Lyric Theatre, Londres • 21.10.06 à 19h45
Musique : John Kander. Lyrics : Fred Ebb. Livret : Joe Masteroff.
Mise en scène : Rufus Norris. Chorégraphie : Javier de Frutos. Avec Anna Maxwell Martin (Sally Bowles), Sheila Hancock (Fraulein Schneider), Michael Hayden (Clifford Bradshaw), James Dreyfus (le Maître de cérémonies), Geoffrey Hutchings (Herr Schultz),…
Le petit monde de la comédie musicale a été surpris d’apprendre qu’une nouvelle production de Cabaret était prévue à Londres, alors même que la version de Sam Mendes, qui a fait le tour du monde (et qui s’installe ces jours-ci aux Folies-Bergère), est encore toute fraîche dans les mémoires.
Le petit monde de la comédie musicale a été tout aussi surpris d’apprendre que la mise en scène serait assurée par Rufus Norris, un metteur en scène talentueux, mais dont l’expérience en matière de théâtre musical est limitée… et que le rôle du “Emcee” — le Maître de cérémonies — serait tenu par James Dreyfus, un comédien connu pour incarner avec une certaine générosité des personnages plutôt efféminés.
Le petit monde de la comédie musicale s’était réjoui, en outre, d’apprendre que le rôle de Fraulein Schneider serait tenu par Sheila Hancock, une vedette du théâtre anglais, à qui l’on permet ainsi de jouer encore un grand rôle.
J’ai beaucoup aimé ce Cabaret. Il est difficile, évidemment, de prendre la suite de Sam Mendes, dont la version a profondément influencé la perception que l’on a de l’œuvre. Il est devenu quasiment incontournable, par exemple, de présenter le Kit Kat Klub comme une antre de débauche dont les occupants portent des tenues plus que suggestives et qui évoquent une totale confusion sexuelle.
De la même façon, la version scénique a été considérablement déformée par le scénario du film qui, en recentrant l’histoire autour du personnage de Sally Bowles (pour permettre à Liza Minnelli de briller), a laissé sur le bord de la route les personnages pourtant hautement attachants de Fraulein Schneider et de Herr Schultz. Cette production essaie de retrouver un équilibre avec la version originale, mais continue, comme cela est devenu l’habitude, d’incorporer les chansons écrites pour le film.
Les visuels de cette version sont très réussis. Des panneaux coulissants modifient l’espace scénique en temps réel, presque comme les fondus-enchaînés d’un film. Les images évoquent l’univers des peintres expressionnistes allemands comme Kirchner.
L’interprétation est un régal. Sheila Hancock est tout simplement sublime dans le rôle de Fraulein Schneider, de loin mon rôle préféré dans Cabaret. James Dreyfus crée la surprise en campant un Emcee très sombre et très introspectif, à l’opposé de ses personnages habituels. Dans les rôles de Sally Bowles et de Clifford Bradshaw, Anna Maxwell Martin et Michael Hayden sont d’une intensité frappante. Leurs scènes illustrent l’importance que Rufus Norris semble accorder aux scènes non musicales.
Cela fait des années que je n’avais plus vu de nudité sur scène… et voici que deux spectacles en comportent dans la même semaine : Le Cabaret des hommes perdus et ce Cabaret, à plusieurs reprises. Reviendrait-on à la mode des années 1970 ?
Sam Mendes terminait sa version avec un “joli” coup de théâtre, avec une scène où l’on voit le Emcee partir dans un camp de concentration, avec en évidence sur ses vêtements l’étoile jaune et le triangle rose. Rufus Norris a dû se sentir obligé de frapper encore plus fort, en nous montrant la troupe du Kit Kat Klub, Emcee compris, s’avancer, nus, en fond de scène, sous une douche qui produit un son pour le moins inquiétant.
C’est un choix très fort… et il m’a été, du coup, quasiment impossible de commencer à applaudir lorsque le rideau est tombé.
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