Théâtre du Châtelet, Paris • 25.10.06 à 20h
Staatskapelle de Berlin, Daniel Barenboïm
Schumann : concerto pour piano (Radu Lupu, piano)
Mahler : symphonie n°9
Troisième et dernière soirée de la Staatskapelle de Berlin au Châtelet. zvezdo était au premier concert, consacré essentiellement à la 7ème de Mahler. Puis vint un deuxième concert, consacré à la 5ème, avant donc ce dernier concert et sa 9ème. Lorsque j’ai pris mon billet, c’était la 7ème qui était prévue le troisième soir. J’ai ensuite reçu un courrier précisant que le Maestro Barenboïm avait souhaité intervertir la 7ème et la 9ème. Zut.
Ce n’est pas que je n’aime pas la 9ème, bien au contraire. Elle est totalement à part dans la production symphonique de Mahler… et demande autant de génie de la part des interprètes que de concentration de la part du public. J’avais plutôt l’intention pour ma part de rester pour quelque temps encore sur l’impression sublime laissée par une interprétation de la Philharmonie de Vienne avec Bernard Haitink au Théâtre des Champs-Élysées en avril 2004.
Il est clair d’emblée que la Staatskapelle de Berlin ne joue pas dans la même cour. Certes, il y a la discipline germanique, mais elle écrase ici plus qu’elle ne favorise toute tentative d’expressivité. Les cordes sont sèches, rêches presque. Les cuivres ne sonnent pas rond. Les vents ne se distinguent pas dans les solos. Il en résulte une interprétation presque mécanique, assez peu envoûtante. Certes, le pianissimo final est très réussi, même si Barenboïm “lâche” la tension aussitôt la dernière note disparue, alors que l’on pourrait sans problème de laisser porter dans le silence pendant de longues secondes. Signe, à mon sens, qu’il n’y a pas beaucoup de ressenti dans tout cela.
Du coup, on est très loin de cette espèce de synthèse entre la genèse et l’apocalypse qu’avait évoquée Haitink… ou qui caractérise aussi l’enregistrement live de Abbado à la tête des Berliner Philharmoniker, le seul enregistrement de cette symphonie que je possède.
Je ne comprends pas du tout l’intérêt de compléter un programme consacré à la 9ème de Mahler par quoi que ce soir. J’aime bien le concerto de Schumann, mais avait-il vraiment sa place dans ce concert ? En outre, Radu Lupu, comme d’autres grands virtuoses du piano, semble avoir atteint un niveau de sagesse et de détachement qu’il ne sait pas transmettre à son public. Assis loin du piano, comme pour prendre ses distances, il joue du bout des doigts. L’équivalent musical d’une pièce aux murs fraîchement repeints de blanc : c’est paisible, mais il n’y a ni passion, ni engagement, ni fusion avec le clavier. Le résultat ? Flaccide.
donc c'était pas bandant ?
Rédigé par : zvezdo | 26 octobre 2006 à 18:46
> zvezdo : tu rigoles !!! j'ai eu du gnak toute la soirée... Pour le reste, j'ai également remarqué le "sublime détachement" de Radu Lupu, qui joue comme en pensant à ce qu'il va bien pouvoir manger après le concert...
Quant à Mahler, j'ai bien aimé la rugosité de certaines sonorités (les cuivres) ; mais la 9ème de Mahler n'est pas ma tasse de thé, à l'exception du dernier mouvement, et de l'absolu silence dans lequel tout finit par être englouti...
Rédigé par : L'Amateur | 26 octobre 2006 à 19:53
Le son n'avait certes pas la beauté du concert Vienne + Haitink de 2004 (et le premier mouvement était loin d'être aussi intense) ; mais j'avoue que j'ai aimé le grain un peu grossier des cordes dans le finale (plus humain, moins froid et éthéré)
Rédigé par : guillaume | 26 octobre 2006 à 20:00
zvezdo > Comme d’habitude, l’art de tout résumer en un mot bien choisi.
L’Amateur > J’ai vraiment été frustré que Barenboïm ne prolonge pas le silence à la fin. Et c’est du gnac, pas du gnak ! L’autre va encore s’énerver…
guillaume > J'avoue que j’avais sans doute déjà un peu décroché au moment du finale.
Rédigé par : Laurent | 26 octobre 2006 à 23:18
J'avais entendu Lupu dans ce concerto il y a quelques années. Incontestablement, ce n'est pas le plus grand virtuose, mais je trouvais cela tout de même convaincant, malgré cette relative distance.
Dans un récital à la même époque, j'avais entendu un Beethoven (assez informe), un Enescu (un peu errant, mais la pièce était intéressante), et une sublimissime avant-dernière de Schubert, inoubliable.
C'est avant tout une affinité de répertoire. Cette homogénéité, cette simplicité, c'est du Schubert.
Rédigé par : DavidLeMarrec | 09 novembre 2006 à 01:10
> La difficulté, avec un pianiste qui a l’air aussi détaché, c’est d’arriver à se défaire de l’inévitable impression visuelle de distance. Je n’ai pas vraiment réussi.
Rédigé par : Laurent | 11 novembre 2006 à 03:00