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09 octobre 2006

“Lucia di Lammermoor”

Opéra Bastille, Paris • 9.10.06 à 19h30
Donizetti (1835). Livret de Salvatore Cammarano, d’après The Bride of Lammermoor de Walter Scott (1819) et la tragédie tirée du roman par Victor Ducange (1828).

Orchestre de l’Opéra national de Paris, Evelino Pidò. Mise en scène : Andrei Serban. Avec Natalie Dessay (Lucia), Matthew Polenzani (Edgardo), Ludovic Tézier (Enrico), Salvatore Cordella (Arturo), Kwangchul Youn (Raimondo), Marie-Thérèse Keller (Alisa), Christian Jean (Normanno).

J’avais une raison particulière de tenir à voir cette Lucia, dans une mise en scène qui figure au répertoire de l’Opéra de Paris depuis 1995 : ma dernière tentative, le 27 novembre 2000, était tombée l’un des innombrables soirs de grève des techniciens de l’ère Hugues Gall et j’avais donc vu la représentation… en version de concert, avec une June Anderson électrique dans le rôle-titre.

Mais les photos des maquettes de décor dans le programme avaient éveillé ma curiosité…

La reprise de cette saison a déjà donné lieu à beaucoup d’échos assez… mitigés… sur la qualité de cette mise en scène. Mon billet favori se trouve ici, chez Kozlika.

La bonne surprise, c’est que j’ai trouvé la mise en scène de Serban… défendable. Du moins si on lit les intentions de mise en scène du programme. En effet, le texte de Lucia n’est pas du tout ancré dans une époque ou dans un lieu : le livret est remarquable de concision et d’efficacité ; le transposer ailleurs que dans son cadre d’origine ne le trahit pas et ne provoque pas de “clash” sérieux. Serban nous dit :

Nous avons essayé d’éclairer le comportement de cette jeune fille perdue dans un monde d’hommes, un monde d’intérêts militaires et politiques. Fragile silhouette de femme emprisonnée par l’effrayante rigidité des codes.

Nous sommes partis de l’image de la Salpétrière, mêlée à celle de la caserne des Cadets de Saumur. Au XIXème siècle, la Salpétrière était l’expression d’une sorte d’enfer féminin. Les femmes malades étaient exhibées devant la curiosité des médecins, des journalistes, des écrivains… en somme, des spectateurs… Ce rapport entre le regard et le désir est très théâtral.

Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu l’impression de comprendre aussi bien une note d’intention de mise en scène (d’habitude, il s’agit d’interroger notre rapport au réel ou de fadaises de ce genre…) Évidemment, c’est assez intello — et ça n’explique pas vraiment les acrobates, pas plus que ça n’excuse certains visuels assez laids… —, mais ça rend l’expérience plutôt intéressante sur le plan dramatique.

Ce qui est moins défendable, c’est le cinéma permanent d’Evelino Pidò dans la fosse. Voilà un chef que j’aimais bien lorsque la fosse de Bastille était à sa profondeur originelle mais, depuis qu’elle a été remontée par Gérard Mortier, on n’échappe plus aux tics des chefs. Et ceux de Pidò sont insupportables. Il en fait des tonnes, c’est épuisant.

Et la distribution ? Tout le monde sait maintenant que Natalie Dessay est épatante : c’est une vraie bonne comédienne, et la voix est à la hauteur des exigences de la partition. Les aigus semblent un peu moins cristallins que dans mes souvenirs (Ariadne auf Naxos à Garnier)… mais c’est de la belle ouvrage. J’ai été cependant un peu agacé que l’on ménage un salut à Mme Dessay en plein milieu du troisième acte au prétexte que son personnage n’a pas l’heur de survivre jusqu’à la fin de la pièce. Ego, quand tu nous tiens…

Le reste de la distribution était excellent, avec des mentions spéciales pour le superbe Raimondo de Kwangchul Youn (ah, les bonnes voix de basse…) et le très bon Edgardo de Matthew Polenzani, parfaitement capable de soutenir l’attention après le dernier soupir de Mme Dessay.

Pendant la scène finale, idée très jolie de Serban, qui fait danser Edgardo avec le fantôme de Lucia… image aussitôt gâchée, malheureusement, par l’apparition inutile de plusieurs autres fantômes de Lucia en fond de scène. Dommage…

Commentaires

Au fond, c'est un argument de plus contre la peine de mort: il n'est pas absolument nécessaire d'exécuter systématiquement les metteurs en scène, on peut -parfois et à certaines températures et pressions- envisager de les défendre.

> zvezdo, ou l’art de mêler harmonieusement la vie culturelle et l’actualité politique…

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