Het Muziektheater, Amsterdam • 10.9.06 à 13h30
Richard Strauss (1942), livret de Clemens Krauss.
Orchestre Philharmonique des Pays-Bas, Hartmut Haenchen. Mise en scène : Andreas Homoki. Avec Gabriele Fontana (la Comtesse), Rainer Trost (Flamand), Dietrich Henschel (Olivier), Jan-Hendrik Rootering (La Roche), Olaf Bär (le Comte), Anke Vondung (Clairon)...
Non seulement Capriccio soulève des questions que je trouve intéressantes (qu'est-ce qui fait la beauté d'un texte chanté, la texte ou la musique ? ou la mise en scène ? ou tout à la fois ?), mais il possède une partition qui est un véritable foisonnement de mélodies somptueuses et de couleurs orchestrales envoûtantes. Et puis, un opéra qui se termine par une quasi-crise de nerfs de l'héroïne parce qu’elle se sent incapable de choisir entre la poésie et la musique, c'est plus rigolo qu'une tuberculeuse qui expire :-)
Le souvenir que j'ai gardé de Renée Fleming dans la somptueuse mise en scène de Robert Carsen à l'Opéra Garnier il y a un peu plus de deux ans mettait (forcément) la barre très haut dans ma mémoire, mais je suis heureux de dire que cette version du Nederlandse Opera n’a aucun complexe à avoir.
C'était, sauf erreur de ma part, la première fois que j'entendais Hartmut Haenchen, qui a dirigé à Amsterdam une Tétralogie qui semble avoir marqué les esprits. À la tête d'un Orchestre Philharmonique des Pays-Bas très impressionnant, il propose une lecture voluptueuse et envoûtante de cette exquise partition. Le sextuor d'ouverture, d'une grâce indescriptible, donne d'ailleurs tout de suite le ton. Les interludes orchestraux m'ont, quant à eux, littéralement mis en transe.
La mise en scène d'Andreas Homoki lui fait tout de suite rejoindre mon panthéon personnel aux côtés de Robert Carsen et Laurent Pelly. (Stéphane Braunschweig est en ballotage favorable.) La conception scénique est lumineuse : deux immenses pages de musique verticales écrites en blanc sur fond noir, disposées en forme de livre ouvert, encadrent la scène. Au centre, un cube blanc, recouvert de lignes noires écrites à la plume. Musique / poésie, négatif / positif, la métaphore visuelle est superbement réussie. (Si on veut chinoiser, le texte est en prose et non en vers… ce qui ne “colle” pas tout à fait au livret. En outre, il est curieusement en français. Je n’ai toutefois pas réussi à l’identifier.)
Dans la première scène, une porte du cube s'ouvre et l'on voit (et entend), à l'Intérieur, le sextuor jouer la pièce que l'on joue pour la Comtesse. J'adore ! La direction d'acteurs est d'une richesse rare sur les scènes d'opéra : les intentions sont lisibles, les mouvements ne sont pas aléatoires, ... La lumière joue aussi un rôle dramatique très réussi.
La distribution se montre largement à la hauteur. J'ai été très impressionné par le Flamand de Rainer Trost (qui jouait le même rôle dans la version Carsen à Garnier), à l'aise dans toutes les couleurs de la palette musicale sans jamais se départir d'un timbre d'une grande élégance : son air du Sonnet était pour moi le sommet de la représentation. Le Olivier de Dietrich Henschel (qui jouait le Comte à Garnier) était tout aussi réussi. J'émets un peu plus de réserves sur le La Roche de Jan-Hendrick Rootering qui, en dépit d'une voix très assurée et puissante, ne semblait guère se soucier de la mesure, causant vraisemblablement quelques sueurs froides dans la fosse... en tout cas des battues nettement plus métronomiques.
Quant à Gabriele Fontana, ce n'est évidemment ni Schwarzkopf, ni Fleming... et tant mieux pour elle. Je craignais un peu pour sa scène finale, car ses aigus avaient tendance à se teinter d'une légère acidité dans les premières scènes, où le chant est écrit comme une conversation animée, ne laissant guère à la voix le temps de se poser. Mais mes craintes étaient infondées : sa scène finale était parfaitement maîtrisée, d'une grande expressivité, tout à fait bouleversante.
J'ai surtout été frappé par la beauté des ensembles, musicalement sublimes et parfaitement en place : le Trio qui suit la scène du Sonnet, ainsi que l'Octuor en deux parties, étaient tout simplement phénoménaux de justesse, d'homogénéité, de bon goût tout simplement.
On va dire que je m'enthousiasme facilement (compte tenu de ça et ça), mais j'espère qu'on me fera le crédit de penser que je choisis bien mes sorties :-)
mais oui ! on te fait crédit !
Rédigé par : zvezdo | 11 septembre 2006 à 07:48
> [soupir de soulagement] :-)
Rédigé par : Laurent | 11 septembre 2006 à 10:21