Le Vaisseau fantôme, Richard Wagner (1843).
Direction musicale : Hartmut Haenchen. Mise en scène : Martin Kušej. Avec Juha Uusitalo (le Hollandais), Catherine Naglestad (Senta), Marco Jentzsch (Erik), Robert Lloyd (Daland), Marina Prudenskaja (Mary), Oliver Ringelhahn (le pilote de Daland).
Musicalement, cette production est un véritable festin.
Hartmut Haenchen, on le sait, est particulièrement à l’aise dans Wagner comme dans Strauss, des compositeurs dont il comprend intimement la musique. Le prélude est un véritable bonheur : de ma place fétiche, je suis placé idéalement pour admirer le travail de l’orchestre, dont l’engagement au service du récit est proprement époustouflant. Haenchen fait ressortir de sublimes contrastes qui prennent vraiment aux tripes.
Sur scène, Juha Uusitalo, déjà croisé à plusieurs reprises dans des rôles de héros wagnériens, est proprement époustouflant dans le rôle du Hollandais. Sa performance vocale est fantastique et fascinante. Tout y est : pathos, gravitas, intensité.
La Senta de Catherine Naglestad est également excellente, même si elle semble moins impliquée sur le plan émotionnel. Le reste de la distribution ne démérite pas, mais les seconds rôles sont quand même largement en retrait.
Quant à la mise en scène… Je ne sais plus si j’avais déjà croisé la route de Kušej, mais il fait partie de ces chefs qui veulent “réinventer”, “remettre en perspective”, etc. En l’occurrence, on n’est pas très sûr de comprendre ce qu’il apporte ainsi à l’œuvre.
Le rideau s’ouvre sur un décor générique qui pourrait être l’intérieur d’un gymnase dans lequel choristes et figurants trempés viennent se protéger de la violence d’une tempête qui fait rage à l’extérieur. On se croirait aux Maldives pendant un tsunami. (Et on comprend enfin pourquoi on a vu tant de personnes en short en passant le long des vitres de la cafeteria du personnel alors qu’il fait une température polaire dehors.) Les marins du vaisseau fantôme, eux, rôdent à l’extérieur, silhouettes menaçantes vêtues de sweat-shirts noirs à capuches (on verra plus tard que les rôles sont tous tenus par des figurants et/ou des choristes noirs… Subtilité, quand tu nous tiens).
Le deuxième acte, situé dans ce qui pourrait être un institut esthétique, montre Senta au rouet, en proie aux moqueries des femmes de marins qui ne sont préoccupées que d’apparences futiles tandis qu’elle se mine en pensant à la souffrance du Hollandais. Pendant ce temps, Erik, qui ne se déplace jamais sans son fusil, abat l’un des marins noirs, qui s’effondre contre la porte vitrée en répandant une abondante coulée de sang.
Quant au troisième acte, on y voit l’équipage du Hollandais, apparemment pris au piège dans le “gymnase”, près d’être attaqué par “les blancs bien-pensants” lorsque la tempête se déclenche et suspend les hostilités tandis que le dénouement se précipite. Et là, malheureusement, la malédiction du Hollandais me poursuit puisque Kušej se croit, lui aussi, obligé de modifier la fin : Erik abat le Hollandais qui s’apprête à quitter les lieux… puis il abat également Senta (dont on ne sait pas très bien pourquoi elle veut encore partir puique le Hollandais est mort). En même temps qu’il chante “Helft ihr ! Sie ist verlaren !” (“Aidez-la, elle est perdue”), il la tue. Pour l’aider, sans doute. (Encore un concept chrétien qui doit m’échapper.)
Comme pour Norma et ses druides, je ne pense pas que je verrai de sitôt une Senta se jeter dans la mer. Et je n’ose même pas espérer quelques éclaboussures d’eau sur scène pour marquer symboliquement sa mort.
Heureusement que la musique, elle, ne quitte jamais les sommets sur lesquels Wagner et Haenchen la mènent.
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