“La S.A.D.M.P.”

Opéra Grand Avignon • 27.3.15 à 20h30
(La Société Anonyme des Messieurs Prudents)
Musique : Louis Beydts (1931). Livret : Sacha Guitry.

Mise en espace : Christophe Mirambeau. Orchestre Régional Avignon-Provence, Samuel Jean. Avec Isabelle Druet (Elle), Mathias Vidal (Le Gros Commerçant), Jérôme Billy (Henri Morin), Thomas Dolié (Le Comte Agenor de Machinski), Dominique Côté (Le Grand Industriel).

Première partie :
– Jean Rivier : Ouverture pour une opérette imaginaire
– Marcel Lattès : “Intermezzo” extrait de Arsène Lupin Banquier
– Arthur Honegger : Suite des Aventures du Roi Pausole
– Louis Beydts : “Hue !”

SadmpL’Opéra d’Avignon et l’Orchestre Régional Avignon-Provence nous donnent l’occasion unique d’entendre cette superbe (j’insiste : superbe) comédie musicale de Louis Beydts, sur un livret infiniment charmant du grand Sacha Guitry. Il s’agit d’une œuvre courte, présentée à l’origine à  la fin d’une soirée de “Six Pièces” programmée originellement par Sacha Guitry en 1931 dans “son” Théâtre de la Madeleine et mettant en vedette sa muse, Yvonne Printemps.

L’une des chansons, “Sourire aux lèvres”, reste relativement connue, mais le reste de la partition est tombé dans un oubli bien navrant. L’élégance infinie de l’écriture de Louis Beydts y rencontre pourtant avec félicité la finesse et l’élégance de la prose assonancée de Guitry, qui réserve un nombre étonnant de surprises délicieuses.

Interprétation enthousiasmante de la part d’un groupe de chanteurs talentueux, aussi attentifs à la clarté du texte qu’à l’incarnation de la dimension comique de l’œuvre. La “mise en espace” de Christophe Mirambeau est bien plus que cela… et elle confine même à la chorégraphie dans les numéros d’ensemble, très bien réglés.

En première partie, l’Orchestre propose un florilège de cette musique française “légère” de l’entre-deux-guerres qui, de manière absurde, semble avoir été balayée par l’histoire. Malgré les difficultés de mise en place qui trahissent sans doute un nombre très limité de répétitions, le plaisir va crescendo… jusqu’à la sublime (j’insiste : sublime) suite de thèmes musicaux des Aventures du Roi Pausole de Honegger.

Full disclosure : Christophe Mirambeau est un ami… mais j’ai payé ma place.


“Singin’ in the Rain”

Théâtre du Châtelet, Paris • 26.3.15 à 20h
D’après le film de la MGM. Scénario et adaptation : Betty Comden & Adolph Green. Chansons : Nacio Herb Brown & Arthur Freed.

Mise en scène : Robert Carsen. Chorégraphie : Stephen Mear. Orchestre de chambre de Paris, Gareth Valentine. Avec Dan Burton (Don Lockwood), Daniel Crossley (Cosmo Brown), Clare Halse (Kathy Selden), Emma Kate Nelson (Lina Lamont), Robert Dauney (R. F. Simpson), Matthew Gonder (Roscoe Dexter), Jennie Dale (Dora Bailey / Miss Dinsmore), Matthew McKenna (Tenor), …

RainCette deuxième visite confirme les qualités et les défauts soulignés lors de la première. Petit plaisir particulier dû au fait que l’ami qui m’accompagne n’a jamais vu le film — je pense qu’il appartient à une minorité.

Quelques transitions ont été resserrées… une erreur de régie repérée à la première ne s’est pas reproduite (l’affiche du Royal Rascal était toujours présente sur la façade du cinéma à un moment où elle aurait dû être remplacée par celle du Duelling Cavalier)… et j’ai été perturbé par le constat que toutes les femmes portaient le même modèle de collants.

Je suis encore plus enthousiasmé que la première fois par la prestation de l’orchestre… et tout particulièrement par celle, incandescente, des trompettistes. Gareth Valentine possède vraiment un talent fou pour porter les orchestres qu’il dirige vers des cimes vertigineuses… mais je parie que même lui n’a pas dû souvent entendre de telles prestations.


“Siegfried et l’anneau maudit”

Amphithéâtre de l’Opéra-Bastille, Paris • 24.3.15 à 20h
Musique : Richard Wagner, d’après L’Anneau du Nibelung

Direction musicale : Vinzenz Praxmarer. Mise en scène : Charlotte Nessi. Avec Ján Rusko (Siegfried), Catherine Hunold (Wellgunde, Brünnhilde), Jérémie Brocard (Fafner, Hagen), Florian Westphal (Fasolt, Wotan), Jacques Calatayud (Alberich), Michel Fockenoy (Mime), Anaïs Mahikian (Woglinde, Waldvogel, Gutrune), Aliénor Feix (Floßhilde), Jean-Luc Orofino (Alberich, comédien), Jean-Yves Tual (Mime, comédien).

SiegfriedCette petite pièce de moins de deux heures est constituée d’un assemblage de scènes du Ring, figurant principalement Siegfried et l’Anneau. Elle prend beaucoup de libertés, au point de raconter parfois une histoire différente du récit original.

Son mérite principal a été de me faire prendre conscience de mon état de manque en matière de musique wagnérienne… et de me permettre de découvrir l’excellente Brünnhilde de Catherine Hunold (déjà entendue dans Poulenc et dans Weill, mais jamais dans Wagner). On aurait aimé, du coup, que Brünnhilde fût plus présente, notamment dans la scène finale. Entendre Hunold attaquer son “Grane !” à quelques centimètres de moi valait en soi le déplacement. 

Solide prestation du petit orchestre de seize instruments, même si l’alto semblait un peu dépassé par moments (il faut dire qu’il a du boulot…).


“Into the Woods”

Laura Pels Theatre, New York • 22.3.15 à 14h
Musique et lyrics : Stephen Sondheim (1987). Livret : James Lapine.

Mise en scène : Noah Brody & Ben Steinfeld. Direction musicale :Matt Castle. Avec Ben Steinfeld (Baker), Jessie Austrian (Baker’s Wife), Jennifer Mudge (Witch), Claire Karpen (Cinderella / Granny), Noah Brody (Lucinda / Wolf / Cinderella’s Prince), Emily Young (Little Red Ridinghood / Rapunzel), Patrick Mulryan (Jack / Steward), Liz Hayes (Cinderella’s Stepmother / Jack’s Mother), Andy Grotelueschen (Milky White / Florinda / Rapunzel’s Prince), Paul L. Coffey (Mysterious Man).

WoodsQuelle meilleure façon de fêter le 85e anniversaire de Stephen Sondheim que d’aller voir l’une de ses œuvres ? Eh bien peut-être rester chez soi à écouter certains de ses enregistrements.

Car cette production, malgré quelques trouvailles, ne met nullement en valeur le génie du maître. La partition, interprétée par un piano et quelques instruments périphériques, dont la guitare (!), n’est le plus souvent que l’ombre d’elle-même. Péché ultime, les harmonies originales sont parfois déformées par des arrangements quelque peu révisionnistes. 

L’idée de concevoir un Into the Woods minimaliste avec un décor plus que rudimentaire et dix comédiens seulement peut séduire, mais la réalisation n’est guère à la hauteur. On aime bien l’idée de faire interpréter la vache par un comédien… ainsi que l’utilisation des ombres chinoises… mais ces idées ne parviennent pas à effacer l’impression que l’on est en train d’assister à une production d’amateurs.

D’autant que les comédiens, pour sympathiques qu’ils soient, ne sont pas d’excellents chanteurs, ce qui est un vrai problème dans Into the Woods, qui possède une partition harmoniquement complexe.

Le décor à base de pianos déstructurés (les cadres sur les côtés, les claviers le long du cadre de scène, les cordes au fond figurant les arbres) est peut-être la plus belle idée de la production, mais la vue tous ces pianos désossés a quelque chose d’un peu déprimant.


“Paint Your Wagon”

New York City Center • 21.3.15 à 20h
Musique : Frederick Loewe. Livret & lyrics : Alan Jay Lerner.

Mise en scène : Marc Bruni. Direction musicale : Rob Berman. Avec Keith Carradine (Ben Rumson), Alexandra Socha (Jennifer Rumson), Justin Guarini (Julio Valveras), Nathaniel Hackmann (Steve Bullnack), Jenni Barber (Elizabeth Woodling), William Youmans (Jacob Woodling), Melissa van der Schyff (Sarah Woodling), Caleb Damschroder (Jake Whippany), …

WagonLa série des “Encores !”, qui fait revivre des œuvres plus ou moins oubliées de l’âge d’or de Broadway le temps de quelques représentations, me permet de voir pour la première fois l’une des pièces les moins connues de Loewe & Lerner, les auteurs de My Fair Lady.

Créée en 1951, Paint Your Wagon n’a jamais été reprise à Broadway… et n’est, à ma connaissance, que très rarement jouée de nos jours. L’histoire, qui se déroule en Californie pendant la ruée vers l’or au milieu du 19e siècle, est en effet un peu légère. En outre, certaines péripéties seraient considérées comme impardonnables aujourd’hui, comme l’histoire de ce mormon qui accepte de mettre l’une de ses deux femmes aux enchères pour contribuer à calmer les quatre cents mineurs privés de présence féminine. (La femme en question est enthousiasmée par l’idée, mais cela ne rend pas forcément cette péripétie plus digeste.)

La partition est pourtant magnifique, même si elle ne présente pas la même variété stylistique que My Fair Lady. La plupart des grands airs, comme “I Talk to the Trees” ou “They Call the Wind Maria”, sont devenus des standards du genre. J’ai pour ma part été particulièrement impressionné par “Another Autumn”, une chanson d’une belle complexité harmonique qui se transforme en un  impressionnant ballet.

L’avantage de cette série des “Encores !” est qu’on y présente les partitions dans d’excellentes conditions, avec un grand orchestre… et que, si l’on y pratique des coupes dans les livrets, la musique est généralement interprétée intégralement. En l’occurrence, la superbe partition de Frederick Loewe, magnifiée par les orchestrations de Ted Royal, en sort particulièrement à son avantage.


“It Shoulda Been You”

Brooks Atkinson Theatre, New York • 21.3.15 à 14h (preview / avant-première)
Musique : Barbara Anselmi. Livret et lyrics : Brian Hargrove.

Mise en scène : David Hyde Pierce. Direction musicale : Lawrence Yurman. Avec Tyne Daly (Judy Steinberg), Harriet Harris (Georgette Howard), Lisa Howard (Jenny Steinberg), Josh Grisetti (Marty Kaufman), Edward Hibbert (Albert), Chip Zien (Murray Steinberg), Michael X. Martin (George Howard), David Burtka (Brian Howard), Sierra Boggess (Rebecca Steinberg), Montego Glover (Annie Shepard), Nick Spangler (Greg Madison), Adam Heller (Walt / Uncle Morty), Anne L. Nathan (Mimsy / Aunt Sheila). 

BeenyouJe m’étais extasié devant cette comédie musicale lorsque je l’avais découverte en novembre 2011 au George Street Playhouse de New Brunswick, dans le New Jersey. Je m’étonnais alors qu’une comédie aussi réussie n’ait pas sa place à Broadway.

Eh bien mon souhait se trouve exaucé, puisque la pièce est à l’affiche du Brooks Atkinson Theatre depuis quelques jours, avant une première prévue mi-avril.

It Shoulda Been You est écrit comme une sitcom. La situation de départ est simple : une fille juive s’apprête à épouser un garçon issu de la grande bourgeoisie de la Nouvelle Angleterre. Le livret exploite tous les poncifs connus pour accumuler les plaisanteries et provoquer une véritable explosion de fous-rires. 

Mais là où l’écriture est maligne, c’est qu’un rebondissement inattendu vient rebattre complètement les cartes aux deux tiers de la pièce (présentée ici en un acte unique, contrairement à 2011). Les dernières scènes se trouvent, du coup, infusées d’une émotion assez intense et absente jusque là. Le résultat, mêlant émotion et hilarité, est particulièrement efficace.

La distribution reste assez proche de celle de 2011. Les rôles des deux mères, en particulier, restent tenus par ces poids lourds comiques que sont Tyne Daly et Harriet Harris. Parmi les “nouveaux”, on est heureux de voir l’excellent Chip Zien prendre le rôle du père de la mariée.

Le décor et la mise en scène sont très proches de la version originale. Je me suis un peu moins régalé avec la musique que dans mes souvenirs… d’autant que certains comédiens avaient l’air de se débattre un peu pour chanter juste et complètement en mesure. Ce n’était cependant que la première semaine de représentations et la première officielle est encore loin : beaucoup de choses peuvent s’améliorer d’ici là.

Évidemment, la pièce “marche” moins bien quand on connaît déjà le rebondissement qui en perturbe le cours… même si cela permet de repérer quelques indices annonciateurs disséminés ici et là. Mais le mélange d’émotion et de rire, surtout quand on rit à gorge déployée, est particulièrement efficace. It Shoulda Been You est un excellent exemple de ce que peut être la comédie musicale au sens premier du terme : un excellent divertissement.


“First Wives Club”

Oriental Theatre, Chicago • 20.3.15 à 19h30
Music & lyrics : Brian Holland, Lamont Dozier & Eddie Holland. Livret : Linda Bloodworth Thomason, d’après le scénario du film.

Mise en scène : Simon Phillips. Direction musicale : Kenny Seymour. Avec Faith Prince (Brenda Cushman), Carmen Cusack (Annie Walker), Christine Sherrill (Elise Acton), Seán Murphy Cullen (Morty Cushman), Gregg Edelman (Aaron Walker), Mike McGowan (Bill Acton), Patrick Richwood (Duane Fergusson), …

ClubTrois amies d’enfance abandonnées par leurs maris tombés sous le charme de femmes plus jeunes décident de se venger en le leur faisant payer cher : telle est l’intrigue du film de 1996 dont le scénario fournit l’inspiration à cette nouvelle comédie musicale actuellement en tryout à Chicago avant de s’installer à Broadway.

Par certains côtés — et bien que l’intrigue soit différente —, on retrouve un peu l’atmosphère de 9 to 5 et ses trois femmes embarquées sur le chemin de la vengeance. Bien que les trois héroïnes ressortent plutôt à leur avantage, l’intrigue n’a pas peur des clichés et nul doute que les gardiens du politiquement correct s’en émouvront. 

On ressort assez peu convaincu par le traitement d’une histoire qui semble pouvoir assez facilement se passer de musique. Paradoxalement, ce sont les scènes sans musique qui exploitent le mieux le potentiel comique de l’histoire et qui sont, de loin, les plus plaisantes. À l’opposé, les chansons ne se distinguent guère avec leurs mélodies sans aspérité et leurs lyrics d’une totale banalité.

La distribution est de grande qualité. Elle est dominée par l’immense Faith Prince, une comédienne hors pair. Et la mise en scène parvient à être d’une très belle fluidité grâce à l’ingénieux décor de Gabriela Tyloseva, dont les transformations successives sont très réussies.

Une histoire plutôt bien ficelée, une belle distribution, une production soignée : on a envie d’aimer. Et, de fait, on passe un bon moment. Mais la faiblesse de la partition plombe suffisamment la pièce pour que l’on reste finalement plutôt sur sa faim. Dommage.


Concert Concertgebouworkest / Jansons au Concertgebouw

Concertgebouw, Amsterdam • 19.3.15 à 21h15
Concertgebouworkest, Mariss Jansons

Mahler : extraits de Des Knaben Wunderhorn
– “Wer hat dies Liedlein erdacht”
– “Das irdische Leben”
– “Trost im Unglück”
(Thomas Hampson, baryton)

Martijn Padding : nouvelle œuvre, création mondiale  

Copland : extraits de Old American Songs
– “The Dodger”  
– “The Little Horses”  
– “The Boatmen's Dance” 
(Thomas Hampson, baryton)

Bartók : Concerto pour orchestre

ThomasmarissPremier des deux concerts d’adieu de Mariss Jansons à “son” orchestre du Concertgebouw, qu’il a dirigé avec un talent considérable depuis 2004. Même si les cérémonies sont réservées au deuxième et dernier concert, l’émotion est bien présente… et le public amstellodamois manifeste sa reconnaissance avec chaleur au chef russo-letton.

Thomas Hampson est, comme à son habitude, l’incarnation de la classe et de l’élégance. Il n’est peut-être pas 100 % convaincant dans les lieder de Mahler, mais Copland convient parfaitement à sa voix actuelle et à son style (même si ma voisine américaine lui trouve un accent trop “propre”). La berceuse “The Little Horses” est irrésistible… ainsi que le bis, “I Bought Me a Cat”, dans lequel Hampson se déchaîne délicieusement.

La création de Martijn Padding, d’une délicate subtilité lyrique, est l’œuvre contemporaine la plus attachante que j’aie entendue depuis longtemps.

L’Orchestre s’attache enfin à offrir son plus joli son à Jansons pour un Concerto pour orchestre peut-être un peu trop lisse mais parfaitement maîtrisé, marqué par de superbes interventions des cuivres.

Thomas Hampson apporte lui-même un grand bouquet à Mariss Jansons à la fin du concert. Le chef ne se départit pas de sa modestie légendaire malgré les circonstances. Chapeau, Maestro.

Jansons, qui se déplace avec une certaine difficulté, doit être content de ne plus avoir à monter et descendre le vertigineux escalier qui mène à la scène du Concertgebouw.


“Jerry’s Girls”

St. James Theatre (Studio), Londres • 15.3.15 à 14h45
Musique et lyrics : Jerry Herman

Mise en scène : Kate Golledge. Avec Anna-Jane Casey, Ria Jones, Sarah-Louise Young.

GirlsCette “revue” retraçant les grandes étapes de la carrière de Jerry Herman a été présentée à Broadway en 1985 par les légendaires Chita Rivera, Dorothy Loudon et Leslie Uggams.

C’est un plaisir de voir les trois énergiques comédiennes de cette petite production londonienne interpréter avec un plaisir évident les bijoux du répertoire de Herman — dont quelques raretés datant de l’époque où il écrivait pour des revues de cabaret.

La mise en scène, simple et sobre, s’accommode avec ingéniosité de la petite taille de la scène du “Studio” du St. James Theatre et parvient même à y présenter un énergique et entraînant numéro de claquettes.

Herman est universellement reconnu comme un mélodiste de grand talent. C’est, d’une certaine façon, sa malédiction, car il est aussi un véritable orfèvre des mots… et ses lyrics sont toujours d’une ingéniosité et d’une élégance remarquables.

Dommage que les producteurs n’aient pas jugé utile de fournir un programme.


Récital Kim Criswell / Wayne Marshall

Cadogan Hall, Londres • 14.3.15 à 19h30

KimQuand il s’agit de rendre hommage au génie des grands compositeurs de Broadway, Kim Criswell est sans conteste l’interprète la plus intelligente et la plus talentueuse des grands standards de l’âge d’or.

Ce récital est consacré à quatre grands : Leonard Bernstein, Kurt Weill, Cole Porter et George Gershwin. Criswell prend le temps de mettre chaque chanson ou chaque medley précisément en contexte, s’appuyant sur une connaissance approfondie de l’histoire de la comédie musicale. Elle a un talent fou pour choisir ses chansons — et pas toujours parmi les œuvres les plus célèbres.

Mais c’est son talent d’interprète qui est sidérant. Sa voix se plie à tous les styles, du plus “opératique” (Bernstein) au plus jazzy (Gershwin). Et quelle voix ! Puissante mais pleine de subtilité, élégante et voluptueuse. Elle donne du sens à chaque lyric et se transforme en une formidable raconteuse le temps de chaque chanson, avec un enthousiasme et une générosité extraordinaires.

Elle est encore plus irrésistible lorsqu’elle se laisse entraîner par l’émotion en introduisant le contexte de la formidable “Lost in the Stars” de Kurt Weill et interprète la chanson avec la gorge nouée.

Cerise sur le gâteau, Criswell est accompagnée par le génial Wayne Marshall, dont les arrangements sont autant de bijoux étincelants. Ses deux improvisations, sur les thèmes principaux de Porgy & Bess d’une part et sur Candide (principalement l’ouverture) d’autre part, laissent bouche bée devant tant de génie.


“Treasure Island”

National Theatre (Olivier Theatre), Londres • 14.3.15 à 14h
Bryony Lavery, d’après Robert Louis Stevenson

Mise en scène : Polly Findlay. Avec Patsy Ferran (Jim Hawkins), Gillian Hanna (Grandma), Aidan Kelly (Bill Bones), Helena Lymbery (Dr. Livesey), Nick Fletcher (Squire Trelawney / Voix du Perroquet), Alexandra Maher (Mrs. Crossley), Heather Dutton (Red Ruth), Raj Bajaj (Job Anderson), Lena Kaur (Silent Sue), Daniel Coonan (Black Dog), David Sterne (Blind Pew), Paul Dodds (Captain Smollett), Arthur Darvill (Long John Silver), Jonathan Livingstone (Lucky Mickey), Claire-Louise Cordwell (Joan the Goat), Angela de Castro (Israel Hands), David Langham (Dick the Dandy), Alastair Parker (Killigrew the Kind), Oliver Birch (George Badger), Tim Samuels (Grey), Joshua James (Ben Gunn), Roger Wilson (Shanty Singer), Ben Thompson (Parrot).

IslandMa motivation principale, en allant voir cette adaptation théâtrale du célèbre roman de Robert Louis Stevenson, était de revoir la machinerie exceptionnelle de l’Olivier Theatre à l’œuvre. Je n’ai pas été déçu : les deux gigantesques ascenseurs qui occupent les deux moitiés de l’imposante tournette sont mis à contribution de manière fort spectaculaire.

Pour le reste, et malgré une réelle inventivité dans la mise en scène, il manque un je-ne-sais-quoi pour restituer dignement la dimension épique de cette saga de pirates et de trésor caché. Les touches d’humour saupoudrées avec générosité permettent d’alléger l’atmosphère dans certains des moments les plus tendus, mais elles peuvent occasionnellement se révéler contre-productives.

Finalement, on est heureux que la pièce soit assez courte. Bizarrement, la représentation ne dure que 2h10 alors que le programme annonce 2h30. Des panneaux présents dans le vestibule du théâtre semblent suggérer qu’il y aurait deux versions de la pièce…


“Singin’ in the Rain”

Théâtre du Châtelet, Paris • 12.3.15 à 20h
D’après le film de la MGM. Scénario et adaptation : Betty Comden & Adolph Green. Chansons : Nacio Herb Brown & Arthur Freed.

Mise en scène : Robert Carsen. Chorégraphie : Stephen Mear. Orchestre de chambre de Paris, Gareth Valentine. Avec Dan Burton (Don Lockwood), Daniel Crossley (Cosmo Brown), Clare Halse (Kathy Selden), Emma Kate Nelson (Lina Lamont), Robert Dauney (R. F. Simpson), Matthew Gonder (Roscoe Dexter), Jennie Dale (Dora Bailey / Miss Dinsmore), Matthew McKenna (Tenor), …

Singin'Le Châtelet continue à proposer aux Parisiens du théâtre musical de grande qualité avec ce Singin’ in the Rain mis en scène par le génial Robert Carsen.

S’il ne faut surtout pas bouder son plaisir de voir à Paris une production d’un professionnalisme sans concession, force est de noter que l’ensemble est légèrement moins réussi que la récente production anglaise, vue à Chichester en 2011 puis à Londres en 2012 : Dan Burton est moins bon danseur qu’Adam Cooper ; Clare Halse est moins bonne chanteuse que Scarlett Strallen ; Emma Kate Nelson n’a pas le comic timing de Katherine Kingsley… et le génial Daniel Crossley, commun aux deux productions, a l’air bien fatigué. Les chorégraphies de Stephen Mear sont aussi malheureusement un peu moins inspirées que celles d’Andrew Wright.

C’est bien sûr éminemment subjectif, mais je ne suis pas non plus fan de l’idée de Carsen de monter le tout dans un décor en vrai-faux noir et blanc (comme le récent Chaplin de Broadway) : le parti pris est pertinent sur le plan dramatique, mais cette monotonie visuelle finit par lasser quelque peu. On sait aussi que Carsen a une affinité particulière pour “le cinéma dans le théâtre” (son Sunset Boulevard était grandiose)… mais il en abuse un peu, notamment dans l’interminable scène d’ouverture.

Prestation exceptionnelle de l’Orchestre de chambre de Paris, emmené par le talentueux Gareth Valentine, sans doute le meilleur chef anglais de comédie musicale, dont c’est sauf erreur la première fois qu’il se produit à Paris. La partition, interprétée par plus de trente musiciens, ressort particulièrement à son avantage. Un bravo tout particulier aux trompettistes et au pianiste. Tout ça doit changer les musiciens de Haydn et de Mozart.

Il y a beaucoup de très jolis moments. Après un départ un peu laborieux, à partir de “Moses Supposes…”, la pièce s’envole de sommet en sommet vers sa conclusion triomphale. Carsen et Mear ont notamment eu l’excellente idée de concevoir le grand ballet “Broadway Melody” de manière assez différente de ce que l’on voit d’habitude. Carsen peut s’adonner sans modération à sa fascination pour “le théâtre dans le théâtre”… et Mear semble vouloir imaginer ce que serait la pièce interprétée par la troupe de A Chorus Line.

Je retournerai voir la pièce dans deux semaines pour voir si les petites imperfections résiduelles de la première se sont estompées. Le Châtelet continue à étonner et à enthousiasmer avec sa programmation ; espérons seulement que la saison prochaine verra le retour de comédies musicales  conçues pour la scène, après cette avalanche d’adaptations scéniques de comédies musicales cinématographiques.

Le Monde nous apprend qu’il est question du Passion de Sondheim avec… Natalie Dessay ; mon vœu se trouverait exaucé, mais de fort curieuse manière.


Concert Concertgebouworkest / Nelsons à la Philharmonie

Philharmonie, Paris • 10.3.15 à 20h
Concertgebouworkest, Andris Nelsons

Sibelius : concerto pour violon (Anne-Sophie Mutter, violon)
Chostakovitch : symphonie n° 10

NelsonsDifficile d’imaginer entendre jamais la Dixième de Chostakovitch mieux jouée, même si l’on a gardé d’excellents souvenirs de la prestation de Valery Gergiev à la tête du LSO en novembre 2011.

Andris Nelsons confirme qu’il est l’un des chefs les plus charismatiques et les plus talentueux du moment. Il entraîne l’Orchestre du Concertgebouw dans de somptueux paysages musicaux, avec un instinct étonnant dénué de toute affectation. L’orchestre se pare de mille couleurs somptueuses pour le suivre comme un seul homme — l’unité absolue dont il ne se départit jamais pendant le vertigineux deuxième mouvement est d’ailleurs sidérante.

On retrouve avec bonheur les excellents solistes déjà appréciés dans cette même salle il y a à peine trois semaines. Une fois encore, les solos de cor de Félix Dervaux sont à couper le souffle.

De l’affectation, il y en a dans la façon dont Anne-Sophie Mutter attaque le concerto de Sibelius. Ça ne doit pas être simple de jouer les cinq mêmes concertos en boucle depuis trente ans ; si la musicalité de Mutter n’est pas en cause — son bis en est la preuve éclatante — , elle semble avoir perdu toute capacité à envisager le concerto avec fraîcheur. Son obstination à utiliser des doigtés apparemment tordus lui cause quelques mésaventures, notamment dans le dernier mouvement. Elle n’a de toute façon plus la technique de ses jeunes années.

Dans Sibelius comme dans Chostakovitch, l’acoustique de la salle continue à étonner et à enchanter. Lors des fins de phrases suivies d’un silence, on entend le son voyager au loin comme une fusée chatoyante… mais cette réverbération est tellement bien réglée que jamais elle ne vient perturber le son de l’orchestre, qui reste clair et parfaitement défini en toutes circonstances.


“Faust”

Opéra-Bastille, Paris • 9.3.15 à 19h30
Charles Gounod (1859), livret de Jules Barbier et Michel Carré, d’après Goethe.

Direction musicale : Michel Plasson. Mise en scène : Jean-Romain Vesperini. Avec Piotr Beczała (Faust), Ildar Abdrazakov (Méphistophélès), Krassimira Stoyanova (Marguerite), Jean-François Lapointe (Valentin), Anaïk Morel (Siebel), Doris Lamprecht (Dame Marthe), Damien Pass (Wagner).

FaustCurieux : c’est dans le décor de l’ancienne mise en scène de Jean-Louis Martinoty qu’est présentée cette “nouvelle” production signée Jean-Romain Vesperini.

La soirée appartient sans doute possible à Michel Plasson, dont l’affinité avec la partition de Gounod paraît difficile à égaler. Son instinct infaillible nous vaut une expérience musicale superlative qui, non contente de souligner la beauté naturelle de la musique, semble même réussir à l’embellir encore davantage.

C’est sans doute à Plasson que l’on doit la réhabilitation semble-t-il définitive de “Il ne revient pas”, l’air superbe de Marguerite à l’acte IV, que l’on entend désormais quasiment dans toutes les productions alors qu’il était habituel de le couper. Rien que pour cela, il mérite notre reconnaissance émue.

La distribution monte d’un gros cran par rapport à ce que l’on a l’habitude d’entendre à l’Opéra de Paris. On est particulièrement reconnaissant à Piotr Beczała, un ténor de classe mondiale, de soigner autant la prononciation du français, au point que la lecture des surtitres devient superflue. Krassimira Stoyanova n’est peut-être pas la Marguerite idéale sur un plan purement stylistique, mais elle aussi soigne sa prononciation, avec moins de constance néanmoins que Beczała.

Un peu moins convaincu par le Méphisto de Ildar Abdrazakov, qui manque de charisme, et dont la projection dans le grave est plus que laborieuse. Valentin cabotin mais séduisant du puissant Jean-François Lapointe, tandis que le Siebel d’Anaïk Morel peine à s’imposer au milieu d’une distribution aussi assurée.

Le lever de rideau et l’image initiale laissent espérer une mise en scène d’envergure. Malheureusement, elle se révèle décousue et hésitante, sans unité, souvent statique, incapable d’exploiter un décor imposant mais offrant un nombre étonnant d’angles morts, y compris depuis les “bonnes” places. Certains tableaux, comme la nuit de Walpurgis, sont néanmoins soignés et plutôt réussis.


“Kid Victory”

Signature Theatre, Arlington VA • 6.3.15 à 20h
Musique : John Kander. Livret et lyrics : Greg Pierce, sur une histoire de John Kander & Greg Pierce.

Mise en scène : Liesl Tommy. Direction musicale : Jesse Kissel. Avec Jake Winn (Luke), Jeffry Denman (Michael), Christiane Noll (Mom), Christopher Bloch (Dad), Sarah Litzsinger (Emily), Laura Darrell (Kimberly, Suze, Mara), Bobby Smith (Franklin, Detective Marks), Donna Migliaccio (Gail), Parker Drown (Andrew).

KidvicSon partenaire historique, Fred Ebb, est décédé depuis plus de dix ans, mais le légendaire compositeur John Kander, 87 ans, continue à apporter sa contribution à l’histoire de la comédie musicale. Non content d’avoir légué à la postérité des chefs d’œuvre comme Cabaret ou Chicago, Kander a continué à pousser des projets démarrés avec Ebb (Curtains, The Scottsboro Boys, The Visit) tout en nouant un nouveau partenariat avec Greg Pierce, avec qui il a déjà écrit le curieux The Landing, présenté Off-Broadway fin 2013.

On ne pourra pas reprocher à Kander de se répéter. Cette nouvelle pièce constitue une tentative plutôt réussie de repousser encore un peu les limites du genre en s’attaquant à un sujet franchement sombre, un sujet que la frange la plus traditionnelle du public jugerait sans doute incompatible avec un traitement musical. Bien que ni le sujet ni le style musical ne s‘en rapproche, on ne peut s’empêcher de penser à la façon dont Next to Normal semble avoir élargi la palette des sujets “acceptables” sur une scène de comédie musicale.

L’histoire suit un adolescent de retour dans sa famille après avoir été enlevé et séquestré de longs mois par un prédateur sexuel rencontré par le truchement d’un jeu en réseau sur Internet. Cette prémisse à elle seule suffirait à perturber une partie du public, d’autant qu’une scène dépeint sans complaisance le traitement violent infligé par le bourreau à sa victime.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là… et c’est, en partie, pourquoi elle est si forte. La complexité des sentiments entre le prédateur et sa proie — ils avaient, après tout, fait longuement connaissance à distance en marge du jeu en ligne — apporte nombre de nuances inattendues à l’histoire. On découvre notamment que le héros se savait homosexuel et que sa captivité lui a apporté au moins en partie une occasion d’échapper à une famille écrasante et écrasée par la bigoterie.

Le personnage de la mère castratrice, aveuglée par sa foi aveugle et faussement protectrice, est superbement écrit, dans les dialogues comme dans les lyrics ; elle est interprétée par l’excellente Christiane Noll, vue pour la dernière fois à Broadway dans Chaplin.

Toute la science des auteurs consiste à tisser un subtil camaïeu de gris, sans jamais excuser l’inexcusable, là où la comédie musicale voit souvent du blanc ou du noir. Leur grand talent permet d’achever la pièce sur une scène d’une force considérable entre le personnage principal et son père. C’est du beau, du grand théâtre, et ça laisse sans voix.

La distribution est superbe. La mise en scène, fluide, souligne habilement les traits d’humour distillés çà et là pour alléger un peu l’atmosphère. La sublime partition, orchestrée avec une belle sensibilité par Michael Starobin,  prouve que John Kander est encore l’un des meilleurs compositeurs vivants. La pièce respire un grand coup lorsqu’un garçon rencontré par le héros sur Internet lui vante sa philosophie hédoniste dans la chanson “What’s the Point?”, un bon vieux numéro de claquettes irrésistible de fantaisie.

On ne trouvera sans doute jamais de réponse universellement partagée à la question de savoir jusqu’où peut aller la comédie musicale — après tout, des livrets comme ceux de Cabaret ou de Sweeney Todd ne sont pas d’innocentes bluettes. Les auteurs de Kid Victory apportent à mon sens une démonstration probante de la capacité du genre à s’attaquer à des sujets sombres, voire perturbants.


Concert Concertgebouworkest / Jansons à la Philharmonie

Philharmonie 1, Paris • 20.2.15 à 20h30
Concertgebouworkest, Mariss Jansons

Strauss : Le Bourgeois Gentilhomme
Mahler : symphonie n° 4 (Dorothea Röschmann, soprano)

JansonsSi j’osais, je dirais que Mariss Jansons a donné une formidable leçon à Simon Rattle, deux jours après une Deuxième de Mahler impressionnante mais décousue, techniquement impeccable mais au goût parfois douteux.

Jansons semble touché par la grâce de ces grands chefs qui, à un certain âge, parviennent à s’effacer derrière la musique ; à n’intervenir que pour en faciliter l’épanouissement naturel, sans interférence et sans parti pris. Et avec quel résultat ! Le Ruhevoll est l’un des moments de musique les plus sublimes que j’aie entendus récemment ; un de ces moments où le temps suspend littéralement son vol et où les cœurs s’unissent spontanément dans un moment de communion intense et jubilatoire.

La technique des Amstellodamois n’est peut-être pas tout à fait aussi irréprochable que celle des Berlinois, en tout cas dans leur capacité à jouer ensemble, mais cela rend la musique d’autant plus humaine. Et les solos de cor du jeune Français Félix Dervaux, magnifiquement mis en valeur par l’acoustique de la salle, ont éclairé la soirée d’autant de moments magiques et exceptionnels. (Accessoirement, on peut légitimement s’interroger sur la difficulté des orchestres français à retenir des talents de ce calibre, notamment à des pupitres toujours délicats comme celui des cors.)

Gageons que, dans dix ans, Rattle sera lui aussi touché par la grâce. En attendant, Mariss Jansons semble comme visité par l’esprit du regretté Claudio Abbado.

On voit au fil des concerts le parquet de la salle se couvrir de son vernis sombre marche après marche… et on imagine le défi logistique que toutes ces finitions à exécuter après l’ouverture de la salle doit représenter. Le parquet de scène a-t-il aussi vocation à être recouvert de cette teinte sombre ? Venant de Jean Nouvel, un grand amoureux du noir, ce ne serait pas surprenant… mais on a un peu de mal à imaginer ce que ça donnerait.


Concert Berliner Philharmoniker / Rattle à la Philharmonie

Philharmonie 1, Paris • 18.2.15 à 20h30
Berliner Philharmoniker, Simon Rattle

Helmut Lachenmann : Tableau pour orchestre
Mahler : symphonie n° 2 (Kate Royal, soprano ; Magdalena Kožená, mezzo-soprano ; Groot Omroepkoor)

RattleOn est gâté, quelques semaines après l’ouverture de la Philharmonie de Paris, de pouvoir y entendre l’un des meilleurs orchestres du monde, qui plus est en grande forme. Le Philharmonique de Berlin est un bel outil rutilant et discipliné, qui semble parfois impatient de pouvoir déchaîner sa belle puissance sans retenue aucune. Le final en apothéose est, de fait, un intense moment cathartique et bouleversant.

Il aura cependant fallu, pour en arriver là, supporter les maniérismes de Rattle, qui semble de plus en plus abandonner toute vision globale de l’œuvre au profit de micro-effets locaux assez lassants. Ce n’est ni élégant ni puissant, c’est chichiteux et affecté. Heureusement, la partition de Mahler résiste vaillamment… avec l’aide d’ailleurs de Magdalena Kožená, dont l’Urlicht est d’une simplicité rafraîchissante, sans effets de manche.


“La Belle et la Bête”

Philharmonie 2, Paris • 17.2.15 à 20h30
Opéra de Philip Glass (1994) / Film de Jean Cocteau (1946)

The Philip Glass Ensemble, Michael Riesman. Avec Hai-Ting Chinn (La Belle), Marie Mascari (Félicie, Adélaïde), Gregory Purnhagen (La Bête, L'Officier du Port, Avenant, Ardent), Peter Stewart (Le Père Ludovic)

BellebeteBien sûr, il y a avant tout le film extraordinaire de Jean Cocteau, l’une des merveilles du septième art, dont les images ont été somptueusement rénovées. Philip Glass a eu l’idée curieuse d’écrire un opéra dont les paroles sont les répliques du film et sont donc chantées tandis que le film est projeté (ce qui a la malencontreuse conséquence de faire disparaître la partition de Georges Auric).

Le résultat est étrange et captivant. Glass parvient à donner du rythme là où c’est nécessaire, à accélérer le pouls dans les moments de tension et à le relâcher ensuite expertement. Le plus gros reproche qu’on puisse adresser à l’entreprise, c’est que certains chanteurs sont un peu fâchés avec la prononciation du français.

Pour le reste, on s’abandonne volontiers à cette belle rencontre entre le cinéma et la musique.


“She Loves Me”

Landor Theatre, Londres • 15.2.15 à 15h
Musique : Jerry Bock. Lyrics : Sheldon Harnick. Livret : Joe Masteroff. D’après la pièce Illatszertár de Miklós László.

Mise en scène : Robert McWhir. Direction musicale : Iain Vince-Gatt. Avec John Sandberg (Georg Nowack), Charlotte Jaconelli (Amalia Balash), Emily Lynne (Ilona Ritter), Matthew Wellman (Steven Kodaly), Ian Dring (Mr. Maraczek / Waiter), David Herzog (Ladislav Sipos), Joshua LeClair (Arpad Laszlo), …
 
PerfumerieLe Landor Theatre continue à enchanter avec une magnifique petite production de l’une des plus charmantes partitions des années 1960, She Loves Me. Le décor art déco de David Shields (qui rappelle beaucoup les arabesques d’Hector Guimard) est une petite merveille ; la mise en scène de Robert McWhir est fluide et pleine d’idées ; la réduction pour piano, violon et violoncelle est presque parfaite.
 
On remarque tout particulièrement la prestation charismatique et chaleureuse de l’excellent John Sandberg, dont le seul défaut est de ne pas être maigre, ce qui pose plusieurs problèmes de cohérence avec le livret. Charlotte Jaconelli, qui lui donne la réplique en Amalia, est apparemment issue d’une émission de télé-réalité ; elle se distingue grâce à une voix aux jolis aigus pleins de pureté — elle va chercher sans effort visible la note de bravoure de son grand air de l’Acte II, “Vanilla Ice Cream”.
 
Dans une distribution globalement excellente, on remarque tout particulièrement le Ladislav génialement quelconque de David Herzog et l’Arpad de Joshua LeClair, au sourire irrésistible. Mention spéciale pour Ian Dring, un habitué des productions du Landor, qui étonne par son énergie inépuisable à un âge que l’on devine quelque peu avancé.

“The Mastersingers of Nuremberg”

English National Opera, Londres • 14.2.15 à 15h
Die Meistersinger von Nürnberg, Wagner (1868). Adaptation en anglais : Frederick Jameson, Martin Fitzpatrick & Iain Paterson

Direction musicale : Edward Gardner. Mise en scène : Richard Jones. Avec Iain Paterson (Hans Sachs), Gwyn Hughes Jones (Walther von Stolzing), Andrew Shore (Sixtus Beckmesser), Rachel Nicholls (Eva), David Stout (Veit Pogner), Nicky Spence (David), Madeleine Shaw (Magdalena), …

MastersingersUne excellente surprise, avant tout grâce à la direction musicale inspirée du décidément génial Edward Gardner, l’un des chefs les plus talentueux de sa génération. Il souligne avec un instinct assuré les reliefs dramatiques de la partition… et l’apothéose finale n’en est que plus puissante. On admire une fois de plus l’extraordinaire capacité de l’orchestre de l’ENO à briller dans une large palette de styles musicaux ; c’est peut-être d’ailleurs cela qui rend son interprétation aussi profonde.

La mise en scène de Richard Jones est réfléchie et intelligente. Elle parvient en particulier à “gérer” la fin sans que le monologue de Sachs sur la supériorité de l’art allemand ne crée de malaise. Des portraits d’artistes et scientifiques allemands, y compris postérieurs à l’époque de l’opéra (que la mise en scène déplace au 19e siècle), sont dévoilés progressivement par le chœur et par les chanteur, tandis que la musique atteint joliment son apogée.

On retiendra tout particulièrement la mise en scène du début de l’acte III, dans le plus joli décor de la production, l’intérieur de la maison de Sachs. Jones y démontre une capacité — malheureusement rare chez les metteurs en scène d’opéra — à s’appuyer sur la musique pour démultiplier les effets dramatiques.

C’est que Iain Paterson est un Sachs souvent bouleversant. Il fait partie de ces chanteurs qui s’attachent à rester homogènes et cohérents dans la représentation de leur personnage indépendamment des exigences musicales. Il donne une belle et touchante intériorité à un des personnages les plus humains de Wagner.

Le reste de la distribution est solide (Walther joliment lyrique de Gwyn Hugh Jones, Beckmesser complètement déjanté d’Andrew Shore)… et on admire une fois de plus la qualité et l’homogénéité du chœur.


“Le Petit Prince”

Théâtre du Châtelet, Paris • 9.2.15 à 20h
Musique et livret : Michaël Levinas

Orchestre de Picardie, Arie van Beek. Mise en scène : Lilo Baur. Avec Jeanne Crousaud (Le Petit Prince), Vincent Lièvre-Picard (L’Aviateur), Catherine Trottmann (La Rose), Rodrigo Ferreira (Le Renard / Le Serpent), Céline Soudain (La Rose Multiple), Alexandre Diakoff, Benoît Capt, …

MalinkiprinzJe dois être l’exception qui confirme la règle : Le Petit Prince n’a nullement bercé mon enfance… et j’aurais d’ailleurs été bien incapable d’en saisir le génie subtil.

Cette adaptation en opéra m’a laissé de marbre en dépit d’une réelle singularité visuelle et de l’engagement total d’une distribution assez attachante.

Le livret reste très fidèle au texte d’origine mais la partition, avec ses intervalles obsessifs et ses suraigus usants, semble vivre dans un univers parallèle ; elle ne résonne avec aucun des registres — poétique, philosophique — de l’œuvre.

Heureusement que c’est court.


Programme “Paul / Rigal / Millepied / Lock” au Palais-Garnier

Palais-Garnier, Paris • 5.2.15 à 19h30

Répliques
Musique : György Ligeti
Chorégraphie : Nicolas Paul (2009)

Salut
Musique : Joan Cambon
Chorégraphie : Pierre Rigal (création)

Together Alone
Musique : Philipe Glass
Chorégraphie : Benjamin Millepied (création)

Andréauria
Musique : David Lang
Chorégraphie : Édouard Lock (2002)

J’ai beaucoup rigolé pendant Salut, une chorégraphie espiègle de Pierre Rigal qui, comme son nom le laisse entendre, commence par un salut des danseurs sur des applaudissements enregistrés (bizarrement suivis par quelques spectateurs étonnamment enthousiastes). La logique formelle des saluts se trouve progressivement déformée par des perturbations locales d’apparence aléatoire qui rappellent un peu la Lucinda Child de Einstein on the Beach. On se régale devant ces mouvements browniens en forme de clins d’œil auxquels les danseurs donnent vie avec un réel sens de l’humour.
 
J’ai pleuré, aussi, pendant le joli pas-de-deux imaginé par Benjamin Millepied pour Aurélie Dupont et Hervé Moreau sur l’envoûtante Étude pour piano n° 20 de Philip Glass. La communion est totale : musique, poésie des corps envahis par des influx soudains et fusionnels. Je me suis abandonné avec un plaisir rare à la magie d’une émotion simplement viscérale.
 
Le plaisir provoqué par les autres pièces est plus formel, plus intellectuel. Répliques, en particulier, repose sur de jolies compositions visuelles, dont les échos et les mises en abyme répondent très justement aux accents de la musique de Ligeti. 

“City of Angels”

Donmar Warehouse, Londres • 31.1.15 à 19h30
Musique : Cy Coleman (1989). Lyrics : David Zippel. Livret : Larry Gelbart.

Mise en scène : Josie Rourke. Chorégraphie : Stephen Mear. Direction musicale : Gareth Valentine. Avec Hadley Fraser (Stine), Tam Mutu (Stone), Rosalie Craig (Gabby/Bobbi), Rebecca Trehearn (Donna/Oolie), Peter Polycarpou (Buddy Fidler), Katherine Kelly (Carla/Alaura Kingsley), Cameron Cuffe (Peter Kingsley), Samantha Barks (Avril Raines/Mallory Kingsley), Tim Walton (Jimmy Powers), Marc Elliott (Pancho Vargas/Lieutenant Munoz), Sandra Marvin, Jennifer Saayeng, Kadiff Kirwan, Jo Servi (Angel City Four), …

AngelsUn mois après ma première visite, cette production a conservé son charme irrésistible. Le niveau global d’énergie semble même encore plus intense. Même si la distribution est globalement excellente, les deux comédiens que j’avais déjà cités la première fois, Hadley Fraser et Rebecca Trehearn, continuent à fasciner par la beauté de leurs voix.

Un livret virtuose, une partition enchanteresse, une production magnifique, des comédiens superbes : City of Angels coche toutes les cases. Je continue à espérer un transfert dans le West End.


“Sunny Afternoon”

Harold Pinter Theatre, Londres • 31.1.15 à 14h30
Musique & lyrics : Ray Davies. Livret : Joe Penhall, d’après une histoire originale de Ray Davies.

Mise en scène : Edward Hall. Direction musicale : Elliott Ware. Avec John Dagleish (Ray Davies), George Maguire (Dave Davies), Ned Derrington (Pete Quaife), Adam Sop (Mick Avory), …

SunnyJ’hésite toujours à aller voir les spectacles dont la partition est puisée dans le catalogue d’un chanteur ou d’un groupe… surtout lorsque le livret n’a d’autre ambition que de raconter l’histoire dudit chanteur ou dudit groupe (à la façon de Jersey Boys). J’ai décidé d’aller voir Sunny Afternoon quand même parce que j’aime assez ce que je connais des Kinks, ce groupe anglais qui, malgré une impressionnante longévité, ne s’est jamais tout à fait hissé à la hauteur des Beatles ou des Who.

Si le spectacle ne décolle jamais vraiment sur le plan dramatique et donne l’impression d’enchaîner les clichés, l’évocation musicale des Kinks est plutôt plaisante et on tombe assez facilement sous le charme des comédiens qui donnent vie aux quatre garçons de Muswell Hill, et notamment aux deux frères Davies.

Reste qu’on aimerait que la pièce soit un peu plus théâtrale… et notamment qu’elle ne se contente pas de ce hideux décor unique au plancher vert gazon. J’ai réussi à m’intéresser à l’histoire jusqu’à l’entracte, mais j’ai complètement décroché pendant le deuxième acte, lorsque le procédé dramatique sous-jacent commence sérieusement à montrer ses limites.


“A Little Night Music”

Palace Theatre, Londres • 26.1.15 à 19h15
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Hugh Wheeler.

Mise en scène : Alastair Knights. Direction musicale : Alex Parker. Avec Janie Dee (Desirée Armfeldt), Anne Reid (Madame Armfeldt), David Birrell (Fredrik Egerman), Jamie Parker (Count Carl-Magnus Malcolm), Joanna Riding (Countess Charlotte Malcolm), Laura Pitt-Pulford (Petra), Fra Fee (Henrik Egerman), Anna O’Byrne (Anne Egerman), Bibi Jay (Fredrika Armfeldt)…

NmusicIl faut remercier l’excellent Alex Parker, par ailleurs directeur musical de cette soirée, d’avoir eu l’idée de célébrer le quarantième anniversaire de A Little Night Music (la pièce ouvrit ses portes à Londres en 1975) en faisant appel à une distribution aussi exceptionnelle… l’envoûtante partition de Stephen Sondheim — peut-être sa plus voluptueuse — étant par ailleurs magnifiquement servie par un orchestre autrement plus étoffé que la norme actuelle.

Malgré l’absence de décor, la représentation est bien plus qu’un simple concert grâce à la mise en scène espiègle d’Alastair Knights et aux belles chorégraphies de Andrew Wright. Dès les premières scènes — la présence du quintette dans la salle, l’entrée onirique des personnages sur les rythmes de la Night Waltz —, on succombe sans réserve aux charmes de cette œuvre majeure du répertoire.

Janie Dee est une Désirée de rêve — on lui pardonne bien volontiers, du coup, ses hésitations… et son blocage causant une brève interruption dans la reprise de “Send in the Clowns”. Anna O’Byrne fait sensation avec une Anne Egerman irrésistiblement décervelée… tandis que Joanna Riding l’emporte largement à l’applaudimètre grâce aux répliques sarcastiques et désespérées de Charlotte.

Belles prestations d’une magnifique brochette d’habitués du West End : Jamie Parker (actuellement dans Assassins), Fra Fee (dont le si aigu n’a malheureusement pas vraiment voulu sortir), David Birrell, Laura Pitt-Pulford. Irrésistible Madame Armfeldt d’Anne Reid, peut-être la prestation la plus originale et la plus réussie de la soirée.


“Gigi”

Kennedy Center, Eisenhower Theatre, Washington DC • 25.1.15 à 13h30
Musique : Frederick Loewe. Livret et lyrics : Alan Jay Lerner, d’après le roman de Colette. Adaptation du livret : Heidi Thomas.

Mise en scène : Eric Schaeffer. Chorégraphie : Joshua Bergasse. Direction musicale : James Moore. Avec Vanessa Hudgens (Gigi), Howard McGillin (Honoré), Corey Cott (Gaston), Victoria Clark (Mamita), Dee Hoty (Alicia), Steffanie Leigh (Liane), …

GigiLe Kennedy Center présente une nouvelle production de cette œuvre dont j’ai déjà décrit la genèse ici. Cette production prend quelques semaines à Washington pour régler les derniers détails avant d’ouvrir ses portes à Broadway dans deux mois environ.

Gigi tient une place particulière dans la carrière de Lerner & Loewe, pas tellement parce qu’elle a été écrite pour le cinéma avant d’être adaptée pour la scène… mais parce que le livret y pose de réels problèmes, puisqu’on y prépare la jeune Gigi à prendre de manière bien singulière sa place dans le monde. Pour le reste, la partition est merveilleuse, même si elle rappelle souvent My Fair Lady.

Les concepteurs de cette nouvelle production semblent avoir réussi la quadrature du cercle : en exploitant une nouvelle version du livret qui n’insiste pas trop sur le destin de Gigi comme une demi-mondaine, ils ont réussi à ne mettre l’accent que sur la musique… et sur l’humour relativement subtil qui parcourt l’histoire.

Visuellement, on est aux anges : le décor magnifique de Derek McLane, les costumes sublimes de Catherine Zuber, superbement éclairés par Natasha Katz, constituent un régal permanent pour les yeux.

Le rythme est plaisant, les enchaînements, réussis… et on est tout particulièrement séduit par la distribution, en particulier les excellents vétérans que sont Victoria Clark, Dee Hoty et Howard McGillin, absolument impeccables. On découvre avec plaisir le jeune Corey Cott, révélé dans Newsies, et l’excellente Vanessa Hudgens, qui réussit à allier fraîcheur et élégance dans le rôle-titre.

Bref, c’est un Gigi bien meilleur qu’attendu que l’on nous propose… et on ne peut que souhaiter une belle et longue vie à une production aussi attachante.


“Diner”

Signature Theatre, Arlington VA • 24.1.15 à 20h
Musique & lyrics : Sheryl Crow. Livret : Barry Levinson.

Mise en scène et chorégraphie : Kathleen Marshall. Direction musicale : Lon Hoyt. Avec John Schiappa (Older Boogie), Derek Klena (Boogie), Matthew James Thomas (Fenwick), Adam Kantor (Eddie), Aaron C. Finley (Billy), Josh Grisetti (Shrevie), Bryan Fenkart (Modell), Erika Henningsen (Beth), Tess Soltau (Elyse), Whitney Bashor (Barbara), …

DinerLe film Diner de 1982, écrit et réalisé par Barry Levinson, marque le début de sa “tétralogie de Baltimore”. Situé en 1959, le film suit six jeunes-hommes en train d’entrer dans l’âge adulte alors que les années 1950 arrivent à leur terme.

Cette adaptation en comédie musicale était annoncée à Broadway en 2013 après diverses lectures et présentations les années précédentes, mais elle n’ouvrit jamais ses portes à New York. On la retrouve finalement au petit Signature Theatre, dans la banlieue de Washington.

On pouvait légitimement se demander si la belle histoire imaginée par Barry Levinson résisterait à une telle adaptation. Le résultat est un oui sans réserve. Le travail sur les personnages est tellement talentueux qu’on a presque l’impression que Diner retrouve d’une certaine façon son medium naturel, le théâtre, après un détour provisoire par le cinéma.

L’ajout d’un narrateur, l’alter ego âgé du personnage de Boogie, est d’autant plus réussi que la ressemblance entre les deux comédiens est frappante.

La partition de Sheryl Crow semble naître organiquement de l’inévitable juke-box du diner où se retrouvent quotidiennement les jeunes-gens, pour devenir progressivement la belle expression de leurs tourments et de leurs aspirations.

La brochette de comédiens est magnifique. On y remarque notamment le Eddie délicieusement névrosé de Adam Kantor et le Fenwick époustouflant de Matthew James Thomas, le superbe Pippin de la récente reprise de Broadway. On retrouve également avec beaucoup de plaisir l’excellent Derek Klena, que l’on avait tant apprécié dans Dogfight.


Concert Orchestre de Paris / Järvi à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 22.1.15 à 20h30
Orchestre de Paris, Paavo Järvi

TchaÏkovski : concerto pour violon (Janine Jansen, violon)
Chostakovitch : symphonie n° 5

JanineUn peu moins d’émotion pour ce troisième concert à la Philharmonie. On a l’impression que les cordes prennent un peu trop de place — espérons que les réglages de l’acoustique qui sont certainement encore en cours ne sont pas en train de détruire ce qui faisait le charme des premiers concerts, dans lesquels tous les instruments semblaient à égalité.

Inévitablement, Jansen propose un bis de Bach — le premier entendu à la Philharmonie et sans doute pas le dernier. (Elle évite heureusement les reprises.)

La cinquième symphonie de Chostakovitch, qui me touche souvent beaucoup, ne m’émeut guère malgré de solides prestations de la plupart des pupitres de l’Orchestre de Paris.


Concert West-Eastern Divan Orchestra / Barenboim à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 19.1.15 à 20h30
West-Eastern Divan Orchestra, Daniel Barenboim

Debussy : Prélude à l’après-midi d’un faune
Boulez : Dérive 2
Ravel :
Rapsodie espagnole
Alborada del gracioso
Pavane pour une infante défunte
Boléro

DanySuperbe concert, faisant la part belle à des œuvres idéales pour apprécier l’acoustique riche et voluptueuses de la Philharmonie. Debussy comme Ravel sont des orchestrateurs hors pair, et les superbes solistes du West-Eastern Divan Orchestra brillent à tour de rôle chaque fois qu’ils occupent le centre de la scène.

On accepte, du coup, de se taper quarante minutes incroyablement monotones d’une œuvre de Boulez dont l’originalité disparaît au bout de cinq minutes.