“Les Paladins”
Théâtre du Châtelet, Paris • 16.10.06 à 19h30
Jean-Philippe Rameau (1760). Livret de Duplat de Monticourt.
Chœur et orchestre Les Arts Florissants, William Christie. Mise en scène et chorégraphie : José Montalvo et Dominique Hervieu. Scénographie et conception vidéo : José Montalvo. Avec Topi Lehtipuu (Atis), Stéphanie d’Oustrac (Argie), Sandrine Piau (Nérine), François Piolino (La Fée Manto), João Fernandes (Orcan), René Schirrer (Anselme), Leif Aruhn-Solén (un Paladin).
Je classe cette note dans “Opéra”, mais ce n’est guère adapté à cette “comédie–ballet” qui comporte considérablement plus de musique de ballet que de passages chantés. (On est un cran plus loin qu’avec Platée, qui est pourtant un “ballet bouffon”.)
Ce serait suicidaire de monter Les Paladins sans une idée très forte de mise en scène, car la partition n’est pas inoubliable et comporte de nombreuses longueurs, en particulier dans les scènes dansées. Le pari, toutefois, est gagné haut la main par cette production, qui a vu le jour en 2004 et qui est reprise aujourd’hui “en hommage à Jean-Pierre Brossmann”, qui a été le directeur du Châtelet jusqu’à la fin de la saison dernière.
L’idée géniale a consisté à confier la mise en scène à un chorégraphe contemporain, qui s’est permis toutes les audaces : fonds vidéo surréaliste (un peu dans la veine Monty Python, mais en mieux), interactions entre les danseurs et les vidéos, quelques images charmantes créées avec des ballons, chorégraphie ultra-contemporaine faisant appel au hip-hop et à un trampoline… le tout dans un respect total de l’histoire et, surtout, de la partition.
Ce qui frappe, c’est que tous les mouvements semblent découler de la musique, dans un synchronisme plus évident que dans le ballet "classique". La chorégraphie épouse la pulsation et les contours rythmiques de la musique. C’est souvent admirable, parfois un peu littéral, parfois joliment poétique... même si, occasionnellement, ça peine à faire oublier les longueurs de la musique.
Et la musique, au fait ? Elle passe presque au second plan, mais n’est-ce pas mérité ? Les chanteurs s’acquittent fort bien de leur tâche, malgré quelques points faibles (René Schirrer, dont la tessiture est trop étroite pour le rôle, ou encore João Fernandes, très mal à l’aise dans le grave). On se régale des performances, parfaitement dans l’esprit de la mise en scène, les chanteurs étant parfois entraînés avec une certaine jubilation dans le joyeux délire qui les entoure.
C’est du très bon théâtre, qui mérite largement le détour. Il y avait pas mal d’enfants dans la salle ; ils ont semblé totalement conquis.
Edit (17.10) pour réécrire un paragraphe incompréhensible.
Un "hommage à Jean-Pierre Brossmann", ce grand Directeur de Théatre comme on n'en fait plus (et certainement pas à Lyon, hum...) s'imposait. Il a fini sa (grande) carrière dans la plus grande discrétion, mais le monde lyrique français lui doit beaucoup : notamment d'avoir donné leur chance à un nombre impressionnant de jeunes chanteurs, parmi lesquels la jeune Dessay, le jeune Tezier, et tant d'autres.... Enfin, un chef d'entreprise qui aimait aussi, et respectait (quoique cerains musiciens aient pu en dire) les artistes (et même les techniciens).
Sur les Paladins, je n'ai malheureusement pu voir que quelques extraits de vidéo, bien tentants. Mais comme il devient quasiment impossible d'obtenir des places au Chatelet et ailleurs à Paris... ce sera pour une prochaine reprise.
Rédigé par: Ouf | 19 octobre 2006 at 23:02
> Euh… Lundi, en tout cas, la salle était loin d’être pleine. J’ai même eu l’impression qu’il devait y avoir pas mal d’invités.
Si vraiment tu as très envie de le voir en entier, le spectacle existe en DVD.
J’ai trouvé très élégant de la part de Choplin de rendre hommage à son prédécesseur.
Rédigé par: Laurent | 19 octobre 2006 at 23:31
Merci pour l'info. Oui, je savais que le DVD existait mais, bon, ce n'est pas tout à fait pareil qu'en live, même si un DVD peut aujourd'hui avantageusement "completer" un spectacle scénique (plans annexes, montages vidéos, bonus, etc).
Rédigé par: Ouf | 20 octobre 2006 at 01:11