Vlaamse Opera – Stadtsschouwburg, Anvers • 23.9.06 à 15h
Giacomo Puccini (1900). Livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa.
Orchestre de l’Opéra de Flandres, Jef Smits. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Francesca Patané (Tosca), Brandon Jovanovich (Cavaradossi), Stephen Kechulius (Scarpia)…
Je ne suis pas un inconditionnel d’opéra italien, mais je crois que ma tendresse pour Puccini augmente à chaque exposition à sa musique. La partition de Tosca est d’une belle richesse expressive et, surtout, elle est d’un grand impact dramatique. Si je ne craignais pas de trivialiser un compositeur légendaire, je dirais que sa musique possède quelques-unes des qualités de la (bonne) musique de film.
Mais, plus que la musique de Puccini, c’est le nom du metteur en scène qui m’a poussé à envisager ce voyage à Anvers. Pour moi, Robert Carsen est ce qui se fait de mieux aujourd’hui dans l’univers de la mise en scène. Son travail se caractérise par de somptueuses compositions visuelles mises résolument au service de l’œuvre. Pas de réinvention, pas de prétention d’améliorer, pas de prétention tout court… au pire, Carsen se permet quelques transpositions… toujours lumineuses, jamais à contre-sens.
Une parenthèse pour essayer de me remémorer tous les bons souvenirs dus à Robert Carsen. Voyons, à Paris, il y a eu Lohengrin, que je considère comme une œuvre de jeunesse moins réussie que les autres, puis les sublimes Contes d’Hoffmann (la meilleure mise en scène d’opéra que j’aie jamais vue), Rusalka et Capriccio. À Amsterdam, de magnifiques Dialogues des Carmélites. À Milan, une merveilleuse Kat’a Kabanova. À Cologne, une tétralogie assez enthousiasmante (dont je n’ai vu que trois épisodes). À Londres, la comédie musicale The Beautiful Game de Andrew Lloyd Webber. À Southampton, la tournée de la comédie musicale Sunset Boulevard, toujours de Andrew Lloyd Webber. Un sans faute ; je n’ai que de très bons souvenirs de toutes ces productions. Il me semble que j’oublie au moins un spectacle parisien mais, même en regardant sa bio, je sèche. Fin de la parenthèse, revenons à nos Romains.
Cette version de Tosca a été créée en 1992. C’est donc aussi, d’une certaine façon, une œuvre de jeunesse. Et pourtant, on y trouve déjà des visuels d’une redoutable efficacité. L’ensemble de la pièce se déroule dans un théâtre, vu sous différents angles (ça vous rappelle quelque-chose ?). L’église, le Palais Farnese, le Château Saint-Ange ne font qu’un : c’est bien sûr le théâtre où Tosca se produit. Magnifique décor d’Anthony Ward, un nom bien connu des scènes théâtrales londoniennes. Et ça marche étonnamment bien. Le premier acte se passe du côté du public et se termine avec un impressionnant lever de rideau sur la “scène”. Le second acte se passe dans une coulisse, où Scarpia est installé ; sur le mur, l’inscription “Vietato Fumare” (ça vous rappelle quelque-chose ?). Le troisième acte se passe sur la scène nue vue de l’arrière du théâtre ; à la fin, Tosca se jette — bien sûr — par dessus les feux de la rampe, dans le néant. Tout est chic et classe. L’atmosphère est marquée années 60 et emprunte aux films noirs. Tosca fait un peu penser à Callas (dont les photos sont d’ailleurs un peu partout dans le programme).
Avant la représentation, une annonce devant le rideau : le maestro Silvio Varviso, directeur musical de la maison depuis de nombreuses années, est malade. Il est donc remplacé (au pied levé, si je comprends bien) par le chef assistant, Jef Smits, qui a assuré les répétitions. (J’ai curieusement très bien compris l’annonce alors que — est-il besoin de le préciser ? — je ne parle pas un mot de flamand.) La prestation de l’orchestre sera de très bonne tenue ; l’une des clarinettes a fait un couac assez impressionnant, qui a beaucoup amusé les bassons — je ne savais même pas que c’était possible. J’ai évité de regarder le chef, qui était dans mon champ de vision, car son visage est resté totalement impassible durant toute la représentation, comme s’il ne ressentait aucune émotion.
Sur scène, c’est le Scarpia de Stephen Kechulius qui m’a le plus séduit. À la fin du premier acte (qui est sublime musicalement), il semble être possédé par une pulsion presque satanique. Francesca Patané (Tosca) et Brandon Jovanovich (Cavaradossi) s’acquittent plus qu’honnêtement de leurs rôles exigeants. Patané a un timbre un peu grisâtre, tandis que Jovanich a quelques manies de “ténor italien”, mais ils sont tout à fait à la hauteur.
C’est la mise en scène, bien sûr, que je retiendrai. Chaque fin d’acte est d’une force extraordinaire. Ça valait largement le voyage.
En bonus, quelques photos d’Anvers.
J'avais prévu faire le déplacement à Anvers pour la mise en scène de Carsen comme je suis un grand admirateur de son travail mais j'ai dû annuler le voyage en raison de travail, et je vous remercie pour le compte rendu. Ca a l'air très intéressant. Ce que j'aime chez lui est son approche très théatral, tout en étant très musical. Il y a des années je suis allé à Gand pour un très beau Trittico - surtout le Suor Angelica magnifique, où il
a fait une utilisation remarquable des chaises (comme plus tard bien sûr dans Dialogues!). Je suis de votre avis que le Hoffmann est un bijou. J'attends avec impatience son Candide. Avez-vous vu un très beau documentaire sur son travail qui est passé sur Arte - Le faiseur des rêves ? A bientôt,
Edouard
PS Je découvre votre blog et je vois que vos passions ne se limitent pas à l'opéra. Je vous conseille donc la pièce Si tu mourais - un très bon texte - mi Stoppard, mi Pirandello - joué par d'excellents comédiens
Rédigé par : Edouard | 24 septembre 2006 à 11:25
Moi aussi suis un fan de Carsen. Tu as malheureusement raté ce qui est peut-être sa plus grande réussite, son Songe d'Une Nuit d'Eté de Britten. Absolument magique. Je l'ai vu une bonne dizaine de fois à Lyon, avec toujours la chair de poule a chque fois.
Rédigé par : Ouf | 24 septembre 2006 à 12:26
Edouard >
Merci pour les commentaires et pour la recommandation (même si le planning prévisionnel des semaines à venir atteint déjà des sommets…) J'étais beaucoup moins compulsif à l’époque du cycle Puccini de l’Opéra de Flandres. Dommage… Espérons qu’ils en reprennent quelques-uns.
Ah, les chaises de Carsen… il y en avait beaucoup aussi dans ”Tosca”.
Il y a une production Carsen de “Lucia” en ce moment à Barcelone mais, j’ai beau y passer des heures, impossible de le caser dans mon emploi du temps.
Rédigé par : Laurent | 24 septembre 2006 à 14:20
Ouf >
Argh… Encore un regret à ajouter aux autres… C’était quand ?
En y réfléchissant, ce qui rend Carsen particulièrement fort, c'est que :
- il n’a pas besoin de “trahir” (ou changer) l‘œuvre pour imposer une marque personnelle forte ;
- il sait comme personne accompagner les dénouements musicaux par des dénouements visuels à couper le souffle (“Capriccio” en étant l’exemple le plus époustouflant).
Rédigé par : Laurent | 24 septembre 2006 à 14:28
j'ai le DVD du songe d'une nuit d'été de Britten par Carsen, je te le prête bien volontiers, je confirme, c'est magnifique indeed.
Rédigé par : zvezdo | 25 septembre 2006 à 21:14
> Ça existe en DVD ?? Quel bonheur ! Attends… Ça a l’air dispo chez amazon.fr. Je ne peux pas résister : je me le commande !!
Merci zvezdo !!!!
Rédigé par : Laurent | 25 septembre 2006 à 21:45