.
guillaume > C’est une chanson sublime : à la fin de On the Town, les marins doivent retourner à leur poste après 24 heures de permission à New York. Ils auraient aimé passer plus de temps avec les jeunes-femmes rencontrées pendant leurs aventures... mais c’est la guerre, il faut repartir : “tant pis, ce sera pour une autre fois”. C’est une chanson d’une nostalgie extraordinaire, qu’il faut, à mon sens, interpréter complètement “straight”, sans aucun effet, car elle contient déjà dans sa musique et dans ses paroles une foule d’émotions. Pour se faire une idée de ce que cela peut donner, je recommande vivement l’enregistrement de On the Town paru chez Deutsche Grammophon en 1992 avec Michael Tilson Thomas à la tête du London Symphony Orchestra et une distribution en or.
Rédigé par : Laurent | 24 décembre 2006 à 12:49
Ayé, je pleure de dépit et j'ai envie de trépigner par terre de n'avoir eu la présence d'esprit de réserver une place avant qu'il n'en reste plus. Snif.
Rédigé par : Kozlika | 25 décembre 2006 à 21:30
> Je suis navré que tu aies manqué ce concert… mais je suis sûr qu’il y aura plein d’autres motifs de réjouissance dans les semaines à venir.
Rédigé par : Laurent | 26 décembre 2006 à 01:08