Théâtre Impérial, Compiègne • 8.10.06 à 17h30
Henri Sauguet (1954). Livret : Jean-Pierre Grédy, d’après Alfred de Musset.
Orchestre français Albéric Magnard, Miquel Ortega. Mise en scène : Pierre Jourdan. Avec Isabelle Philippe (Marianne), Armando Noguera (Octave), Stéphane Malbec Garcia (Cœlio), Matthieu Lécroart (Claudio), Mathias Vidal (L’aubergiste), Magali Damonte (Hermia), Lionel Muzin (Tibia), Jean-Pierre Descheix (La duègne).
Le pauvre Henri Sauguet fait partie de ces compositeurs scandaleusement tombés dans l’oubli, alors qu’il incarne une certaine tradition française de la mélodie partant en volutes de bonheur aussi envoûtantes qu’insaisissables. Il faut absolument écouter ses quatre symphonies, parues chez Marco Polo.
Les Caprices de Marianne fut créé au festival d’Aix-en-Provence en 1954 et très bien reçu par le public comme par la critique. Il en existe un superbe enregistrement de 1959 dirigé par Manuel Rosenthal… et les fans de Natalie Dessay auront remarqué qu’elle a choisi le grand air de la fin du premier acte, “O amour, mystérieux amour” (qu’elle chante sans beaucoup d’égards pour les paroles, en partie incompréhensibles) pour conclure son CD consacré aux airs d’opéra français.
Pierre Jourdan, qui s’emploie depuis longtemps à ressusciter le répertoire lyrique français, nous propose donc de redécouvrir ce petit chef d’œuvre dans une production impeccablement montée, mettant en vedette des voix plus remarquables les unes que les autres. J’ai été particulièrement impressionné par Isabelle Philippe, une coloratura française tout simplement parfaite dans le rôle de Marianne (superbe timbre cristallin, diction irréprochable), mais aussi par le bartyon argentin Armando Noguera, la basse Matthieu Lécroart ou encore par le ténor Mathias Vidal, magnifique dans le petit rôle de l’aubergiste.
Sous la baguette experte du chef Miquel Ortega, la partition de Sauguet a brillé de mille feux étincelants, devant une salle prestigieuse dans laquelle se trouvaient le librettiste Jean-Pierre Grédy, Edmonde Charles-Roux, présidente du festival d’Aix, ou encore André Sénéchal, remarquable Cœlio de l’enregistrement de 1956. Il est totalement incompréhensible que ce répertoire ne soit pas plus souvent interprété.
Je ne comprends vraiment pas pourquoi Isabelle Philippe est totalement ignorée des grandes scènes lyriques. Elle est extraordinaire mais on dirait que personne sauf les spectateurs ne s'en est rendu compte :/
Rédigé par : Kozlika | 08 octobre 2006 à 22:48
> Je reconnais qu’elle est assez étonnante. Le talent ne semble pas être le critère principal, ces jours-ci. J’avais coutume de dire qu’Annick Massis était l’exemple par excellence de très bonne chanteuse sous-employée, mais je crois qu’Isabelle Philippe va devenir mon exemple numéro un.
Rédigé par : Laurent | 08 octobre 2006 à 23:15
"Il est totalement incompréhensible que ce répertoire ne soit pas plus souvent interprété."
Ce n'est malheureusement que trop compréhensible, au contraire : le snobisme franco-parisien dédaigne cette musique française, au prétexte très intériorisé que "si c'est français, c'est nul."
Rédigé par : L'Amateur | 11 octobre 2006 à 22:15
> Triste constat…
Rédigé par : Laurent | 11 octobre 2006 à 22:57
Ce compte-rendu m'avait échappé !
Sauguet n'est pas un immense compositeur (et à choisir, Françaix serait beaucoup plus urgent à remonter !), mais on ne peut qu'être satisfait de voir la diversification des répertoires ! Plutôt qu'un nouveau mauvais Vivaldi ou qu'une réédition de la Voix Humaine.
Matthieu Lécroart est en réalité baryton, fort beau de surcroît. Il a également fréquenté le baroque - ce qui peut surprendre au vu de sa grande vaillance.
Grands souvenirs dans Raymond de Charles VI et en Chem de Noé, toujours chez Pierre Jourdan.
Rédigé par : DavidLeMarrec | 13 novembre 2006 à 22:42
> Je ne connais pas bien Françaix, mais j’ai quand même été très impressionné par la musique de Sauguet (que ce soit dans cet opéra ou dans ses symphonies).
Pour Lécroart, j’ai dû recopier bêtement le programme, car je ne me hasarderais pas à étiqueter une voix tout seul...
Rédigé par : Laurent | 13 novembre 2006 à 23:50
"Je ne connais pas bien Françaix, mais j’ai quand même été très impressionné par la musique de Sauguet (que ce soit dans cet opéra ou dans ses symphonies)."
C'est assez proche, mais il y a un détachement dans l'humour, chez Françaix, qui le rend incomparablement plus spirituel à mon goût.
Par ailleurs, Sauguet est très bien.
"Pour Lécroart, j’ai dû recopier bêtement le programme, car je ne me hasarderais pas à étiqueter une voix tout seul..."
Il arrive parfois des coquilles, mais surtout, il est d'usage d'étiqueter la voix selon le rôle et non selon la tessiture du chanteur. Particulièrement en musique religieuse, où le nom de la partie est déterminée par la tessiture théorique. On peut ainsi trouver des choses amusantes comme "José van Dam - basse".
Rédigé par : DavidLeMarrec | 16 novembre 2006 à 19:53