American Airlines Theatre, New York • 1.3.06 à 14h
Reprise à New York d’un classique du répertoire, The Pajama Game, créé en mai 1954, couronné par le “Tony Award” de la meilleure comédie musicale en 1955 et qui tiendra l’affiche deux ans et demi avant d’être immortalisé par Hollywood dans un film de 1957 avec Doris Day dans le rôle principal féminin. Comme l’autre grand succès de Richard Adler et Jerry Ross, Damn Yankees, c’est une œuvre dont le potentiel commercial semble s’être émoussé avec le temps, même si le film jouit d’une notoriété très forte et bien que nombre de chansons soient devenues des classiques (“Hey, There”, “Hernando’s Hideaway”, etc.)
Les pronostics étaient donc mitigés pour cette production confiée à Kathleen Marshall (la sœur du Rob Marshall de Chicago) pour la mise en scène et la chorégraphie... d’autant que le producteur, la Roundabout Theatre Company, s’est montrée dans le passé capable du meilleur comme du pire... et que d’aucuns s’interrogeaient sur le choix de Harry Connick, Jr, un chanteur talentueux mais sans expérience de comédien, pour tenir le rôle principal de Sid Sorokin.
Eh bien, le verdict est clair : cette production est superbe. Certes, le livret est conforme à ce qu’on attendait d’un livret de comédie musicale en 1954 : qu’il soit léger et qu’il permette un enchaînement rapide des numéros musicaux. (On peut bien sûr trouver des exceptions — dès 1927 avec Show Boat, par exemple — mais on considère généralement que l’époque des livrets sérieux et profonds s’ouvre avec la “révolution” West Side Story en 1957.) Les revendications salariales des ouvriers de la fabrique de pyjamas Sleep-Tite ne seront donc pas prétexte à une fresque sombre de la condition ouvrière, mais elles fourniront une toile de fond plutôt colorée à une comédie délicieusement sentimentale dont le sujet principal est le coup de foudre entre Sid Sorokin, le “superintendant” de l’usine, joué par Harry Connick, et Babe Williams, la meneuse syndicale, jouée par Kelli O’Hara.
Kathleen Marshall, dont on avait déjà pu admirer le talent dans la magnifique reprise de Wonderful Town, mène le spectacle avec beaucoup d’assurance, concevant des chorégraphies assez époustouflantes (notamment pour “Her Is” et pour “Hernando’s Hideaway”), y compris pour un numéro comme “Steam Heat” dont la chorégraphie originale de Bob Fosse est un peu considérée comme une relique sacrée à laquelle on ne touche pas impunément.
Harry Connick a sans doute trouvé une vocation : il ne fait aucun doute qu’il sache jouer la comédie, et chaque chanson qu’il interprète fait progresser d’un cran dans l’échelle du plaisir. Sa partenaire Kelli O’Hara, que l’on avait vue dans des rôles beaucoup moins extravertis (récemment dans The Light in the Piazza, mais aussi dans Dracula, Follies, ou Sweet Smell of Success), montre qu’elle a le calibre d’une véritable star. Les rôles secondaires sont tous remarquables, en particulier la superbe Megan Lawrence dans le rôle en or de Gladys (qui valut un Tony Award à son interprète originale, Carol Hainey) et Peter Benson dans le rôle largement réécrit de Prez.
La comédie se déroule donc avec style et rythme vers un final heureux et coloré, le tout dans un visuel assez réussi, grâce à la vision d’une metteur en scène / chorégraphe dont on espère qu’Hollywood ne la volera pas trop vite, au talent d’une distribution de premier ordre... et aux solides fondations d’une œuvre qui prouve qu’elle mérite sa qualification de classique.
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