Menier Chocolate Factory, Londres • 5.8.06 à 20h
Musique et lyrics : Jason Robert Brown. Mise en scène : Matthew White. Décor et costumes : David Farley. Lumière : David Howe. Avec Lara Pulver (Cathy) et Damian Humbley (Jamie).
Jason Robert Brown fait partie de ces “jeunes compositeurs” que défend Audra McDonald et dont on dit parfois qu’ils constituent la relève de Broadway. (On peut en douter, mais c’est un autre débat.) Parmi ses œuvres les plus connues, on peut citer Parade, une assez belle partition dont Renée Fleming a enregistré une chanson (“All the Wasted Time”) sur le CD “Under the Stars”, et Songs for a New World, dont la sublime chanson “Stars and the Moon” est devenue un classique des programmes de cabaret à New York comme à Londres.
The Last Five Years nous raconte l’histoire de Cathy et Jamie, de leur rencontre jusqu’à leur rupture, en passant par leur mariage. Mais voilà, si Jamie vit son histoire dans l’ordre chronologique, Cathy, elle, la vit “à l’envers”. C’est donc une Cathy brisée et à bout que nous découvrons au début du spectacle, tandis que Jamie, lui, est en train de se laisser envahir par le bonheur de son amour naissant. Du coup, bien sûr, les deux personnages n’interagissent jamais… sauf au milieu de l’œuvre, lorsque leurs deux chronologies se rencontrent le jour où elle accepte de l’épouser. Malin !
C’est le minuscule théâtre de la Menier Chocolate Factory (où je m’étais régalé en janvier d’une superbe production de Sunday in the Park With George) qui nous permet de découvrir ce spectacle à Londres, après un relatif échec “Off-Broadway” à New York en 2002. Les deux comédiens sont magnifiques (j’avais déjà vu Lara Pulver dans la très bonne production de A Chorus Line montée à Sheffield), et les contraintes liées à l’espace limité du théâtre obligent le metteur en scène à se dépasser, ce qui est généralement très bénéfique.
Le spectacle est court : environ 80 minutes. Curieusement, alors que j’étais complètement emballé pendant la première demie-heure, mon enthousiasme a ensuite diminué progressivement. L’œuvre, en effet, est beaucoup plus réussie au début qu’à la fin. Et la raison, je crois, en est simple : l’échec du mariage de Cathy et Jamie est clairement mis au passif de Cathy par l’auteur, qui a de toute évidence beaucoup plus de sympathie pour Jamie (qui devient rapidement un écrivain à succès) que pour Cathy (qui ne parvient pas à faire décoller sa carrière de comédienne). Ce point n’est pas étonnant lorsqu’on sait que l’œuvre semble en bonne partie autobiographique, ce qui avait d’ailleurs causé quelques difficultés avec l’ex-femme de Brown lors de la création.
Toute la partie du spectacle pendant laquelle Jamie est amoureux, heureux et exubérant est très réussie. Les chansons sont magnifiques et pleines d’énergie. (Il est d’ailleurs troublant de voir combien Damian Humbley rappelle Norbert Leo Butz, le créateur du rôle à New York.) La fin est beaucoup moins prenante : le Jamie malheureux n’est pas aussi intéressant que le Jamie heureux... et l’enthousiasme naissant de Cathy n’est pas bien traité du tout.
Un résultat inégal, donc... mais qui ne manque pas de mérite. Brown a des qualités incontestables, à la fois comme compositeur et comme auteur de lyrics (même s’il a un tic : une proportion très élevée de ses lyrics commence par “And”). Peut-être a-t-il eu tort de vouloir travailler seul à la conception de ce Last Five Years, alors que les quelques difficultés de construction dramatique n’étaient peut-être pas si difficiles que ça à régler.
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