Four Seasons Centre for the Performing Arts, Toronto • 29.9.06 à 14h
Richard Wagner (1876).
Orchestre de la Canadian Opera Company, Richard Bradshaw. Mise en scène : François Girard. Avec Christian Franz (Siegfried), Robert Künzli (Mime), Peteris Eglitis (le Wanderer), Richard Paul Fink (Alberich), Phillip Ens (Fafner), Laura Whalen (l’Oiseau de la Forêt), Mette Ejsing (Erda), Susan Bullock (Brünnhilde).
Siegfried est celui des quatre opéras de la Tétralogie qui a du mal à soutenir mon attention pendant les cinq heures requises (entractes compris). En outre, cette représentation a été un véritable naufrage sur le plan vocal, avec un Siegfried (Christian Franz) dont la voix semblait fatiguée dès la première note et qui a eu pendant toute la représentation de sacrés problèmes de justesse et de projection et un Wotan/Wanderer (Peteris Eglitis) toujours aussi mauvais. Heureusement, il y a eu quelques jolis moments grâce aux rôles secondaires, notamment Alberich (Richard Paul Fink), Fafner (Phillip Ens) et l’Oiseau (Laura Whalen).
L’orchestre continue à faire un travail correct… même si j’avoue avoir ressenti quelques moments d’exaspération lorsque les couacs des cuivres arrivaient à peu près toujours sur des traits qu’ils devaient jouer pour la dixième ou la quinzième fois.
Quant à la mise en scène de François Girard, elle n’est pas tout lisible pour moi. Le rideau se lève sur une très belle image, une sorte de tourbillon qui emporte toutes sortes de fragments, notamment des morceaux du Walhalla et des corps de héros. Siegfried est assis sur une souche d’arbre, en-dessous du tourbillon. Mime forge dans un trou, sans marteau ni enclume : du coup, le motif rythmique du forgeron est obtenu en frappant entre eux les deux morceaux de Notung (pas étonnant qu’il n’arrive pas à la réparer, si c’est comme cela qu’il s’y prend !), et bien sûr pas d’enclume qui se brise ! Quand c’est Siegfried qui se met à forger, il le fait sur des flammes figurées par des mains qui ondulent… Au deuxième acte, le décor a pivoté de 90 degrés : on voit Siegfried assis sur sa souche comme si on regardait par dessus. C’est joli, mais qu’est-ce que ça dit ? En outre, il faut ressusciter quatre ou cinq “cadavres” pour aller le dégager de cette position acrobatique lorsque vient son temps de paraître sur scène : c’est d’une indescriptible gaucherie. Je ne sais pas très bien quoi penser de Fafner, figuré par des “cadavres” qui se lèvent en montant les uns sur les épaules des autres (comme ces acrobates en moto que l’on voyait autrefois). Le troisième acte est encore plus curieux, avec un groupe d’une trentaine de figurants, dont on pense d’abord qu’ils représentent des héros morts, avant qu’il ne rampent pour former le cercle dans lequel repose Brünnhilde : ils se lèvent alors et, bras levés, baignés par une lumière rouge, ils miment les flammes ! Ils se placent enfin en fond de scène pour regarder la suite avant de partir lentement en ordre dispersé (en ont-ils assez ?) juste avant le duo final.
Amusant en effet. Ca a au moins le mérite de l'amusement visuel, c'est toujours mieux que le cheap et surtout la littéralité sans idées.
Après, que ça veuille dire quelque chose...
Allez, je tente l'exégèse :
- les acrobates, c'est pour figurer l'humanité éclatée de Fafner, qui par son pouvoir d'être tout, n'est rien, au fond, tout en demeurant une usine à possibles - vaguement schyzophrénique ;
- les hommes ondoyants, c'est bien entendu pour signifier que Brünnhilde, bien que protégée par le feu, est désormais indéfectiblement entourée par l'humanité - et on ne peut que penser à son sacrifice final qui mènera au règne absolu de l'humain, pour le meilleur et pour le pire.
--
David LE MARREC,
***, rue d'O***
BORDEAUX - FRANCE
Ecrit vos notes de mise en scène conformément à vos souhaits. Style abscons garanti, prix abordables. Disponible en plusieurs langues. Commandez également notre générateur aléatoire de notes de mises en scène.
Rédigé par : DavidLeMarrec | 30 septembre 2006 à 11:37
LOL! (pardon…)
Je viens de parcourir le très joli programme, et il n’y a évidemment pas de notes d’intention des metteurs en scène. On n’en saura donc pas plus.
Rédigé par : Laurent | 30 septembre 2006 à 17:49