“Victor Victoria”

Stadttheater, Klagenfurt • 23.5.15 à 19h30
Musique : Henry Mancini. Lyrics : Leslie Bricusse. Livret : Blake Edwards. Musique additionnelle : Frank Wildhorn. Adaptation en allemand : Vicki Schubert.

Mise en scène : Vicki Schubert. Direction musicale : Günter Wallner. Avec Ann Mandrella (Victoria), Erich Schleyer (Toddy), Tim Grobe (King Marchan), Ines Hengl-Pirker (Norma Cassidy), Rafael Banasik (Squash Bernstein), Andy Hallwaxx (Henri Labisse), …

VictorEn 1982, Blake Edwards concevait le film musical Victor Victoria sur mesure pour sa femme, Julie Andrews, en s’inspirant d’un film allemand de 1933, Viktor und Viktoria. La combinaison de la fantaisie réjouissante d’Edwards et d’une partition jubilatoire de Henry Mancini donna naissance à l’un des films musicaux les plus excitants de l’histoire de Hollywood.

Quand il s’agit d’adapter le film à la scène, au milieu des années 1990, toujours pour Julie Andrews, les bonnes fées s’étaient éloignées. Non seulement Henry Mancini n’était plus là pour écrire de nouvelles chansons, mais le compositeur approché pour enrichir la partition, Frank Wildhorn, se montra nettement moins inspiré que son illustre prédécesseur. Pour couronner le tout, on décida de supprimer deux excellentes chansons du film, “Gay Paree” et “The Shady Dame From Seville”, sous prétexte qu’elles se prêtaient mal à une version scénique.

L’œuvre conserve malgré tout un charme considérable, grâce à son excellente histoire comique et à ce qu’il reste de la partition de Henry Mancini. C’est pourquoi je n’hésite pas à voyager pour aller la voir, d’autant que je vis avec le regret d’avoir manqué la dernière représentation de Julie Andrews à Broadway à quelques jours près.

J’avais déjà vu une très bonne production du trop rare Bettelstudent de Millöcker à Klagenfurt, aussi n’ai-je pas hésité lorsque j’ai vu qu’on y donnait Victor Victoria… en allemand, bien sûr.

Surprise en arrivant : on annonce une représentation de 3h15, ce qui semble bien long. Un coup d’œil au programme révèle que “The Shady Dame From Seville” a été réintégrée, à la fois dans le premier acte (chantée par Victoria) et comme numéro final (“chantée” par Toddy). La pièce, du coup, ressemble beaucoup plus au film… et la chanson écrite par Frank Wildhorn pour servir de numéro final à Broadway, “Victor Victoria”, a été repoussée après les saluts, où elle permet aux comédiens comme au public de prolonger un peu le plaisir avant de s’égayer dans la nuit carinthienne.

Cette production est, du coup, d’une grande générosité… et pleine de clins d’œil au film de Blake Edwards, en particulier quant à l’humour physique de l’impayable personnage d’Henri Labisse, qui poursuit Victor partout, persuadé (à juste titre) qu’il s’agit d’une femme et non d’un homme.

Dans la fosse, le Kärntner Sinfonieorchester fait montre d’un enthousiasme communicatif en embrassant, notamment à l’harmonie, un style très jazzy sans doute très inhabituel pour lui. On savoure chaque instant avec avidité tant il est rare d’entendre de nos jours de tels effectifs orchestraux à Broadway : des cordes nombreuses, un vrai piano, aucune tentative pour remplacer les instruments rares (guitare, accordéon) par un synthétiseur.

Solide distribution, dont on note avec plaisir une réelle prédisposition pour la comédie. Ann Mandrella n’a pas tout à fait la voix de Julie Andrews, mais elle est charmante et charismatique. Aucun maillon faible dans le reste de la distribution, même si Erich Schleyer, qui n’a pas l’air très jeune, est parfois un peu “juste” pour le rôle de Toddy. Mention spéciale pour les prestations de Tim Grobe en King Marchan et de Ines Hengl-Pirker en Norma.


“Parsifal”

Symphony Hall, Birmingham • 17.5.15 à 15h
Wagner (1882)

Birmingham Symphony Orchestra, Andris Nelsons. Avec Burkhard Fritz (Parsifal), Mihoko Fujimura (Kundry), Georg Zeppenfeld (Gurnemanz), James Rutherford (Amfortas), Wolfgang Bankl (Klingsor), Paul Whelan (Titurel), …

ParsifalC’est à peine une surprise, quand on se souvient par exemple du Tristan und Isolde phénoménal de mars 2012. Nelsons tire cette version concert de Parsifal vers des sommets vertigineux grâce à un orchestre étonnant (je ne pense pas avoir jamais entendu le premier solo de trompette aussi parfaitement interprété) et des solistes en état de grâce.

C’est le Gurnemanz de Georg Zeppenfeld qui fait la plus forte impression. Zeppenfeld parvient à convoquer un mélange exquis d’autorité, de douleur et de mélancolie qui parle au cœur et à l’âme. Sa superbe voix grave et sonore trouve dans Symphony Hall un écrin idéalement adapté. La concentration qu’autorise une version concert lui permet de prêter une attention inouïe aux tensions, aux intonations, à la diction. C’est le Gurnemanz le plus beau et le plus déchirant que j’aie entendu.

Le reste de la distribution lui emboîte le pas avec une intensité et un engagement bouleversants.

Nelsons combine une attention millimétrique aux moindres détails et une vision superbe de l’arc musical et dramatique de l’œuvre. Il veille en permanence aux équilibres sonores, avec la coopération active d’une salle à l’acoustique de rêve. Les dernières mesures, qui font intervenir des chœurs placés au fond du troisième balcon en complément des chœurs installés sur scène (ce qui rappelle un peu Zurich), sont une source infinie de frissons : Nelsons y dose savamment chaque note, chaque accord, chaque instrument… pour finir la représentation en total état de grâce… un état qu’il parvient à prolonger de longues secondes en retenant efficacement les applaudissements.

On ressort complètement bouleversé… presque incapable de rejoindre le monde extérieur après une expérience aussi profonde et aussi intense.


“High Society”

Old Vic, Londres • 16.5.15 à 19h30
Musique et lyrics : Cole Porter. Livret : Arthur Kopit. Lyrics additionnels : Susan Birkenhead. D’après la pièce The Philadelphia Story de Philip Barry et le film High Society.

Mise en scène : Maria Friedman. Direction musicale : Theo Jamieson. Avec Kate Fleetwood (Tracy Lord), Rupert Young (Dexter Haven), Barbara Flynn (Margaret Lord), Jamie Parker (Mike Connor), Jeff Rawle (Uncle Willie), Ellie Bamber (Dinah Lord), Annabel Scholey (Liz Imbrie), Richard Grieve (George Kittredge), Christopher Ravenscroft (Seth Lord).

Society

High Society est avant tout un film de 1956 plein à craquer de standards de Cole Porter. Ce n’est qu’en 1998 qu’une adaptation a été conçue pour Broadway, sur la base d’un livret d’Arthur Kopit.

La comédienne Maria Friedman signe ici sa deuxième mise en scène, après le Merrily We Roll Along de la Menier Chocolate Factory fin 2012. Elle choisit, comme d’autres avant elle, de transformer le Old Vic, un théâtre à l’italienne par excellence, en théâtre “en rond” (“theatre in the round”), qui permet supposément au public de se sentir plus proche de l’action.

En l’occurrence, ce choix, outre qu’il oblige à distordre un peu trop la forme de la salle à mon goût, n’apporte pas grand’ chose à un spectacle qui doit, du coup, se passer de décor… si l’on exclut les quelques pièces qui apparaissent depuis les dessous.

Mais l’enchaînement de chansons magnifiques, combiné à l’énergie collective des comédiens et de l’orchestre, compense ce relatif dénuement. Mention spéciale pour la Tracy délicieusement déjantée de Kate Fleetwood et pour le Mike merveilleusement complexe de Jamie Parker, qui a un charme fou.

Malgré tout, je n’ai pas retrouvé l’état de quasi-euphorie dans lequel m’avait plongé une autre production récente, vue en tournée en juillet 2013.


“The Rake’s Progress”

Staatsoper im Schiller Theater, Berlin • 15.5.15 à 19h
Stravinsky (1951). Livret : W. H. Auden & Chester Kallman, d’après des peintures de Hogarth. 

Direction musicale : Domingo Hindoyan. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski. Avec Stephan Rügamer (Tom Rakewell), Anna Prohaska (Anne Trulove), Gidon Saks (Nick Shadow), Jan Martiník (Trulove), Ursula Hesse von den Steinen (Mother Goose), Nicolas Ziélinski (Baba the Turk), Patrick Vogel (Sellem), Maximilian Krummen (Keeper of the Madhouse), …

ProgressLes riches tonalités faustiennes de cet opéra sont du pain bénit pour un metteur en scène comme Warlikowski, qui trouve avec un bonheur certain des points d’appui dans l’univers visuel d’Andy Warhol. Il transpose la pièce dans un monde dominé par les manifestations les plus  délirantes d’un bouillonnant ça freudien dopé aux amphétamines.

À part les références à Londres, qui tombent un peu à plat, la pièce y résiste particulièrement bien, preuve qu’elle contient en germe les thématiques sur lesquelles Warlikowski choisit de zoomer — à tous les sens du terme, puisqu’il use et abuse de la technique consistant à projeter sur le décor l’image des personnages, filmée en direct.

La distribution principale est un régal. On faut y distinguer le Nick Shadow génial de Gidon Saks… mais Stephan Rügamer et Anna Prohaska sont absolument délicieux, autant pour le soin exquis qu’ils apportent à l’interprétation de la belle partition de Stravinsky que pour leur engagement total au service de leurs personnages. Tous trois sont assez facilement compréhensibles, ce qui mérite de chaleureuses félicitations.

L’orchestre est magnifique. Seul le chœur laisse un peu à désirer. De la très belle ouvrage.


“An American in Paris”

Palace Theatre, New York • 10.5.15 à 15h
Musique & lyrics : George & Ira Gershwin. Livret : Craig Lucas.

Mise en scène et chorégraphie : Christopher Wheeldon. Direction musicale : Brad Haak. Avec Robert Fairchild (Jerry Mulligan), Leanne Cope (Lise Dassin), Veanne Cox (Madame Baurel), Jill Paice (Milo Davenport), Brandon Uranowitz (Adam Hochberg), Max Von Essen (Henri Baurel), Victor J. Wisehart (Mr. Z), Scott Willis (Monsieur Baurel), Rebecca Eichenberger (Olga), …

AmericanJe n’avais été que modérément convaincu par les avant-premières parisiennes de ce spectacle qui a désormais pris ses quartiers à Broadway. Comme les critiques ont été largement positives, je me suis senti obligé de retourner voir la pièce.

J’ai accroché un peu plus que la première fois, mais à peine. Je ne m’habitue toujours pas à cette réserve, à ce spleen de l’après-guerre qui semble obséder Wheeldon.

Vu comme un spectacle de danse, An American in Paris ne manque ni de fantaisie ni de charme. Vue comme une œuvre dramatique, la pièce manque terriblement de substance, de relief et, paradoxalement, de rythme. Le moment qui devrait fonctionner comme un bouquet final, “I’ll Build a Stairway to Paradise”, fait l’effet d’un pétard mouillé, entre le charisme tout relatif de Max Von Essen et l’absence toujours aussi impardonnable de grand escalier.

Le seul personnage qui ait un peu de substance est l’excellent Adam de Brando Uranowitz — l’un des seuls, paradoxalement, à ne pas danser du tout. (Et chapeau à Uranowitz d’avoir terminé la représentation vaillamment alors qu’il s’est manifestement blessé à la jambe à l’occasion d’une chute mal gérée.)

Oui, les décors sont très beaux, et les lumières assez magnifiques. Oui, la musique est généralement somptueuse. Mais tout cela ne réussit pas à faire une pièce convaincante… en tout cas pas à l’aune de ma sensibilité.


“Something Rotten!”

St. James Theatre, New York • 9.5.15 à 20h
Musique & lyrics : Wayne & Karey Kirkpatrick. Livret : Karey Kirkpatrick & John O’Farrell.

Mise en scène : Casey Nicholaw. Direction musicale : Phil Reno. Avec Brian d’Arcy James (Nick Bottom), John Cariani (Nigel Bottom), Christian Borle (Shakespeare), Heidi Blickenstaff (Bea), Brad Oscar (Nostradamus), Kate Reinders (Portia), Brooks Ashmanskas (Brother Jeremiah), Peter Bartlett (Lord Clapham), Gerry Vichi (Shylock), Michael James Scott (Minstrel), …

RottenCette comédie musicale arrive à Broadway auréolée de la distinction d’être la seule création récente à n’être inspirée d’aucun film, roman ou autre. Elle a réussi à créer le buzz en décidant de ne pas jouer ses tryouts à Seattle comme prévu afin d’arriver plus rapidement à Broadway lorsque Side Show a libéré le St. James Theatre.

Something Rotten s’intéresse aux frères Bottom, deux auteurs dramatiques de la fin du 16e siècle, qui cherchent désespérément à percer alors que Shakespeare, véritable rock star avant l’heure, leur vole systématiquement la vedette. Un voyant leur révèle le “truc” pour réussir au théâtre dans l’avenir : écrire une comédie musicale.

Le livret, les lyrics et le style musical brassent joyeusement les anachronismes ; les citations de Shakespeare abondent… ainsi que les citations musicales de grands succès de Broadway — globalement assez faciles à repérer. La bonne humeur générale est largement communicative ; le public est déchaîné.

Something Rotten doit beaucoup selon moi à Mel Brooks, qui a créé avec The Producers et avec Young Frankenstein un style libéré et joyeux. Les dernières scènes de la pièce ressemblent d’ailleurs beaucoup à la fin de The Producers.

L’atout-maître de cette production, c’est la qualité d’une distribution totalement impliquée et au talent collectif considérable, que ce soit dans les rôles principaux (Brian d’Arcy James, Christian Borle, John Cariani, Kate Reinders) ou dans les rôles secondaires (Heidi Blickenstaff, Brad Oscar, Brooks Ashmanskas). Tous sont absolument irrésistibles, même s’il faut reconnaître que les rôles masculins sont autrement mieux écrits que les rôles féminins.


“Zorba”

New York City Center • 9.5.15 à 14h
Musique : John Kander. Lyrics : Fred Ebb. Livret : Joseph Stein, d’après le roman de Nikos Kazantzakis.

Mise en scène : Walter Bobbie. Direction musicale : Rob Berman. Avec John Turturro (Zorba), Santino Fontana (Niko), Marin Mazzie (The Leader), Zoë Wanamaker (Hortense), Elizabeth A. Davis (The Widow), Adam Chanler-Berat (Mimiko), Robert Cuccioli (Mavrodani), Robert Montano (Manolakas), Carlos Valdes (Pavli), …

ZorbaZorba est avant tout un roman à succès de 1952 et le célèbre film qui en a été tiré avec Anthony Quinn en 1964. Quelques années plus tard, le grand Hal Prince eut l’idée d’en faire une comédie musicale. Ce furent finalement Kander & Ebb qui s’y collèrent, avec l’aide précieuse du librettiste Joseph Stein.

Zorba ouvrit ses portes en novembre 1968 et les referma en août de l’année suivante. La pièce n’obtint qu’un seul Tony Award, pour son décorateur, Boris Aronson — le Tony de la meilleure comédie musicale fut décerné cette année-là à 1776.

Quinze ans plus tard, une reprise, dans laquelle Anthony Quinn lui-même jouait le rôle-titre, tint l’affiche un peu plus longtemps que la production originale, d’octobre 1983 à septembre 1984. Une nouvelle reprise avec Antonio Banderas fut annoncée pour la saison 2011-2012 mais ne vit jamais le jour.

J’étais d’autant plus heureux d’apprendre que la série des Encores! avait programmé Zorba que je n’avais jamais vu cette comédie musicale. L’écoute des enregistrements disponibles, si elle confirme la qualité de la partition, ne permet pas de cerner complètement le charme de la pièce.

C’est que Zorba, une fois n’est pas coutume, vaut aussi largement par son livret. Cette touchante histoire d’une amitié improbable entre un Grec hédoniste et fataliste à la fois et un Américain un peu coincé est fichtrement bien écrite. Sa philosophie sous-jacente, qui est de profiter de chaque instant avec avidité, me touche beaucoup. “The only death”, nous dit Zorba dans sa séduisante sagesse, “is the death we die every day by not living.” 

Pour cette série de représentations, c’est John Turturro qui joue le rôle éponyme. Dieu sait comment l’idée de lui confier ce rôle a pu naître car il n’a aucune expérience connue en matière de comédie musicale ; je ne suis même pas sûr qu’il ait beaucoup joué au théâtre. De fait, sa voix laisse beaucoup à désirer. Mais on lui pardonne volontiers tant son interprétation est attachante.

Verdict strictement identique pour Zoë Wanamaker, qui est irrésistible de drôlerie et d’émotion dans le rôle d’Hortense, la Française au grand cœur blessé.

Parmi le reste de la distribution, deux immenses professionnels brillent au contraire par la beauté de leur voix : la splendide Marin Mazzie, qui se débrouille très bien du rôle bizarre du Leader, une espèce de narrateur, et l’irrésistible Santino Fontana, qui apporte beaucoup de chaleur au rôle de Niko, l’Américain arrivé par accident en Crète à cause d’un héritage.

Tous incarnent avec talent la séduisante philosophie qui sous-tend l’œuvre, qui n’est pas pour autant dépourvue de pages plus sombres, interprétées avec sobriété et intensité.

La belle partition de John Kander est jouée superbement par un grand orchestre en belle forme, augmenté pour l’occasion d’un bouzouki, d’un oud et d’une mandoline.

Un régal.


“The Visit”

Lyceum Theatre, New York • 8.5.15 à 20h
Musique : John Kander. Lyrics : Fred Ebb. Livret : Terrence McNally, d’après la pièce de Friedrich Dürrenmatt.

Mise en scène : John Doyle. Chorégraphie : Graciela Daniele. Direction musicale : David Loud. Avec Chita Rivera (Claire Zachanassian), Roger Rees (Anton Schell), Michelle Veintimilla (Young Claire), John Riddle (Young Anton), Elena Shaddow (Ottilie), David Garrison (Peter Dummermut), Diana Dimarzio (Annie Dummermut), Mary Beth Peil (Matilde), Timothy Shew (Hans Nusselin), Aaron Ramey (Otto Hahnke), Rick Holmes (Father Josef), George Abud (Karl), Jason Danieley (Frederich Kuhn), Tom Nelis (Rudi), Matthew Deming (Louis Perch), Chris Newcomer (Jacob Chicken).

VisitInitialement prévue pour ouvrir ses portes à Broadway pendant la saison 2000-2001, cette adaptation de La Visite de la vieille dame de Dürrenmatt par Terrence McNally (livret), John Kander (musique) et Fred Ebb (lyrics) a connu de nombreuses contrariétés. D’abord, la défection d’Angela Lansbury, pour qui la pièce était conçue, qui s’est retirée à l’été 2000 pour s’occuper de son mari malade. Puis, les événements du 11 septembre, qui se sont produits quelques semaines avant le début des tryouts à Chicago.

Il aura finalement fallu attendre quinze ans pour que The Visit arrive à Broadway. C’est Chita Rivera qui porte le rôle depuis la défection de Lansbury. Après les représentations de Chicago en 2001 et le décès de Fred Ebb en 2004, une nouvelle version a été montée à Arlington, au Signature Theatre, en 2008… puis une version révisée en un acte a été présentée à Williamstown, Massachusetts pendant l’été 2014.

C’est cette version en un acte conçue par John Doyle, expressionniste à l’extrême, qui est finalement arrivée à Broadway.

Consécration justifiée pour Chita Rivera, impériale, qui propose une incarnation géniale et glaçante de la Vieille dame qui vient chercher dans sa ville natale un mélange explosif de revanche et d’amours perdues. À 82 ans, Rivera conserve une maîtrise étonnante de sa voix : à part le vibrato hors de contrôle, son interprétation des chansons de Kander & Ebb révèle une maîtrise et une intelligence qui en décuplent l’effet.

Le reste de la distribution est, à 80 %, identique à celle de Williamstown. On y retrouve malheureusement le même premier rôle masculin, Roger Rees, encore moins convaincant qu’à Williamstown. On le sent mal à l’aise avec son texte… et il est incapable de chanter de manière même vaguement acceptable.

Cette mise en scène de John Doyle, très stylisée, en déroutera sans doute plus d’un… et le thème très noir de l’histoire risque de ne pas attirer le public — le théâtre est d’ailleurs loin d’être plein —, mais c’est un aboutissement mérité pour cette belle comédie musicale de se retrouver enfin à Broadway, dans le même théâtre qui avait accueilli The Scottsboro Boys, un autre Kander & Ebb tardif, en 2010.

Un bonus aux auteurs pour l’évocation de Wagner et de Parsifal à Ravello.


“Closer To Heaven”

Union Theatre, Londres • 3.5.15 à 14h30
Musique & lyrics : The Pet Shop Boys. Livret : Jonathan Harvey.

Mise en scène : Gene David Kirk. Direction musicale : Patrick Stockbridge. Avec Katie Meller (Billie Tricks), Jared Thompson (Straight Dave), Amy Matthews (Shell), Connor Brabyn (Mile End Lee), Ben Kavanagh (Flynn), Craig Berry (Vic), Ken Christiansen (Bob), … 

HeavenPour une raison que l’Histoire n’a pas retenu, je n’étais pas allé voir cette comédie musicale lors de sa création dans le West End en 2001. L’affiche était pourtant intéressante : le livret est de Jonathan Harvey, l’auteur du touchant Beautiful Thing, et la partition est signée par le duo The Pet Shop Boys.

Le résultat ne convainc malheureusement pas beaucoup plus aujourd’hui qu’à l’époque. Closer To Heaven est une curieuse bluette qui a beaucoup de mal à décider de quoi elle parle. La plupart des personnages sont laissés à l’état d’ébauche, sauf peut-être l’intéressante Billie Tricks, qui semble avoir passé sa vie à se réinventer : punk, artiste, égérie, … sans se préoccuper de savoir si elle était au sommet ou au fond du gouffre. Elle est ici remarquablement interprétée par l’attachante Katie Meller.

Pour le reste, on ne sait pas très bien quoi faire de l’histoire de ce garçon qui se croit hétérosexuel pour finalement découvrir son homosexualité après s’être fait engager comme danseur dans un club gay. L’absence de réelle substance est rendue plus sensible encore par une partition sans saveur et sans relief.


“Redhead”

Bridewell Theatre, Londres • 2.5.15 à 19h30
Musique : Albert Hague. Lyrics : Dorothy Fields. Livret : Herbert & Dorothy Fields, Sidney Sheldon & David Shaw.

Mise en scène : Hannah Chissick. Direction musicale : Sarah Travis. Avec Katie Ann Dolling (Elsie), Robson Ternouth (Tom), Steven Dalziel (George), …

Pre-show

Post-show


“Carrie”

Southwark Playhouse, Londres • 2.5.15 à 15h
Musique : Michael Gore. Dean Pitchford. Livret : Lawrence D. Cohen, d’après son scénario pour le film de Brian de Palma, lui-même tiré du roman de Stephen King.

Mise en scène : Gary Lloyd. Direction musicale : Mark Crossland. Avec Evelyn Hoskins (Carrie White), Kim Criswell (Margaret White), Sarah McNicholas (Sue Snell), Greg Miller-Burns (Tommy Ross), Jodie Jacobs (Miss Gardner), Gabriella Williams (Chris Hargensen), Dex Lee (Billy Nolan), …

Pre-show :

Post-show :


“Calamity Jane”

Theatre Royal, Brighton • 1.5.15 à 19h45
Musique : Sammy Fain. Lyrics : Paul Francis Webster. Livret : Charles K. Freeman, d’après le scénario de James O’Hanlon pour le film du studio Warner Bros.

Mise en scène: Nikolai Foster. Direction musicale : Bobby Delaney. Avec Jodie Prenger (Calamity Jane), Tom Lister (Wild Bill Hickok), Alex Hammond (Danny Gilmartin), Phoebe Street (Katie Brown), …

Pre-show :

Post-show :


“Rusalka”

Opéra-Bastille, Paris • 26.4.15 à 14h30
Dvořák (1901). Livret : Jaroslav Kvapil. 

Direction musicale : Jakub Hrůša. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Kristīne Opolais (Rusalka), Pavel Černoch (Le Prince), Larissa Diadkova (Ježibaba), Dimitry Ivashchenko (L’Esprit du lac), Alisa Kolosova (La Princesse étrangère), …

JakubOn se souvient avoir été captivé par cette magnifique mise en scène de Robert Carsen lors de sa création il y a une dizaine d’années. Le metteur en scène canadien y fait la preuve de son instinct habituel pour les images fortes et signifiantes, porteuses de sens et d’émotion, toujours parfaitement synchronisées avec les péripéties de la partition. L’image finale de l’acte II reste, de ce point de vue, l’une de ses plus belles réalisations.

L’autre héros de la représentation est le chef tchèque Jakub Hrůša, qui fait étinceler de mille feux la magnifique partition de Dvořák. On se laisse, du coup, submerger par l’émotion que porte cette belle histoire romantique et déchirante.

Distribution globalement solide et joliment engagée. La Rusalka de Kristīne Opolais est souvent magnétique, tandis que le Prince de Pavel Černoch lui donne la réplique avec prestance et sensibilité.


Concert New York Philharmonic / Gilbert à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 25.4.15 à 20h30
New York Philharmonic, Alan Gilbert

Salonen : Nyx
Ravel :
Shéhérazade (Joyce DiDonato, mezzo-soprano)
Valses nobles et sentimentales
Strauss : Suite du Chevalier à la rose

GilbertMême s’ils interprètent Ravel de manière assez peu vernaculaire, les musiciens new-yorkais apportent avec eux une bouffée de bonne humeur et de joie de vivre qui manque d’habitude cruellement sur nos scènes parisiennes. Le plaisir évident qu’ils éprouvent à jouer ensemble démultiplie l’expérience pour l’auditeur.

Le français impeccable dans lequel et Alan Gilbert et Joyce DiDonato s’adressent au public, leur plaisir non feint de se produire dans une salle nouvelle à l’acoustique magnifique, dénotent autant le respect qu’un enthousiasme sincère. Un enthousiasme forcément communicatif. En clair, ils ont la classe.

La pièce de Salonen, que l’orchestre s’approprie avec une unanimité rare, est splendide et captivante. La Suite du Chevalier à la rose, malgré sa rutilance, parvient magnifiquement à évoquer la bouffée de mélancolie qui submerge la fin de l’œuvre.

Des bis pleins d’énergie couronnent la soirée dans une dernière bouffée de plaisir et de bonne humeur. Bravi. 


Concert Philharmonique de Radio-France / Franck au Grand Auditorium

Auditorium de Radio-France, Paris • 24.4.15 à 20h
Orchestre Philharmonique de Radio-France, Mikko Franck

Sibelius :
– “Nocturne”, extrait de la Suite du Roi Christian II
– concerto pour violon (Baiba Skride, violon)
En saga
– symphonie n° 7

MikkoL’entente entre Mikko Frank et l’Orchestre philharmonique de Radio-France est décidément prometteuse pour l’avenir. Le chef finlandais obtient en effet une superbe prestation des musiciens dans ce joli programme entièrement consacré à son compatriote Sibelius.

On est particulièrement impressionné par la belle homogénéité lyrique des cordes, dans l’acoustique chaleureuse de l’Auditorium de Radio-France, dont la scène est malheureusement toujours baignée d’une lumière blanchâtre de bloc opératoire. (Des lumières colorées font heureusement contrepoint du côté du public… mais il faut faire quelque chose pour cette scène.)

Le concerto pour violon tout en rondeurs de Baiba Skride aide à oublier le souvenir beaucoup plus mitigé de celui de Mutter il y a quelques semaines. Mais on n’échappe pas à Bach en bis.


Concert Staatskapelle Berlin / Barenboim à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 23.4.15 à 20h30
Staatskapelle Berlin, Daniel Barenboim

Beethoven : concerto pour piano n° 1 (Martha Argerich, piano)
Wagner : Parsifal, Prélude de l’Acte I et “Enchantement du Vendredi-Saint”

MarthaUne occasion rêvée d’entendre à nouveau le Parsifal de Barenboim, quelques jours à peine après une représentation d’anthologie. On retrouve avec bonheur la tension infinie que Barenboim imprime à une partition qu’il aborde avec autorité et intériorité.

Bonus bien agréable avec une Martha Argerich toujours au sommet de son art, dans un concerto qui me séduit de plus en plus. Il faut malheureusement supporter en bis un interminable Schubert à quatre mains, dans lequel on se demande bien pourquoi Martha laisse la partie du dessus à Barenboim, qui ne fait pas le poids à côté d’elle.

Je suis parti après Parsifal même si le concert prévoyait un complément de programme, ce qui me semble à peu près aussi hérétique que de jouer un bis après une neuvième de Mahler. Mon cerveau est incapable d’écouter quoi que ce soit après Parsifal tant est intense ce sentiment d’avoir vécu une révélation métaphysique.


“Le Cid”

Palais-Garnier, Paris • 21.4.15 à 19h30
Massenet (1885). Livret : Adolphe d’Ennery, Louis Gallet, Édouard Blau, d’après Guillén de Castro et Corneille.

Direction musicale : Michel Plasson. Mise en scène : Charles Roubaud. Avec Roberto Alagna (Rodrigue), Sonia Ganassi (Chimène), Paul Gay (Don Diègue), Nicolas Cavallier (Alphonse VI), Annick Massis (l’Infante), Laurent Alvaro (le Comte de Gormas), …

PlassonJ’aime décidément beaucoup cet opéra, comme je l’avais déjà indiqué lors de la création de cette mise en scène à l’Opéra de Marseille en juin 2011. Non seulement la partition regorge de passages d’une grande inspiration (à côté d’autres pages certes un peu plus banales), mais le livret est lui aussi un bonheur pour les oreilles tant la scansion en est agréable (“J’offense en t’écoutant / Et la tombe et le ciel.”)

Le petit plus de cette reprise parisienne, c’est la conduite magnifiquement inspirée du vénérable Michel Plasson, qui régale de part en part. C’est sans doute à Plasson que l’on doit la réintégration de quelques pages du ballet et de son tour d’Espagne des styles chorégraphiques, curieusement déplacées à la jonction des troisième et quatrième actes. Je ne sais pas si c’est un effet acoustique lié à la place que j’occupais, mais j’ai trouvé le tuba très présent… et je ne m’en plains nullement.

Comme à Marseille, on retrouve l’inoxydable et généreux Roberto Alagna dans le rôle-titre. Il n’est ni dans un jour de grande forme, ni dans un jour de grande méforme, contrairement à l’expérience que j’ai de ses prestations. Il s’améliore un peu au fil de la représentation, mais ce n’est pas le Alagna des grands jours, malgré un engagement et une prestance difficiles à égaler. Et son intimité évidente avec le “style français” le rend éminemment sympathique.

Grosse déception du côté de la Chimène de Sonia Ganassi, dont la voix engorgée et la prononciation plus qu’approximative confirment l’impression que m’avait laissée son Eboli de Londres. Du coup, on ne goûte qu’imparfaitement le plaisir d’entendre des airs aussi envoûtants que “Pleurez, pleurez, mes yeux”.

Très belle distribution dans les rôles secondaires, particulièrement de la part de Paul Gay, qui campe un Don Diègue superbement enveloppé dans son honneur.

On a un peu de peine pour Annick Massis, tristement sous-employée dans un rôle qui ne met qu’imparfaitement en valeur son immense talent. Au moins a-t-on rétabli pour elle le charmant “Plus de tourments et plus de peine”, l’air un peu incongru que l’Infante chante à l’acte II en faisant l’aumône juste avant le ballet. Et on lui doit un superbe contre-ré qui fait beaucoup pour rendre la scène finale électrique.


“Parsifal”

Staatsoper im Schiller Theater, Berlin • 18.4.15 à 16h
Wagner (1882)

Direction musicale : Daniel Barenboim. Mise en scène : Dmitri Tcherniakov. Avec Andreas Schager (Parsifal), Anja Kampe (Kundry), René Pape (Gurnemanz), Wolfgang Koch (Amfortas), Tómas Tómasson (Klingsor), Matthias Hölle (Titurel), …

DanyUne représentation pour les annales, en bonne partie grâce à la conduite incandescente et passionnée d’un Daniel Barenboim en fusion thermonucléaire, qui accentue les contrastes dramatiques dans des proportions épiques. L’orchestre, de manière incroyable, le suit sans hésiter à la fois lorsqu’il ralentit certains passages de manière presque douloureuse… et lorsqu’il accélère le pas de manière inouïe — je ne pense pas avoir jamais entendu la Verwandlungsmusik jouée aussi rapidement.

On est au moins autant fasciné par la mise en scène de Dmitri Tcherniakov, qui prend intelligemment du recul tout en prêtant une attention sans faille au texte et à la musique — j’ai retrouvé un peu l’impression que m’avait laissée le Parsifal de Claus Guth à Zurich. La direction d’acteurs au cordeau force le respect. Les actes I et II sont anthologiques ; l’acte III laisse un peu plus sur sa faim, d’autant que tout le monde semble fatigué. La scène finale, si elle laisse d’abord un peu dubitatif, révèle à la réflexion une logique implacable d’autant plus évidente qu’elle est d’une grande simplicité.

Tcherniakov multiplie les coups de génie : le sang de la blessure d’Amfortas recueilli dans le Graal ; le Klingsor en savates et tricot informe, qui recoiffe sa dernière mèche de cheveux de manière compulsive ; le baiser intensément psychanalytique de Kundry et Parsifal, qui vient trouver un écho dans l’enfance de ce dernier, etc.

La distribution est époustouflante. Exceptées les filles-fleurs, insupportablement stridentes, on ne voit guère ce qui pourrait être amélioré.

René Pape est le Gurnemanz de référence actuel — sa façon d’être là sans y être complètement convient idéalement à un personnage qui est au moins commentateur qu’acteur… du moins jusqu’à ce que Tcherniakov lui donne une occasion en or de bouleverser les choses dans la dernière scène.

Anja Kampe incarne excellemment mais sans excès la complexité tourmentée de Kundry. Wolfgang Koch offre un engagement dramatique à peu près aussi succulent que le timbre autoritaire et généreux d’une voix au sommet. Tómas Tómasson porte avec une conviction irrésistible la vision de Tcherniakov pour Klingsor. 

Andreas Schager, enfin, confirme qu’il est le ténor wagnérien dont rien ne semble vouloir entraver la triomphale ascension. On l’admirait déjà en Siegfried, un rôle qu’il chante avec une facilité déconcertante, sans réel effort apparent. Le voici désormais en route vers le sommet avec un Parsifal intense et complexe, dont l’évolution dramatique est proprement stupéfiante.


Concert Russian National Orchestra / Liss à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 13.4.15 à 20h30
Russian National Orchestra, Dmitri Liss

Tchaïkovski :
Ouverture en fa majeur
– concerto pour piano n° 1 (Nikolaï Lugansky, piano)
– symphonie n° 5

LuganskyTrès joli concert, malgré une Ouverture qui aurait pu, encore une fois, continuer à prendre la poussière au fond d’un tiroir. L’équilibre piano / orchestre du concerto me rassure quant à la capacité de la salle à mettre en valeur le roi des instruments, particulièrement bien traité par Nikolaï Lugansky, en grande forme.

Dmitri Liss, qui remplace Michael Pletnev, souffrant, semble fasciné par les nombres impairs : il choisit en effet de jouer la cinquième symphonie avec 7 contrebasses, 9 violoncelles, 11 altos, 13 violons II et 15 violons I, pour un effectif total de 55 cordes. Faut-il y voir une forme de superstition ?

Je n’ai pas fini de m’extasier devant l’acoustique de la salle. Les moments de grâce sont foison : le solo de cor de l’Andante prend aux tripes comme jamais ; les quatre coups de timbale finaux sont génialement glaçants. À la fin de l’Andante, je surprends le chef à faire un mouvement que je fais moi-même souvent : il lève les yeux vers le ciel comme pour mieux suivre du regard l’ascension presque mystique du son vers les cimes. Magique.


“Nick & Nora”

Eureka Theatre, San Francisco • 11.4.15 à 18h
Musique : Charles Strouse. Lyrics : Richard Maltby, Jr. Livret : Arthur Laurents, d’après le roman The Thin Man de Dashiell Hammett.

Mise en scène : Greg MacKellan. Direction musicale : Dave Dobrusky. Avec Ryan Drummond (Nick Charles), Brittany Danielle (Nora Charles), Allison F. Rich (Tracy Gardner), Reuben Uy (Yukido), Davern Wright (Selznick / Another Juan), Brian Herndon (Max Bernheim), William Giammona (Victor Moisa), Justin Gillman (Spider Malloy / Juan), Nicole Frydman (Lorraine Bixby), Michael Kern Cassidy (Edward J. Connors), Michael Barrett Austin (Lt. Wolfe), Megan Stetson (Maria Valdez), Cindy Goldfield (Lily Connors), …

Pre-show :

Post-show :

PS : J’ai oublié de parler d’Asta, le chien de Nick de Nora Charles, qui avait semble-t-il séduit le public de la production originale (ah, les enfants et les chiens sur scène…) Cette production se contente de l’évoquer par le biais d’aboiements enregistrés chaque fois que retentit la sonnerie de la porte. Malin…


Concert Orchestre de Paris / Vedernikov à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 8.4.15 à 20h30
Orchestre de Paris, Alexander Vedernikov

Tchaïkovski : Hamlet, Ouverture-fantaisie
Prokofiev : concertos pour piano n° 1 et n° 2 (Boris Berezovsky, piano)
Scriabine : Poème de l’extase

VedernikovTrès joli concert qui, s’il confirme qu’il y a parfois de bonnes raisons quand certaines œuvres (l’ouverture de Tchaïkovski) sont peu jouées, confirme aussi l’autorité fascinante de Boris Berezovsky face à son piano dans les deux premiers concertos de Prokofiev, ces deux bijoux étincelants bourrés de passages somptueux.

On découvre au passage que l’acoustique de la Philharmonie est légèrement moins optimale que d’habitude dans les concertos pour piano… même si le son du piano semble curieusement plus présent dans le deuxième concerto que dans le premier.

Belle prestation de l’orchestre dans le fascinant Poème de l’extase de Scriabine, dont le final en apothéose est d’autant plus trippant que l’acoustique immersive de la salle place les spectateurs au centre de l’expérience sonore.


“New York Spring Spectacular”

Radio City Music Hall, New York • 5.4.15 à 17h

Mise en scène : Warren Carlysle. Direction musicale : Patrick Vaccariello. Avec les Rockettes, Laura Benanti, Derek Hough, Lenny Wolpe, …

SpectacularNouveauté au Radio City Music Hall, qui crée un Spring Spectacular dont le nom-même suggère qu’il est une sorte de déclinaison saisonnière du mythique Christmas Spectacular. Annoncé à l’origine pour 2014, le spectacle avait dû être annulé pour cause de difficultés techniques. Il a finalement ouvert ses portes cette année et semble rencontrer un assez grand succès — ce n’est pas si simple de remplir cette salle de plus de 6000 places dont, dit-on, aucune n’a une mauvaise vue.

Du côté positif : une débauche de moyens scéniques exploitant à fond la machinerie incroyable du théâtre et incluant des projections digitales dont certaines sont absolument sidérantes ; un orchestre éblouissant en formation “big band” dont le podium émerge régulièrement de la fosse pour mieux y replonger ; une séquence inoubliable au sommet de l’Empire State Building, sur deux des plus belles chansons jamais écrites, “The Way You Look Tonight” et “I Won’t Dance”, toutes deux composées par Jerome Kern ; des prestations fort sympathiques des deux stars du spectacle, la toujours délicieuse Laura Benanti, … mais surtout l’irrésistible Derek Hough, un danseur magnétique, rendu célèbre par ses succès multiples dans l’émission Dancing With the Stars (à côté de lui, Benanti fait un peu de peine lorsqu’elle doit danser). Et le fou-rire irrésistible de Laura Benanti au moment où une scène ne s’est apparemment pas déroulée comme prévu.

Du côté négatif : un spectacle qui ressemble parfois à une série de brochures d’office de tourisme ; une trame absurde, mal écrite et, du coup, mal jouée ; des références assez convenues aux nouvelles technologies ; des choix musicaux pas toujours convaincants.

La magie opère malgré tout, mais pas avec la même intensité que lors du Christmas Spectacular. Gageons cependant que le spectacle sera affiné et amélioré dans l’avenir. Il mérite sans doute une nouvelle visite.


“On the Twentieth Century”

American Airlines Theatre, New York • 5.4.15 à 14h
Musique : Cy Coleman. Livret & lyrics : Betty Comden & Adolph Green, d’après des pièces de Ben Hecht, Charles MacArthur et Charles Bruce Millholland.

Mise en scène : Scott Ellis. Direction musicale : Kevin Stites. Avec Kristin Chenoweth (Mildred Plotka / Lily Garland), Peter Gallagher (Oscar Jaffee), Andy Karl (Bruce Granit), Mark Linn-Baker (Oliver Webb), Michael McGrath (Owen O’Malley), Mary Louise Wilson (Letitia Peabody Primrose), …

CenturyLa petite production du Union Theatre de Londres m’avait déjà enchanté début 2011. Cette comédie musicale de 1978 est en effet une délicieuse farce musicale portée en particulier par la partition du génial Cy Coleman 

Superbe mise en scène de Scott Ellis, qui s’adonne sans réserve aux péripéties de cette comédie burlesque. Le décor somptueux de David Rockwell évoque avec félicité le luxe art-nouveau du train mythique qui reliait Chicago à New York de 1902 à 1967.

L’annonce du casting de Kristin Chenoweth dans le rôle principal de Lily Garland a suscité pas mal d’interrogations. Chenoweth, après avoir été la reine de Broadway, a été aspirée par Hollywood ; son précédent retour, dans Promises, Promises, avait laissé les commentateurs plutôt sceptiques (moi y compris). C’est avec plaisir que l’on constate que Chenoweth retrouve ici son aura : elle est complètement déchaînée… et excelle autant dans la comédie que dans les difficultés vocales de la partition.

On est un peu plus réservé quant à la prestation de Peter Gallagher dans le rôle principal masculin. Le comédien a manqué plusieurs représentations pour cause de problèmes vocaux… et force est de constater qu’il a perdu l’agilité et la puissance pour lesquelles il était connu. Il reste néanmoins très investi sur le plan dramatique, sans parvenir à se hisser tout à fait à la hauteur de sa co-vedette.

Excellente distribution secondaire, au sein de laquelle on a envie de distinguer l’étonnant Andy Karl, qui passe sans difficulté apparente du rôle-titre grave et introverti de Rocky à celui d’un comédien narcissique et présomptueux, qui ne rate aucune occasion de faire rire à ses dépens.

On est particulièrement séduit par le quatuor de grooms chantants et dansants qui apparaît régulièrement. Leurs numéros déchaînés sont particulièrement réjouissants, en particulier lorsqu’ils se mettent à faire des claquettes avec une énergie communicative.


“The King and I”

Vivian Beaumont Theatre, Lincoln Theatre, New York • 4.4.15 à 20h (preview / avant-première)
Musique : Richard Rodgers. Livret & lyrics : Oscar Hammerstein II. D’après le roman Anna and the King of Siam de Margaret Landon.

Mise en scène : Bartlett Sher. Direction musicale : Ted Sperling. Avec Ken Watanabe (The King of Siam), Kelli O’Hara (Anna Leonowens), Ruthie Ann Miles (Lady Thiang), Paul Nakauchi (Kralahome), Ashley Park (Tuptim), Conrad Ricamora (Lun Tha), …

KingCette production très attendue du Lincoln Center Theater (à qui on doit un magnifique South Pacific qui a marqué les esprits) ne réussit que partiellement à transformer l’essai.

Le metteur en scène, Bartlett Sher, cherche à impressionner par son audace visuelle, mais cette tentative d’esbroufe se retourne contre lui. Il ouvre le spectacle sur une image très impressionnante, qui crée à juste titre l’enthousiasme dans le public. Mais voilà : d’une part, cette image ne peut être “démontée” que par des régisseurs intervenant en pleine lumière sur la scène de manière extrêmement maladroite… et, d’autre part, rien dans ce qui suit ne parvient jamais à égaler ce moment.

C’est une règle de base du théâtre que l’on ne peut pas commencer par l’apothéose, faute de quoi la suite n’est qu’une lente glissade vers la déception. D’autant que le décor de Michael Yeargan ne remplit qu’imparfaitement l’immense scène du théâtre… et que l’on fatigue de voir l’immense rideau être fermé puis rouvert pour masquer des changements de décors dont on se demande bien ce qui les empêcherait d’avoir lieu à vue. La récente production du Châtelet était autrement plus satisfaisante d’un point de vue visuel.

Belle distribution, même si l’excellente Kelli O’Hara a un peu de mal à s’approprier le rôle légendaire d’Anna. Elle peine à faire oublier qu’elle est une Américain pur jus en train de jouer une préceptrice anglaise… et son parti pris de tout sous-jouer l’empêche de vraiment s’imposer.

Cela d’autant plus que le Roi de Ken Watanabe, lui, sur-joue systématiquement toutes ses scènes, en multipliant les gestes larges et en recherchant les effets comiques. Et il m’a fallu du temps pour m’habituer à son accent et pour le comprendre. L’émergence d’un sentiment amoureux entre les deux protagonistes ne semble, du coup, jamais vraiment plausible.

La pièce n’a pas encore officiellement ouvert ses portes, donc des ajustements sont peut-être encore possibles. Mais Bartlett Sher n’a pas réussi à faire coup double avec ce King and I, nettement moins inoubliable que son South Pacific


“The Hunchback of Notre-Dame”

Paper Mill Playhouse, Millburn (NJ) • 4.4.15 à 13h30
Musique : Alan Menken. Lyrics : Stephen Schwartz. Livret : Peter Parnell. D’après le roman de Victor Hugo, avec les chansons du dessin animé Disney.

Mise en scène : Scott Schwartz. Direction musicale : Brent-Alan Huffman. Avec Michael Arden (Quasimodo), Erik Liberman (Clopin Trouillefou), Patrick Page (Dom Claude Frollo), Ciara Renée (Esmeralda), Andrew Samonsky (Captain Phoebus de Martin), …

HunchbackCe n’est pas la première fois que ce dessin animé mythique des Studios Disney est porté à la scène.

La première fois, c’était… à Berlin, en 1999, dans une somptueuse production dirigée par James Lapine. La représentation que j’avais vue avait dû être interrompue deux fois à cause de dysfonctionnements du décor, mais les effets visuels étaient saisissants et enthousiasmants. Je n’ai jamais compris pourquoi Disney s’est abstenu de présenter cette version à Broadway.

Et voici qu’une autre version, beaucoup plus modeste, est présentée dans des théâtre régionaux américains sous la houlette de Scott Schwartz, le fils du lyriciste du film. Le nom de Disney est quasiment absent du programme, si ce n’est pour rappeler que les chansons proviennent, pour partie, du film de Disney. Et on doit se contenter d’un unique décor fixe qui contraste beaucoup avec la démesure de Berlin.

Curieusement, et bien que le décor unique m’ait un peu chagriné, j’ai beaucoup aimé aussi cette nouvelle version.

D’abord parce que la partition d’Alan Menken me plaît toujours autant. Et qu’elle est ici interprétée avec l’aide d’un chœur (oui, d’un chœur) de plus de trente personnes installé à l’arrière du décor. Cette configuration, inédite à ma connaissance, permet à certains airs — en particulier les nombreux passages de Requiem — de prendre un essor considérable.

Ensuite parce que Scott Schwartz réussit particulièrement bien à faire oublier son décor fixe. Il utilise, sans affectation excessive, un procédé qui m’agace souvent mais qui, dans ce contexte, m’a convaincu : les comédiens, qui portent au début tous une sorte de robe de bure, l’enlèvent les uns après les autres pour incarner leur personnage. Un peu comme si nous assistions à une forme de passion médiévale.

L’entrée en scène de Quasimodo, qui répond à cette même logique, est la plus réussie. Michael Arden, qui arrive depuis le fond de la scène, enlève sa robe, ajuste sa fausse bosse, enfile son costume, se passe une main dans les cheveux pour les mettre en bataille et l’autre sur son visage pour le barbouiller ; puis il prend sa position tordue pour achever la métamorphose.

Le processus s’inverse à la fin de la représentation, lorsque les personnages s’effacent peu à peu… et que les comédiens reviennent tous, y compris ceux dont le personnage est mort, interpréter les dernières mesures de la musique.

On ne voit guère ce Hunchback traverser l’Hudson pour venir s’installer à Broadway. La partition de Menken & Schwartz est pourtant l’une des plus belles créations proposées par Disney dans les années 1990. 


“Doctor Zhivago”

Broadway Theatre, New York • 3.4.15 à 20h (preview / avant-première)
Musique : Lucy Simon. Lyrics : Michael Korie & Amy Powers. Livret : Michael Weller, d’après le roman de Boris Pasternak.

Mise en scène : Des McAnuff. Direction musicale : Ron Melrose. Avec Bradley Dean (Yurii Zhivago [understudy / remplaçant]), Kelli Barrett (Lara Guishar), Tom Hewitt (Viktor Komarovsky), Paul Alexander Nolan (Pasha Antipov / Strelnikov), Lora Lee Gayer (Tonia Gromeko), Jamie Jackson (Alexander Gromeko), Jacqueline Antaramian (Anna Gromeko), …

ZhivagoC’est en 2006 que cette comédie musicale a été créée à San Diego, puis elle a été présentée en Australie en 2011 avant que ne se profile la perspective d’une production new-yorkaise. La musique est signée par Lucy Simon, surtout connue pour avoir écrit la partition de la comédie musicale The Secret Garden, créée à Broadway en 1991. 

C’est l’une des toutes premières représentations que je voyais, la pièce n’ouvrant officiellement ses portes que le 21 avril. La veille, la représentation avait été annulée pour cause de maladie du comédien interprétant Jivago, Tam Mutu, car son understudy n’était pas encore prêt à le remplacer au pied levé. C’était donc également la toute première  représentation de Bradley Dean à laquelle j’assistais.

Adapter une épopée de l’ampleur de Docteur Jivago est un sacré défi. Le livret de cette comédie musicale a le mérite d’avoir resserré l’action autour de quelques personnages-clés et de rendre l’histoire compréhensible. Mais, en dépit d’une mise en scène spectaculaire dans un décor en constante transformation, l’action manque de souffle.

La responsabilité en revient sans doute au premier chef à une partition qui ne prend que rarement son envol malgré deux ou trois chansons un peu plus mémorables. Il est possible aussi que Bradley Dean n’ait pas été en mesure de “porter” les moments-clés de l’action autant que ne l’aurait fait Tam Mutu.

On ne peut s’empêcher de penser à Les Misérables, adaptation autrement plus convaincante d’un roman à peu près aussi long et à peu près aussi épique. Lucy Simon et les autres créateurs de ce Doctor Zhivago n’ont pas réussi à  insuffler à cette comédie musicale la dose de pathos et d’exaltation nécessaire.

Il reste encore quelques jours avant la première officielle. Des améliorations peuvent encore être intégrées… et le retour du comédien principal changera peut-être la donne.


Concert Baltic Sea Youth Philharmonic / Kristjan Järvi au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 31.3.15 à 20h
Baltic Sea Youth Philharmonic, Kristjan Järvi

Beethoven : Les Créatures de Prométhée, ouverture
Sibelius : Karelia Suite, extrait
Wojciech Kilar : Orawa
Wilhelm Stenhammar : Le Chant, “Mellanspel”
Carl Nielsen : Ouverture rhapsodique, Voyage imaginaire aux Îles Féroé, extrait
Edvard Grieg : Sigurd Jorsalfar, “Marche triomphale”
Nikolaï Rimski-Korsakov : Capriccio espagnol
Arvo Pärt : Cantus in Memorian Benjamin Britten
Gediminas Gelgotas : Never Ignore the Cosmic Ocean
Imants Kalninš : symphonie n° 4, Rock Symphony, I. Allegretto

KristjanL’extraordinaire énergie collective déployée par ce remarquable orchestre démontre qu’il n’y a pas qu’au Venezuela que l’on trouve de jeunes musiciens talentueux et enthousiastes.

Le programme, dirigé de mémoire par un Kristjan Järvi encore plus déchaîné qu’à son habitude, constitue un impressionnant crescendo depuis la gentille pièce de Beethoven jusqu’à des œuvres qui cassent tous les codes. Il illustre de manière fort convaincante la formidable vivacité musicale des pays baltes — au sens large. Au moment d’attaquer la pièce d’Arvo Pärt (avec une belle intensité), Järvi se retourne vers le public pour annoncer “L’Estonie !”, sa patrie. 

Le mouvement de symphonie de Kalninš, en réalité plus proche du jazz que du rock, n’est pas sans rappeler certaines compositions de Henry Mancini. Les bis, plus délirants les uns que les autres, commencent par une variation déjantée sur un thème de Händel.

Le format, sans entracte, est idéal. Le public du Théâtre des Champs-Élysées, généralement très gourmé, exprime un bel enthousiasme. On en redemande !


“Die Gezeichneten”

Opéra de Lyon • 28.3.15 à 20h
Les Stigmatisés, Franz Schreker

Direction musicale : Alejo Pérez. Mise en scène : David Bösch. Avec Charles Workman (Alviano), Magdalena Anna Hofmann (Carlotta), Simon Neal (Tamare), Markus Marquardt (Duc Adorno / Le Capitaine de justice), Michael Eder ? (Podestà Nardi), Aline Kostrewa (Martuccia), …

StigmatisésC’est encore une fois à l’Opéra de Lyon qu’il faut courir.

Je suis heureux que l’on reprogramme petit à petit les œuvres de Schreker, qui exercent sur moi une fascination rare — seul Wagner arrive à me mettre dans un état comparable. Après Der Schatzgräber à Amsterdam et Der ferne Klang à Mulhouse, l’Opéra de Lyon donne à entendre la plus foisonnante des partitions de Schreker, Die Gezeichneten Je devais aller entendre Die Gezeichneten en version concert à Los Angeles il y a quelques années, mais un impératif de dernière minute m’en avait empêché.

Interprétation excellente, avec notamment un orchestre encore une fois en état de grâce, dirigé avec un instinct magnifique par l’excellent Alejo Pérez. La mise en scène, très sombre, ne fera sans doute pas l’unanimité, mais elle fait levier sur l’aspect le plus délicat de l’histoire — des jeunes-filles sont enlevées pour alimenter des orgies secrètes — de manière assez cohérente. Du coup, tout est très sombre et très noir, en contraste violent avec la rutilance de la partition.

Schreker ne devait à l’origine pas composer la musique de Die Gezeichneten. Le livret lui a en effet été commandé par Zemlinksy, qui devait écrire la musique lui-même. Ce n’est que parce que les deux hommes n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur l’écriture du livret que Schreker a pris sa plume. Heureusement pour nous, car cette partition est une merveille.


“La S.A.D.M.P.”

Opéra Grand Avignon • 27.3.15 à 20h30
(La Société Anonyme des Messieurs Prudents)
Musique : Louis Beydts (1931). Livret : Sacha Guitry.

Mise en espace : Christophe Mirambeau. Orchestre Régional Avignon-Provence, Samuel Jean. Avec Isabelle Druet (Elle), Mathias Vidal (Le Gros Commerçant), Jérôme Billy (Henri Morin), Thomas Dolié (Le Comte Agenor de Machinski), Dominique Côté (Le Grand Industriel).

Première partie :
– Jean Rivier : Ouverture pour une opérette imaginaire
– Marcel Lattès : “Intermezzo” extrait de Arsène Lupin Banquier
– Arthur Honegger : Suite des Aventures du Roi Pausole
– Louis Beydts : “Hue !”

SadmpL’Opéra d’Avignon et l’Orchestre Régional Avignon-Provence nous donnent l’occasion unique d’entendre cette superbe (j’insiste : superbe) comédie musicale de Louis Beydts, sur un livret infiniment charmant du grand Sacha Guitry. Il s’agit d’une œuvre courte, présentée à l’origine à  la fin d’une soirée de “Six Pièces” programmée par Sacha Guitry en 1931 dans “son” Théâtre de la Madeleine et mettant en vedette sa muse, Yvonne Printemps.

L’une des chansons, “Sourire aux lèvres”, reste relativement connue, mais le reste de la partition est tombé dans un oubli bien navrant. L’élégance infinie de l’écriture de Louis Beydts y rencontre pourtant avec félicité la finesse et l’élégance de la prose assonancée de Guitry, qui réserve un nombre étonnant de surprises délicieuses.

Interprétation enthousiasmante de la part d’un groupe de chanteurs talentueux, aussi attentifs à la clarté du texte qu’à l’incarnation de la dimension comique de l’œuvre. La “mise en espace” de Christophe Mirambeau est bien plus que cela… et elle confine même à la chorégraphie dans les numéros d’ensemble, très bien réglés.

En première partie, l’Orchestre propose un florilège de cette musique française “légère” de l’entre-deux-guerres qui, de manière absurde, semble avoir été balayée par l’histoire. Malgré les difficultés de mise en place qui trahissent sans doute un nombre très limité de répétitions, le plaisir va crescendo… jusqu’à la sublime (j’insiste : sublime) suite de thèmes musicaux des Aventures du Roi Pausole de Honegger.

Full disclosure : Christophe Mirambeau est un ami… mais j’ai payé ma place.


“Singin’ in the Rain”

Théâtre du Châtelet, Paris • 26.3.15 à 20h
D’après le film de la MGM. Scénario et adaptation : Betty Comden & Adolph Green. Chansons : Nacio Herb Brown & Arthur Freed.

Mise en scène : Robert Carsen. Chorégraphie : Stephen Mear. Orchestre de chambre de Paris, Gareth Valentine. Avec Dan Burton (Don Lockwood), Daniel Crossley (Cosmo Brown), Clare Halse (Kathy Selden), Emma Kate Nelson (Lina Lamont), Robert Dauney (R. F. Simpson), Matthew Gonder (Roscoe Dexter), Jennie Dale (Dora Bailey / Miss Dinsmore), Matthew McKenna (Tenor), …

RainCette deuxième visite confirme les qualités et les défauts soulignés lors de la première. Petit plaisir particulier dû au fait que l’ami qui m’accompagne n’a jamais vu le film — je pense qu’il appartient à une minorité.

Quelques transitions ont été resserrées… une erreur de régie repérée à la première ne s’est pas reproduite (l’affiche du Royal Rascal était toujours présente sur la façade du cinéma à un moment où elle aurait dû être remplacée par celle du Duelling Cavalier)… et j’ai été perturbé par le constat que toutes les femmes portaient le même modèle de collants.

Je suis encore plus enthousiasmé que la première fois par la prestation de l’orchestre… et tout particulièrement par celle, incandescente, des trompettistes. Gareth Valentine possède vraiment un talent fou pour porter les orchestres qu’il dirige vers des cimes vertigineuses… mais je parie que même lui n’a pas dû souvent entendre de telles prestations.