28 juin 2009

“The King and I”

Royal Albert Hall, Londres • 28.6.09 à 14h30
Musique : Richard Rodgers (1951). Livret et lyrics : Oscar Hammerstein II. D’après le roman Anna and the King of Siam, de Margaret Landon.

Kingandi Mise en scène : Jeremy Sams. Direction musicale : Gareth Valentine. Avec Maria Friedman (Anna Leonowens), Daniel Dae Kim (le Roi Mongkut), Jee Hyun Lim (Lady Thiang), Ethan Le Phong (Lun Tha), Yanle Zhong (Tuptim), David Yip (le Kralahome), Michael Simkins (Sir Edward Ramsay), Stephen Scott (Captain Orton)…

Le duo Richard Rodgers / Oscar Hammerstein II a légué au répertoire de la comédie musicale au moins cinq chefs d’œuvre : Oklahoma! (1943), Carousel (1945), South Pacific (1949), The King and I (1951) et The Sound of Music (1959). The King and I s’inspire d’un roman de Margaret Landon publié en 1944, lui-même écrit à partir des mémoires d’une préceptrice britannique, Anna Leonowens, qui fut engagée par le Roi Mongkut de Thaïlande dans les années 1860 pour apprendre l’anglais à ses enfants. Les ingrédients hautement romanesques — exotisme du royaume de Siam, choc des cultures, ébauche d’un amour évidemment impossible entre le Roi et Anna — firent du roman de Landon un succès immédiat… sauf en Thaïlande, où le livre resta longtemps interdit.

L’adaptation en comédie musicale, créée en 1951, ne tint l’affiche que trois ans, mais elle possède un statut un peu mythique, en partie en raison de l’extraordinaire chorégraphie de Jerome Robbins, mais aussi en raison d’une distribution qui rassemblait un légende, Gertrude Lawrence, et une future légende, Yul Brinner. C’est Lawrence qui eut l’idée d’adapter l’histoire d’Anna Leonowens en comédie musicale ; elle ne se tourna vers Rodgers et Hammerstein qu’après que Cole Porter eut refusé la proposition ; malheureusement, sa santé se détériora rapidement et elle manqua de nombreuses représentations avant de mourir en septembre 1952.

C’est, du coup, Deborah Kerr qui tient le rôle principal dans l’adaptation cinématographique de la comédie musicale, réalisée en 1956. (Comme il était de coutume à l’époque, c’est l’incontournable Marni Nixon qui double Kerr dans les chansons.)

Les productions de The King and I ne sont pas si fréquentes et je n’avais, sauf erreur, pas revu de production de l’œuvre depuis la dernière grande reprise présentée à New York puis à Londres à la fin des années 1990 et au début des années 2000. C’est donc avec un certain plaisir que j’ai profité de la série limitée de représentations donnée au Royal Albert Hall en ce début d’été avec la remarquable Maria Friedman dans le rôle d’Anna et un comédien apparemment connu pour sa carrière télévisuelle, Daniel Dae Kim, dans le rôle du Roi.

Le Royal Albert Hall n’est pas très adapté à des productions théâtrales. Les contraintes, du coup, sont nombreuses ; la quantité de réverbération à elle seule représente un sacré défi pour un ingénieur du son. Difficile en tout état de cause de créer de l’émotion dans un espace aussi vaste et aussi caverneux.

Ces obstacles sont partiellement contournés lorsqu’il s’agit d’interpréter une partition aussi belle et, surtout, lorsque l’orchestre qui l’interprète n’est autre que le Royal Philharmonic Orchestra au grand complet, dirigé par l’excellent Gareth Valentine. On se trouve bien des compensations dans la richesse de la partition tissée par le plus génial des orchestrateurs de Broadway, Robert Russell Bennett.

La beauté de la musique, quelques visuels assez réussis, le talent et l’implication des interprètes (malgré quelques faiblesse du côté d’un Daniel Dae Kim qui n’est pas sur son terrain de jeu habituel), l’émotion due au fait qu’il s’agit de la dernière représentation se combinent pour créer malgré tout un spectacle plaisant et émouvant.

The Bottom Line: The cavernous Royal Albert Hall is definitely the wrong place to put on a musical. However, it is a delight to be able to hear Rodgers’ score interpreted by a full-size orchestra, the excellent Royal Philharmonic Orchestra under the baton of musical director extraordinaire Gareth Valentine. Although the size of the hall makes it difficult to establish any kind of emotional connection with the proceedings, Maria Friedman somehow manages to portray a touching Miss Anna. Her co-star, unfortunately, doesn't have a stage presence to match hers. There are more great performances in the supporting cast and the overall experience isn't that unpleasant after all.

27 juin 2009

“The Producers”

Admiralspalast, Berlin • 27.6.09 à 20h
Musique et lyrics : Mel Brooks. Livret : Mel Brooks et Thomas Meehan, d’après le film de 1968 écrit etréalisé par Mel Brooks. Adaptation en allemand : Philipp Blom, David Bronner et Michaela Ronzoni.

Producers Mise en scène et chorégraphie : Susan Stroman. Chef d’orchestre : Adrian Manz. Avec Cornelius Obonya (Max Bialystock), Andreas Bieber (Leo Bloom), Bettina Mönch (Ulla), Reinwald Kranner (Franz Liebkind [remplaçant]), Martin Sommerlatte (Roger deBris), Rob Pelzer (Carmen Ghia), …

J’avais déjà longuement parlé de la genèse de cette comédie musicale de Mel Brooks lorsque je l’avais vue à Vienne il y a presque un an. La même production, avec la même distribution, vient de s’installer à Berlin, au vénérable Admiralspalast, rouvert il y a trois ans après d’importants travaux.

Jouer à Berlin une comédie musicale sur un producteur de théâtre qui monte un spectacle sur Hitler, qui plus est dans un théâtre fréquenté en son temps par le Führer, pourrait évidemment créer un certain malaise. L’événement a d’ailleurs attiré l’attention de la presse généraliste (comme par exemple le New York Times ou, plus inattendu, le Figaro, qui s’acharne à écrire “Admiralpalast” au lieu de “Admiralspalast”). Il semble que le public parvienne à dépasser cela, même s’il me semble déceler par moments une petite gêne. Aucun groupe de pression, en tout cas, n’a exprimé d’opposition. Le spectacle, après tout, a même été donné à Tel-Aviv.

La loi allemande — comme la loi autrichienne, d’ailleurs — interdit la représentation de la swastika. On est donc amusé de découvrir sur la façade du théâtre un symbole en forme de bretzel là où on attendrait la croix gammée. L’interdiction ne semble pas s’étendre à la scène, en revanche, car les swastikas sont bel et bien présentes. (Elles sont, en revanche, consciencieusement remplacées par des bretzels sur les photos du programme.)

Il n’y a malheureusement que treize musiciens dans la fosse, cette fois, ce qui rend l’expérience un peu moins satisfaisante qu’à Vienne. La qualité d’ensemble reste malgré tout élevée et c’est un plaisir d’entendre à nouveau la partition de Mel Brooks, dont je ne me lasse pas.

Le théâtre, malheureusement, n’est pas plein. La représentation de l’après-midi, pour laquelle j’avais réservé initialement, a d’ailleurs été annulée.

The Bottom Line: Presenting The Producers in Berlin raises many interesting and delicate questions. There seems to have been a modicum of controversy, but the show could go on nonetheless. The production is the same I saw in Vienna almost a year ago and exhibits high standards of quality, but the number of musicians has sadly been reduced to 13.

26 juin 2009

Concert Orchestre Philharmonique de Radio-France / Capuçon / Dudamel à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 26.6.09 à 20h
Orchestre Philharmonique de Radio-France, Gustavo Dudamel

Korngold : concerto pour violon (Renaud Capuçon, violon)
Mahler : symphonie n°1

Quelle chance d’entendre le trop rare concerto de Korngold, que l’interprétation élégiaque de Renaud Capuçon porte à des sommets d’élégance… sans compter une très impressionnante maîtrise technique. Dommage que Capuçon nous serve un bis sans beaucoup d’intérêt, dont la seule vertu est de mettre en exergue la joliesse de son son.

L’Orchestre Philharmonique de Radio-France est associé dans ma mémoire à l’une des pires interprétations de la première symphonie de Mahler que j’aie entendues. C’était au Théâtre des Champs-Élysées (me semble-t-il), sous la baguette de Myung Wun Chung, dans le cadre d’une intégrale… et c’était tellement mauvais qu’après une deuxième expérience ratée avec la deuxième symphonie, j’avais arrêté d’assister aux concerts pour lesquels j’avais pourtant acheté des billets. Je me souviens très bien du mot qui m’avait obsédé pendant tout le concert : frigide.

Le balancier pourrait difficilement partir plus loin dans la direction opposée avec la sublime version proposée par Gustavo Dudamel qui, malgré quelques petites imperfections techniques sans importance, se place directement en tête des interprétations entendues en concert, chassant ainsi de la première place une magnifique version entendue à Carnegie Hall avec Christoph Eschenbach et le Philadelphia Orchestra.

Ce qui rend l’interprétation de Dudamel si exquise, c’est un sens supérieur du récit, qui tient littéralement en haleine de la première à la dernière mesure. Il obtient de l’orchestre un niveau d’implication étonnant qui produit une variété impressionnante de couleurs et d’atmosphères avec des passages d’une rondeur et d’un lyrisme somptueux qui alternent avec des pages plus introspectives mais toujours portées par une tension jamais relâchée… sauf dans les dernières mesures, où l’explosion finale, spectaculaire et orgastique, ne peut que prendre à la gorge.

Il se passait quelque chose de l’ordre de la magie entre le chef et l’orchestre tant l’entente était parfaite. Je n’ai jamais vu un orchestre regarder aussi intensément son chef… et, du coup, le suivre en confiance partout où il a voulu les conduire, avec une totale assurance.

Il ne faut pas longtemps pour qu’une bonne partie du public se lève pour acclamer le chef qui, trop modeste, ne viendra jamais saluer sur le podium, insistant pour saluer au milieu de l’orchestre, manifestement conquis. Heureux Angelenos, qui l’accueillent à la tête de leur Orchestre la saison prochaine.

24 juin 2009

Concert Deutsches Symphonie-Orchester Berlin / Meier / Metzmacher à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 24.6.09 à 20h
Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, Ingo Metzmacher

Debussy : La Mer
Wagner : Prélude et Mort d’Isolde (Waltraud Meier, soprano)
Mahler : Adagio de la symphonie n°10
Strauss : Quatre Derniers Lieder

Il est rare que les remplacements de dernière minute soient source d’excitation, mais c’est le cas lorsque Waltraud Meier remplace Deborah Voigt (dont des rumeurs disent qu’elle est sur le point d’annuler aussi sa Tosca de Londres) dans un tel programme.

Meier est en terrain connu lorsqu’elle chante la mort d’Isolde : la profondeur de l’interprétation, toute en intensité et en retenue tragique, n’en est que plus remarquable, même si les montées dans l’aigu sont un peu laborieuses et si Metzmacher n’est pas très bon camarade lorsqu’il déchaîne l’orchestre sans retenue dans les tutti. Mais qu’importe lorsqu’une interprète est à ce point capable de s’approprier l’espace dramatique.

Les Quatre Derniers Lieder sont un cran en-dessous, mais restent d’une élégance suprême. Metzmacher attaque le premier lied un peu vite à mon goût, ce qui ne laisse guère le temps à Meier de “poser” son interprétation. Je ne trouve pas la voix idéalement adaptée à une pièce qui met beaucoup l’aigu à contribution.

Très belle performance de l’orchestre sur le plan technique, mais il manque de la poésie et du rêve dans une Mer un peu mécanique. Je fais, du coup, quelques allers-retours du côté de chez Morphée pour voir si Debussy y est. Prestation beaucoup plus convaincante dans l’Adagio de Mahler, qui m’a rarement autant captivé.

22 juin 2009

Concert Wiener Philharmoniker / Harding au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 22.6.09 à 20h
Wiener Philharmoniker, Daniel Harding

Weber : Der Freischütz, ouverture
Takemitsu : Mort et Résurrection
Mendelssohn : Le Songe d’une nuit d’été (quatre mouvements)
Brahms : symphonie n°2

Je n’étais pas enchanté d’apprendre que Daniel Harding remplaçait au débotté un Seiji Ozawa opéré d’urgence… et le concert m’a malheureusement donné raison. À part dans un concert très atypique, je n’ai jamais bien compris ce qu’on trouvait à Harding, dont la direction n’est pas très inspirante et dont la vision musicale semble se réduire à une succession de contrastes dynamiques ou à des variations de tempo plus ou moins compréhensibles.

Malheureusement, à la tête d’un Orchestre Philharmonique de Vienne dont la subtilité n’est pas forcément la tendance la plus naturelle, le résultat verse régulièrement dans le pompiérisme. À la limite, c’est acceptable dans l’ouverture du Freischütz, qui y trouve un peu de caractère dont elle a bien besoin, mais dans Le Songe d’une nuit d’été ou, plus encore, dans la symphonie de Brahms, on dépasse régulièrement la frontière du mauvais goût. Il n’y a pas beaucoup de musique dans cette tempête de notes débridée et dénuée de vision.

On a droit cependant à un petit moment de grâce avec la belle pièce de Takemitsu. L’interprétation manque de poésie et de retenue, mais le galbe et l’homogénéité des cordes des Philharmoniker sont fascinants.

En bis, une Valse triste qui fait partie des bis habituels de l’Orchestre, mais que la direction de Harding dépouille d’une bonne partie de son charme.

Ça y est, la violoniste repérée au premier rang lors d’un récent concert à Vienne a accédé au premier pupitre ! La révolution viennoise s’amplifie…

20 juin 2009

“The Tin Pan Alley Rag”

Laura Pels Theatre, New York • 20.6.09 à 19h30
Livret : Mark Saltzman. Musique et lyrics : Irving Berlin et Scott Joplin.


Tparag Mise en scène : Stafford Arima. Direction musicale : Michael Patrick Walker. Avec Michael Boatman (Scott Joplin), Michael Therriault (Irving Berlin), Randy Aaron, Derrick Cobey, Jenny Fellner, Rosena M. Hill, James Judy, Mark Ledbetter, Michael McCormick, Erick Pinnick, Tia Speros, Idara Victor…

Tout ce que je savais de ce spectacle, avant de le voir, c’est qu’il est bâti autour d’une rencontre imaginaire entre Scott Joplin et Irving Berlin, un soir de 1916 à New York. L’idée est pleine de potentiel, mais je ne pouvais m’empêcher de me demander si l’auteur parviendrait à donner de la chair à cette rencontre. Le verdict est sans appel : la pièce est une très belle réussite.

En 1916, Berlin n’a que 28 ans et est déjà le roi de Tin Pan Alley (initialement le surnom de l’endroit où étaient installés les éditeurs de musique populaire, le nom Tin Pan Alley a fini par désigner la musique elle-même) ; ce fils d’immigrés sibériens était déjà devenu l’auteur de nombreuses chansons à succès et s’était associé au compositeur et éditeur de musique Ted Snyder.

Joplin, lui, a vingt ans de plus et il s’approche de la fin de sa vie (il mourra de la syphilis en 1917). Figure tutélaire du ragtime, il a contribué à donner une nouvelle voix à la musique populaire américaine. Il passe les dix dernières années de sa vie à écrire et à essayer — sans beaucoup de succès — de faire représenter son ambitieux opéra Treemonisha. C’est ce qui, dans la pièce, l’amène à la rencontre d’Irving Berlin.

C’est un fort joli texte qu’a écrit Mark Saltzman pour décrire cette rencontre imaginaire. Les deux hommes, en apparence, sont très différents : Berlin est un fils d’immigrés juifs qui n’a jamais étudié la musique et semble obsédé par la réussite commerciale ; Joplin appartient à l’une des premières générations de noirs ayant eu accès à l’éducation et, après une carrière réussie, est obsédé par l’idée de léguer à la postérité une œuvre “sérieuse”.

Les deux protagonistes vont progressivement se découvrir des points communs : leurs débuts ne sont pas si différents, ils ont tous les deux perdu une épouse quelques mois à peine après leur mariage, etc. Sous la plume de Saltzman, ils se découvrent, se questionnent et forment un lien d’estime et de respect.

La pièce est construite de manière non-linéaire et l’on ne peut qu'admirer le travail du concepteur des décors, Beowulf Boritt, qui gère avec virtuosité les nombreux changements de lieux et d’époques dans un mouvement fluide et cinématique.

La musique, bien entendu, est à la fête… et l’on se régale abondamment d’entendre la musique des deux maîtres interprétée à deux pianos dans des arrangements absolument exquis. Bien entendu, les standards abondent… et on apprécie particulièrement d’entendre deux superbes extraits de Treemonisha (qui ne peuvent que convaincre de la nécessité d’aller voir la production annoncée au Châtelet pour la saison prochaine).

Belles prestations de Michael Therriault en Berlin (ça le change de Gollum) et de Michael Boatman en Joplin. On est également fort impressionné par les autres comédiens, qui interprètent tous de nombreux rôles différents. Une belle et inattendue surprise.

The Bottom Line: Irving Berlin meets Scott Joplin: the conceit doesn't only provide an opportunity to hear the great standards of the two masters (exquisitely arranged for two pianos by Michael Patrick Walker), but it also makes for some tight, moving, finely written drama. Great performances on a brilliantly conceived set, which seems able to morph into an endless variety of locales. An unexpected delight.

“The Wiz”

City Center, New York • 20.6.09 à 14h
Musique et lyrics : Charlie Smalls. Livret : William F. Brown, d’après L. Frank Baum.

Thewiz Mise en scène : Thomas Kail. Direction musicale : Alex Lacamoire. Avec Ashanti (Dorothy), Orlando Jones (The Wiz), Christian Dante White (Scarecrow), Joshua Henry (Tinman), James Monroe Iglehart (Lion), Dawn Lewis (Addaperle, the Good Witch of the North), Tichina Arnold (Evillene, the Wicked Witch of the West), LaChanze (Glinda, the Good Witch of the South)…

The Wiz est une version alternative de l’histoire du Magicien d’Oz, créée en 1975 par une troupe entièrement composée de comédiens noirs. La partition est écrite dans un style “pop” qui mêle rhythm & blues, soul, gospel et, bien sûr, l’idiome en plein décollage en 1975, le disco. La production originale tint l’affiche quatre ans. On y trouvait notamment une certaine Dee Dee Bridgewater dans le rôle de Glinda, la gentille sorcière du sud (qui chante l’une des plus belles chansons du spectacle, “If You Believe”).

J’étais particulièrement heureux de voir pour la première fois un spectacle dont le CD figure parmi mes enregistrements préférés. La série “Encores! Summer Stars” propose en effet chaque été de voir une comédie musicale pendant quelques semaines au New York City Center (elle a débuté avec Gypsy en 2007, puis Damn Yankees en 2008).

Le résultat appelle des réactions très mitigées.

D’un côté, la partition de Charlie Smalls est, comme l’enregistrement de 1975 le révèle, un véritable délice de la première à la dernière note. Elle est en outre servie ici par un généreux orchestre de 23 musiciens et par des chanteurs incroyablement doués. Le rôle principal de Dorothy a été distribué à une chanteuse à nom unique, Ashanti, qui n’est pas étrangère au monde du Magicien d’Oz puisqu’elle a déjà interprété Dorothy dans la version de l’histoire proposée par le Muppet Show il y a quelques années. La voix ne peut pas laisser indifférent ; chaque note, chaque syllabe, chaque mélisme est étudié au millimètre et interprété avec une précision d’orfèvre. C’est le cas pour beaucoup d’autres chanteurs sur scène, la palme de la prestation la plus enthousiasmante revenant à la magnifique LaChanze (une autre comédienne/chanteuse à nom unique), qui a déjà derrière elle une belle carrière à Broadway.

Malheureusement, le plaisir s’arrête là en bonne partie. Les producteurs sont pourtant allés chercher l’équipe qui a fait un succès de la comédie musicale In the Heights : Thomas Kail à la mise en scène, Andy Blankenbuehler à la chorégraphie et Alex Lacamoire à la direction musicale. Leur conception est extrêmement peu théâtrale malgré quelques idées originales du côté de la chorégraphie. Le spectacle est lent, n’a aucun allant et semble fréquemment au bord de l’asphyxie par maque de souffle.

Toute la faute n’en échoit pas au metteur en scène. C’est aussi le faible talent d’acteur de certains comédiens qui plombe le spectacle. C’est le cas, malheureusement, de la fameuse Ashanti, qui est aussi mauvaise comédienne qu’elle est bonne chanteuse. Elle passe la totalité du spectacle immobile, le regard fixe, les bras le long du corps, comme un morceau de bois mort et elle a, dans ses meilleurs moments, le charisme d’un pot de fleurs ébréché. Elle n’est pas la seule, malheureusement, si bien que l’expérience est bien loin de ce que la seule musique pourrait laisser espérer.

The Bottom Line: The hugely enjoyable score of The Wiz is given a first-class treatment by an assortment of wonderful singers dominated by Ashanti and the insanely talented LaChanze and backed by a capable 23-strong orchestra. However, as a theatrical object, this production lacks pace and comes across as lame and uninspired. It is further brought down by the lack of acting skills of a few performers, the worst offender by far being the same Ashanti, who has the stage presence of dead wood — at her best times.

18 juin 2009

“Król Roger”

Opéra Bastille, Paris • 18.6.09 à 20h
Le Roi Roger. Karol Szymanowski (1926), livret de Jarosław Iwaszkiewicz et Karol Szymanowski.

Direction musicale : Kazushi Ono. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski. Avec Mariusz Kwiecien (le Roi Roger), Olga Pasichnyk (Roxane), Eric Cutler (le Berger), Stefan Margita (Edrisi), Wojtek Smilek (l’Archevêque), Jadwiga Rappé (une Diaconesse).

Le nom de Szymanowski est familier à quiconque a étudié le piano, mais je n’avais jamais eu l’occasion d’entendre son opéra Le Roi Roger, une nouvelle découverte due à la programmation intelligente de l’actuel directeur de l’Opéra de Paris.

Musicalement, cette partition est un régal : intensément dramatique et richement atmosphérique, elle se déroule comme dans un grand souffle continu, avec cependant des épisodes très singuliers, comme les sublimes passages confiés au chœur, qui font pencher l’œuvre du côté de l’oratorio. Le toujours fiable Kazushi Ono réalise un travail d’une grande qualité à la tête d’un orchestre impeccable.

La distribution principale est admirable. Le baryton autoritaire et ample de Mariusz Kwiecien (déjà admiré en Onéguine en début de saison) convient idéalement au personnage de Roger : son interprétation de la scène finale, notamment, m’a tiré des larmes. J’avais déjà croisé Olga Pasichnyk dans un rôle qui ne lui convenait guère ; elle est ici somptueuse de justesse et de charisme. Interprétation remarquable également du ténor Eric Cutler dans le rôle messianique du Berger.

Le Chœur de l’Opéra de Paris mérite une mention spéciale tant sa contribution est essentielle à l’établissement d’une tension dramatique particulièrement jubilatoire. C’est une réussite superlative, un sans-faute sur toute la ligne.

Reste la mise en scène de Warlikowski. Sa plus grosse faiblesse est de trop ressembler à toutes les autres mises en scène de Warlikowski que je connais (L’Affaire Makropoulos et Eugène Onéguine surtout, mais aussi Parsifal). Car les visuels sont plutôt efficaces, à défaut d’être toujours complètement compréhensibles. Il m’a semblé entrapercevoir dans les scènes finales où il voulait en venir, mais partiellement seulement.

Il me semble que je deviens de plus en plus insensible aux mises en scène de Warlikowski, qui ne me font simplement plus réagir, sauf lorsqu’elles vont trop à contre-texte, comme c’est le cas plusieurs fois ici. Dans le deuxième acte, par exemple, Warlikowski montre un Roger en train de se moquer ouvertement du Berger, dont le discours (“Qui m’envoie ? Dieu !”) lui semble risible… alors que sa réplique suivante est “Tes blasphèmes me font trembler de terreur !”

L’apparition de l’équipe de mise en scène pendant les saluts a en tout cas provoqué l’une des plus belles batailles de bravos et de huées auxquelles j’aie assisté à l’Opéra de Paris. Le metteur en scène polonais, de toute évidence, y prenait un plaisir sans égal : il est fait pour s’entendre avec Gerard Mortier…

13 juin 2009

“Faust”

Staatsoper, Vienne • 13.6.09 à 19h
Charles Gounod (1859), livret de Jules Barbier et Michel Carré, d’après Goethe.


Direction musicale : Bertrand de Billy. Concept scénique : Nicolas Joel, réalisé par Stéphane Roche. Avec Piotr Beczała (Faust), Soile Isokoski (Marguerite), Kwangchul Koun (Méphistophélès), Adrian Eröd (Valentin), Roxana Constantinescu (Siébel), …

Comme me l’expliquait V. avant la représentation, cette production de Faust a été maudite lors de sa création à l’automne 2008 car le concepteur des décors est décédé en ne laissant que des esquisses et Nicolas Joel, qui devait assurer la mise en scène, fut contraint de déléguer son assistant, Stéphane Roche, après son accident vasculaire cérébral du mois d’août. De fait, la mise en scène n’est pas le point fort de cette production tant elle est statique et désordonnée. Elle ne détonne pas tant que ça sur la scène du Staatsoper, qui ne place pas la barre très haut dans le domaine, mais je me demande bien pourquoi Nicolas Joel a accepté que son nom y reste attaché.

Mais le miracle de cette production, c’est que la qualité de la mise en scène passe presque inaperçue tant l’interprétation est remarquable — à l’exception peut-être du chœur. Je n’avais pas entendu Faust depuis plusieurs années et j’avais oublié à quel point la partition de Gounod est une source d’émerveillement sans fin. Dans la fosse, Bertrand de Billy, comme pour Roméo et Juliette, fait des merveilles : la musique est d’une finesse et d’une sensualité infinies, pleine de caractère, de profondeur et d’inflexions enchanteresses. Grâce à lui, l’orchestre évolue en permanence sur de véritables sommets ; même la fanfare verdienne du quatrième acte parvient miraculeusement à rester subtile.

Sur scène, on se régale de la prestation généreuse d’un Piotr Beczała déjà remarqué en Edgardo dans le Lucia de Zurich et en Duc dans le Rigoletto de Munich. Plus encore, le Valentin d’Adrian Eröd est un régal absolu — il m’avait déjà fait forte impression sur cette même scène dans le rôle de Lescaut dans Manon. Magnifique prestation également de Kwangchul Youn, parfaitement compréhensible de la première à la dernière note, qui campe un Méphistophélès idéal et truculent ; je l’avais déjà remarqué dans le Lucia de Bastille.

La Marguerite de Soile Isokoski est agréable quoique peut-être un peu en demi-teinte, introspective. La soprano finlandaise est moins capable que d’autres chanteuses de projeter une forme de vitalité juvénile qui pourrait contribuer à gommer l’écart d’âge entre l’interprète et son personnage. La voix reste cependant suffisamment claire, surtout dans l’aigu, pour que l’interprétation soit convaincante. Et Isokoski, au moins, chante la totalité du rôle, contrairement à Gheorghiu qui, me dit-on, avait exigé lors de la création de cette production que l’on coupe le sublime air “Il ne revient pas” qui ouvre le quatrième acte.

Quelques photos prises du haut du Leopoldsberg
en cliquant ci-dessous…
 

06 juin 2009

Concert Bruckner Orchester Linz / Davies / Marianne Faithfull à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 6.6.09 à 20h
Bruckner Orchester Linz, Dennis Russell Davies

Copland : Music for the Theatre
Stravinski : L’Oiseau de feu, suite de 1919
Weill : Les Sept Péchés capitaux (version anglaise avec Marianne Faithfull et le groupe vocal Hudson Shad)

Si la première partie de ce concert eut un peu de mal à décoller, la seconde partie, consacrée aux Sept Péchés capitaux, fut quant à elle assez admirable : un orchestre à la voix soudain métamorphosée pour interpréter cette œuvre si particulière et si enchanteresse de Kurt Weill, une Marianne Faithfull vivant intensément cette fable philosophique et morale, sans oublier l’excellent groupe vocal Hudson Shad, dont la pyrotechnie vocale est impressionnante.

Marianne Faithfull semble avoir été abîmée par la vie : elle n’en est que plus juste dans l’interprétation d’Anna, partie avec sa sœur à la recherche du confort financier et qui, en chemin, rencontre les aléas de la vie et quelques embûches. La voix n’est pas très puissante mais l’interprétation est intense et juste. La prestation des Hudson Shad, qui semblent s’être fait une spécialité d’interpréter “la famille” dans cette œuvre, est tout simplement splendide.

04 juin 2009

“Metropolita(i)n”

La Péniche Opéra, Paris • 4.6.09 à 21h
Musique et lyrics : Barry Kleinbort et Christophe Mirambeau. Scènes : Ken Bloom.

Mise en scène : Olivier Bénézech. Direction musicale : Paul Greenwood. Avec Vincent Héden, Gay Marshall, Liza Michaël, Jérôme Pradon, Caroline Roëlands, Richard Waits.

N’étant pas totalement étranger à ce spectacle, je resterai bref dans mes commentaires. Metropolita(i)n est une œuvre de théâtre musical conçue comme une revue dans laquelle se mêlent les impressions transatlantiques de Parisiens découvrant New York et, symétriquement, de New Yorkais visitant Paris. Cette représentation n’est qu’une lecture partielle d’une version non définitive du spectacle — les Américains diraient un workshop — présentée dans le cadre des “Découvertes Diva”, un festival qui nous propose de partir à la découverte d’œuvres musicales nouvelles.

La qualité globale est très supérieure à ce que l’on trouve d’habitude sur les scènes musicales parisiennes. L’écriture est inspirée, efficace, souvent émouvante, parfois bouleversante… et l’engagement de la distribution fait plaisir à voir. On attend la suite avec une certaine impatience, en espérant que ce Metropolita(i)n connaisse l’avenir qu’il mérite.

02 juin 2009

Concert Orchestre National de Lyon / Say / Märkl à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 2.6.09 à 20h
Orchestre National de Lyon, Jun Märkl

Mozart : concerto pour piano n°21 (Fazıl Say, piano)
Mahler : symphonie n°5

J’étais abonné aux concerts de l’Orchestre de Lyon il y a un bon paquet d’années… et les progrès qu’il a accomplis depuis sont impressionnants. La symphonie de Mahler est très maîtrisée, très proprement interprétée, mais elle ne prend que rarement aux tripes. Monsieur G., qui m’accompagne, me fait cependant remarquer que Märkl commet un crise de lèse-Mahler en n’enchaînant pas les deux derniers mouvements.

Le concerto de Mozart est surtout l’occasion de découvrir ce drôle d’animal qu’est Fazıl Say. Il est éprouvant à regarder tant il fait de mimiques et de gestes en tout sens, allant jusqu’à regarder d’un air sombre ce qui se passe sous la banquette du piano pendant que l’orchestre joue. Il faut cependant reconnaître que la musicalité est admirable et qu’il y a dans son jeu de véritables fulgurances qui enchantent. L’orchestre a du mal à suivre le soliste lorsqu’il semble s’évader dans de mystérieux univers parallèles, et c’est bien dommage.

01 juin 2009

Alex Ross à propos de l’intégrale Mahler

Endless Mahler: newyorker.com

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30 mai 2009

“Götterdämmerung”

Palau de les Arts Reina Sofía, Valence • 30.5.09 à 19h
Le Crépuscule des dieux, Richard Wagner (1876)

Orquestra de la Comunitat Valenciana, Zubin Mehta. Mise en scène : Carlus Padrissa pour La Fura dels Baus. Créations vidéo : Franc Aleu. Avec Lance Ryan (Siegfried), Jennifer Wilson (Brünnhilde), Ralf Lukas (Gunther), Elisabete Matos (Gutrune), Matti Salminen (Hagen), Franz-Josef Kapellmann (Alberich), Catherine Wyn-Rogers (Waltraute), Daniela Denschlag, Pilar Vázquez, Eugenia Bethencourt (les Nornes), Silvia Vázquez, Ann-Katrin Naidu, Marina Prudenskaya (les Filles du Rhin).

Et voici donc la conclusion de ce Ring dont j’avais vu Das Rheingold à Florence il y a deux ans et Siegfried dans ce même Palau de les Arts l’année dernière (impossible, malheureusement, de caser Die Walküre).

L’univers visuel original et décalé créé par les artistes de La Fura dels Baus continue à servir de cadre à ce dénouement. C’est, globalement, l’émerveillement qui domine, même si certains choix de mise en scène peuvent sembler assez cryptiques. On imagine que la longueur de l’œuvre a dû venir quelque peu à bout de la créativité des artistes catalans, qui en viennent parfois à des expédients qui sentent plus la lassitude que l’originalité créatrice (des visuels recyclés, plusieurs “retournements de décor” peu compréhensibles).

Musicalement, la représentation est de très bon niveau. Dans la fosse, d’abord, on n’est pas loin du sans faute. Les musiciens valenciens, tous pupitres confondus, restent remarquables jusqu’à la dernière minute. Zubin Mehta se rachète d’un mauvais souvenir récent en conduisant tout ce petit monde de manière dynamique, sans tomber dans le flegmatisme qu’on lui connaît parfois. Il néglige cependant un peu trop de s’assurer la bonne synchronisation entre scène et fosse, ce qui enlève un peu de force à certains passages.

Sur la scène, on atteint des sommets, surtout par comparaison à mon dernier Crépuscule. Quel bonheur d’entendre un Siegfried qui chante toutes ses notes, de la première à la dernière mesure ! Le style n’est peut-être pas totalement irréprochable, mais Lance Ryan confirme la très bonne impression qu’il m’avait faite à Gand. La Brünnhilde de Jennifer Wilson s’en tire également fort bien, même si les aigus sortent moins naturellement que l’année dernière sur cette même scène. Et puis il y a quelque chose de réjouissant à voir une Brünnhilde obèse dans la plus pure tradition, engoncée dans un costume mauve pas très subtil dont la poitrine lorgne du côté de Jean-Paul Gaultier. Matti Salminen, vu récemment en Hunding à Zurich, confirme le pouvoir enchanteur de sa riche voix grave.

Malgré l’immense faux pas du metteur en scène consistant à restreindre la visibilité de son dénouement visuel à une petite moitié du public (dont je faisais heureusement partie), ce Götterdämmerung marque une conclusion tout à fait honnête à un cycle de bonne qualité. Entre le récent Ring du Met et celui-ci, on n’hésite pas longtemps…


Quelques photos de Valence en cliquant ci-dessous…
 

25 mai 2009

Concert Wiener Philharmoniker / Gergiev au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 25.5.09 à 20h
Wiener Philharmoniker, Valery Gergiev

Sibelius : symphonie n°1
Stravinsky : L’Oiseau de feu, version intégrale

Quelques jours après avoir vu les Wiener Philharmoniker sur leurs terres, les voici donc de passage à Paris pour leur apparition semestrielle au Théâtre des Champs-Élysées. Cette fois, c’est Valery Gergiev, débarqué deux heures plus tôt de son jet privé au Bourget, apprend-on en coulisse, qui dirige la phalange viennoise.

On est malheureusement assez loin de l’étonnante communion dans laquelle Gergiev et le LSO avaient abordé les deux concerts Prokofiev donnés une semaine plus tôt à la Salle Pleyel.

Il y a cependant de belles choses dans la symphonie de Sibelius, que l’interprétation des Viennois rend pourtant très académique. Gergiev conserve cette capacité à susciter de remarquables envolées passionnées qui prennent aux tripes. L’implication de l’orchestre est sans faille et la qualité d’exécution, irréprochable. Il manque cependant ce petit grain d’abandon qui rend aussi poignant l’enregistrement de Berglund paru chez Finlandia, par exemple.

On s’ennuie un peu à l’écoute de la version intégrale de L’Oiseau de feu, peut-être par habitude d’entendre les versions courtes qui juxtaposent les thèmes les plus spectaculaires. Mais il manque au minimum un peu de liant dans la vision. Le final, bien entendu, est somptueux.

Deux bis : quelque chose qui ressemble à du Tchaïkovski et une valse viennoise dans laquelle on s’amuse à voir le chef “suivre” l’orchestre, clairement en pilote automatique.

21 mai 2009

“A Complete History of My Sexual Failures”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 21.5.09 à 20h35
Toute l’Histoire de mes échecs sexuels. Chris Waitt (2008).

History Curieuse idée du réalisateur Chris Waitt, qui s’est mis en tête d’analyser les causes de ses déboires amoureux successifs en allant interviewer ses anciennes petites amies dans l’espoir de mieux comprendre ce qui clochait chez lui. L’entreprise n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît de prime abord et l’aventure prend vite des tours inattendus.

Le résultat, à la croisée du cinéma-réalité et du docu-fiction, est un étrange mélange de candeur, d’exhibitionnisme, d’humour… en grande partie porté par la personnalité très particulière du protagoniste principal, qui semble prendre un malin plaisir à se mettre en scène comme un doux rêveur un peu déjanté, un personnage auquel on n’arrive pas à croire totalement.

Reste que l’on s’amuse beaucoup à suivre les aventures de ce doux dingue incorrigible, qui signe un objet cinématographique inhabituel et attachant.

“$9.99”

UGC Orient-Express, Paris • 21.5.09 à 18h20
Le Sens de la vie pour 9.99$. Tatia Rosenthal (2008)

999 Avec notamment les voix de Geoffrey Rush et Anthony LaPaglia.

Ce film d’animation est inspiré de nouvelles de l’auteur israélien Etgar Keret. Il s’intéresse à une singulière galerie de personnages vivant dans le même immeuble et qui, chacun à sa façon, s’interrogent sur le sens de la vie. Malheureusement, à part deux ou trois idées vaguement poétiques, l’une au sujet d’un ange, une autre au sujet d’un cochon, le traitement des personnages reste superficiel et frustrant (“bizarre” n’est pas synonyme d’intéressant ou d’attachant). Je suis resté à peu près aussi perplexe qu’à la fin des Triplettes de Belleville. Il doit me manquer un câble…

“Män som hatar kvinnor”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 21.5.09 à 14h45
Millénium, le film. Niels Arden Oplev (2009)

Män-som Avec Michael Nyqvist (Mikael Blomkvist), Noomi Rapace (Lisbeth Salander), Sven-Bertil Taube (Henrik Vanger), Peter Andersson (Nils Bjurman), Peter Haber (Martin Vanger), Marika Lagercrantz (Cecilia Vanger), Lena Endre (Erika Berger), Ingvar Hirdwall (Dirch Frode), Gösta Bredefelt (Harald Vanger), Björn Granath (Morell), Ewa Fröling (Harriet Vanger), Stefan Sauk (Wennerström), Gunnel Lindblom (Isabella Vanger), Willie Andréason (Birger Vanger), Tomas Köhler (“Plague”)…

Cette adaptation d’un thriller de l’auteur suédois Stieg Larsson est le premier volet d’une trilogie dont les deux épisodes suivants sont annoncés pour la fin de l’année.

Ce n’est pas l’écriture, mais la réalisation, qui fait la valeur du film. Le scénario est en effet assez peu original, les personnages sont peu fouillés, voire carrément stéréotypés, l’écriture est linéaire… de sorte que les rebondissements successifs sont éminemment prévisibles puisque l’univers des possibles est chaque fois très restreint. N’est pas Agatha Christie qui veut.

La réalisation, en revanche, est un vrai plaisir. D’abord et avant tout, voici enfin un film qui prend son temps. Pas de mouvements ultra-rapides, pas de caméra tremblante portée à l’épaule, pas d’effets sonores envahissants. Au contraire, les plans sont amoureusement composés et la belle campagne suédoise offre un cadre magnifique à une histoire qui se déroule au rythme de la vie des habitants d’une île aux saveurs de bout-du-monde.

La photographie d’Eric Kress est somptueuse : le grain des images est délicieux, le jeu des ombres et de la lumière pour les scènes d’intérieur fait penser au Caravage ou à Rembrandt, les scènes d’extérieur sont baignées d’une délicieuse lumière bleutée… C’est, d’un bout à l’autre, un plaisir pour les yeux.

Et l’auteur des sous-titres est un petit plaisantin : il a transformé le A de son nom en Å.

19 mai 2009

Concert LSO / Repin / Gergiev à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 19.5.09 à 20h
London Symphony Orchestra, Valery Gergiev

Prokofiev :
– symphonie n°4 (version originale de 1930)
– concerto pour violon et orchestre n°2 (Vadim Repin, violon)
– symphonie n°5

Encore un très joli concert pour clôturer ce somptueux cycle Prokofiev.

La version originale de la quatrième symphonie, curieusement, prend un peu moins aux tripes que la version révisée entendue au concert précédent. La fatigue m’a malheureusement empêché d’apprécier à sa juste valeur le concerto, interprété par un Vadim Repin dont la maîtrise technique est impressionnante. En guise de bis, Repin et le premier violon du LSO, Andrew Haveron, interprètent magistralement le deuxième mouvement de la deuxième sonate pour deux violons de Prokofiev.

On termine sur une splendide cinquième symphonie, qui trouve assez logiquement sa place en fin de cycle car elle est à la fois accessible, spectaculaire… et elle est idéale pour mettre en valeur les qualités de l’orchestre, son homogénéité, son énergie soutenue, son lyrisme. Gergiev impressionne vraiment par sa vision et par sa capacité à entraîner tout ce petit monde. Il est aussi doté d’un solide sens du spectaculaire qui ne gâte rien.

En bis, la “Marche” de L’Amour des trois oranges, prise tambour battant, est le clou idéal pour conclure cette superbe série de concerts.

18 mai 2009

Concert LSO / Lang / Gergiev à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 18.5.09 à 20h
London Symphony Orchestra, Valery Gergiev

Prokofiev :
– symphonie n°3
– concerto pour piano n°3 (Lang Lang, piano)
– symphonie n°4 (version révisée de 1947)

C’est un bonheur d’observer à quel point le LSO et Gergiev semblent s’être trouvés. Leur complicité évidente, combinée à une technique qui laisse sans voix, les conduit à de véritables sommets, sans cesse parcourus pendant ce concert consacré avec Prokofiev, le troisième d’une série qui avait débuté en début de saison. L’orchestre étonne autant par sa capacité à rendre justice aux propos haletants et percussifs de Prokofiev que par la rapidité avec laquelle il sait changer d’atmosphère en une fraction de seconde pour évoquer les thèmes languissants et oniriques des mouvements lents avec de belles et longues phrases pleines de couleurs et d’intensité contenue.

On commence par une très belle troisième symphonie, écrite, on le sait, en recyclant airs et thèmes composés pour un opéra jamais créé, L’Ange de feu. Gergiev conduit l’orchestre avec une vision d’une étonnante clarté, en façonnant un discours musical palpitant, à l’intérêt constamment renouvelé. Dès les premières mesures, on est sidéré par l’unité de l’orchestre : l’accord final du premier mouvement sonne comme s’il n’y avait qu’un seul musicien. Le sublime Andante remplit de bonheur. Quant au troisième mouvement, avec ses glissandis grinçants désynchronisés entre les musiciens, c’est une merveille.

Le programme se poursuit avec ce sommet du répertoire qu’est le troisième concerto pour piano. Je suis loin d’être un inconditionnel de Lang Lang, mais sa technique est idéalement adaptée à ce concerto… et la vitesse d’exécution l’empêche de partir dans ses fameuses transes à l’inspiration un peu artificielle. Son approche du concerto est un peu moins percussive que ce que l’on entend d’habitude, en partie parce que sa technique est si fluide qu’il maîtrise parfaitement le moindre de ses mouvements. L’entente entre l’orchestre et le soliste est parfaite : l’expérience remplit de plaisir. Le public ne parvient pas à retenir ses applaudissements à la fin du premier mouvement… et il faut dire qu’il est quasiment inhumain de résister. En bis, on a droit à un arrangement autour d’une mélodie chinoise qui fait partie, je crois, des bis habituels de Lang Lang.

On termine sur la version de la quatrième symphonie révisée en 1947 pour se conformer aux “standards soviétiques”. À part un petit déraillement à la trompette, l’orchestre est encore une fois d’une qualité superlative. On est particulièrement enchanté par la mélodie simple mais inspirée du deuxième mouvement, un Andante Tranquillo dans lequel l’orchestre se distingue encore une fois par ses phrasés enchanteurs, ses inflexions inspirées et une entente remarquable entre les pupitres. Malheureusement, l’influence de la mise aux normes soviétiques se fait plus sentir dans l’écriture des dernières pages de l’œuvre, et le quatrième mouvement, du coup, a un peu de mal à prendre son envol.

En bis, l’orchestre nous offre un sublime extrait de Roméo et Juliette. C’est tellement parfait qu’on en oublierait presque de respirer.

17 mai 2009

“Star Trek”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 17.5.09 à 22h15
J. J. Abrams (2009)

Avec Chris Pine (James T. Kirk), Zachary Quinto (Spock), Leonard Nimoy (Spock Prime), Eric Bana (Nero), Bruce Greenwood (Captain Christopher Pike), Karl Urban (Leonard McCoy), Zoe Saldena (Uhura), Simon Pegg (Scotty), John Cho (Sulu), Anton Yelchin (Chekov), Ben Cross (Sarek), Winona Ryder (Amanda Grayson)…

J’ai passé une bonne partie de mes étés pendant les années 1980 à regarder des épisodes de Star Trek (et à y apprendre mon anglais) car les enfants de la famille anglaise avec laquelle je séjournais chaque année étaient fans au dernier degré. Il y eut d’abord les rediffusions de la mythique série originale créée par Gene Roddenberry en 1966, puis la nouvelle série Star Trek: The Next Generation qui vit le jour en 1987 et dont le capitaine, Jean-Luc Picard, était joué par un certain Patrick Stewart, dont nous parlions très récemment.

Star Trek est plus qu’une série de science fiction. Gene Roddenberry et les scénaristes de la série originale y ouvrent en effet subtilement toutes sortes de débat sur la guerre froide, la place des femmes, la drogue, le respect de l’autre… tout en composant en équipage où l’on trouve une noire, un asiatique, un Russe, ainsi que quelques non-Terriens.

Le concept de ce film est tentant : décrire les circonstances qui ont amené James T. Kirk à prendre la tête du célèbre équipage et à devenir le capitaine de l’Enterprise. Et le résultat est plutôt convaincant, même si les scénaristes ont eu besoin d’utiliser le stratagème d’un voyage dans le temps assez complexe pour justifier la présence de Leonard Nimoy, le Spock original.

Le film ne peut pas s’empêcher complètement de céder à la mode des images rapides et des bruitages bien dosés (notamment la manie des coups de poing qui font à peu près autant de bruit que l’explosion d’une bombe)… mais, dans l’ensemble, on s’y retrouve. Il faut notamment reconnaître un certain talent pour relier le film à toute la mythologie accumulée autour de Star Trek : les costumes, les décors, les gadgets, le jargon, les différentes espèces et leurs caractéristiques, les lois qui régissent la Fédération, les épisodes de la jeunesse de Kirk auxquels il est fait allusion dans la série télévisée, la personnalité des principaux protagonistes, etc., tout en rajoutant quelques pierres à l’édifice, comme le prénom d’Uhura.

On apprécie également une certaine retenue dans l’utilisation des effets spéciaux, notamment dans la séquence de pré-générique, qui semble faite pour rappeler les moyens techniques de 1966, où un vaisseau spatial ne pouvait être qu’une maquette filmée dans le décor idoine.

La distribution est particulièrement bien choisie… et chacun des “jeunes” acteurs rappelle furieusement son alter ego de 1966. À la fin du film, on comprend que l’équipe ainsi réunie soit aussi soudée autour du capitaine Kirk alors qu’elle s’apprête à partir à la découverte de l’univers, “to boldly go where no man has gone before”, comme le dit la voix off de Leonard Nimoy à la fin du film, tandis que se lance une réplique du générique de la série originale, avec la célèbre musique d’Alexander Courage à peine retouchée par le compositeur du film, Michael Giacchino.

L’aventure peut commencer.

Concert Wiener Philharmoniker / de Maistre / Gatti au Konzerthaus

Konzerthaus, Vienne • 17.5.09 à 11h
Wiener Philharmoniker, Daniele Gatti

Rossini : ouverture de Il barbiere di Siviglia (1815)
Stravinski : Jeu de cartes, ballet en trois donnes (1936)
Previn : concerto pour harpe et orchestre (Xavier de Maistre, harpe) (2008)
Mendelssohn : symphonie n°4 (1833)

Un de ces concerts absolument somptueux, où tout semble s’agencer de manière idéale. On sent entre l’Orchestre Philharmonique de Vienne et Daniele Gatti une complicité très supérieure à celle qui a eu le temps de s’installer entre le chef italien et l’ONF. Toutes les intentions de Gatti, pourtant exprimées avec une certaine économie, trouvent un écho immédiat dans le jeu de l’orchestre : c’est d’autant plus fascinant que l’orchestre, manifestement, est particulièrement à l’aise avec l’acoustique du Konzerthaus, qui lui permet de produire un son incroyablement luxueux.

L’ouverture du Barbier — jouée d’emblée avec une précision et un raffinement frappants — n’est pas qu’un bouche-trou. Le thème principal est en effet cité par Stravinski dans cet étonnant Jeu de cartes que, sauf erreur, je n’avais jamais entendu et auquel l’orchestre donne un caractère fou, sous la conduite vraiment inspirée d’un Gatti en pleine forme.

Xavier de Maistre, qui tient d’habitude le premier (sauf erreur) pupitre de harpe de l’orchestre — et qui mène par ailleurs une carrière internationale de soliste —, est sorti du rang le temps de ce concert pour interpréter le concerto pour harpe d’André Previn. C’est une œuvre hétéroclite, tantôt d’un romantisme débridé, tantôt lorgnant vers Stravinski (ce qui contribue encore à l’homogénéité du programme), tantôt évoquant carrément la musique de film. De Maistre propose une interprétation incisive et maîtrisée, à mille lieux de la vision éthérée que l’on a parfois de son instrument. Je suis également conquis par l’interprétation totalement engagée de l’orchestre qui, contrairement à d’autres formations que j’ai pu entendre, ne semble pas porter de jugement sur l’œuvre en lui donnant toutes les couleurs et tout le relief dont il se sent capable.

On finit en beauté avec une symphonie “italienne” que Gatti transforme aussi en une très belle expérience musicale, pleine de contrastes et de lumière.

Et il y a une femme à côté du Konzertmeister ! Les Philharmoniker seraient-ils enfin en train d’évoluer ?

16 mai 2009

Concert Wiener Symphoniker / Montero / Marin au Konzerthaus

Konzerthaus, Vienne • 16.5.09 à 19h30
Wiener Symphoniker, Ion Marin

Brahms :
– concerto pour piano n°1 (Gabriela Montero, piano)
– symphonie n°2

L’occasion s’est enfin présentée de découvrir l’une des dernières grandes salles de Vienne que je ne connaissais pas encore : le Konzerthaus, petit frère décontracté du Musikverein, dont la grande salle, somptueusement décorée, est très similaire à la salle dorée du Musikverein, avec sa forme de boîte à chaussures et ses 1800 places.

Le concert devait être dirigé par Fabio Luisi, malheureusement annoncé souffrant il y a quelques jours. Le chef autrichien d’origine roumaine Ion Marin ayant accepté de le remplacer au pied levé, la sixième symphonie de Hartmann, qui devait occuper la deuxième partie du concert, a été remplacée à mon grand chagrin par la deuxième symphonie de Brahms. Non que je n’aime pas la symphonie de Brahms, bien au contraire, mais je me réjouissais d’entendre la symphonie de Hartmann, rarement présente au programme des concerts.

La direction de Marin n’est pas très passionnante. Il a tendance à prendre son temps et à privilégier une rondeur souvent excessive, effaçant peut-être un peu trop les points saillants des partitions. Il faut dire que l’acoustique très onctueuse de la salle a sûrement tendance à gommer un peu les aspérités. Et puis Marin fait partie de ces chefs chichiteux qui sont franchement pénibles à regarder, en particulier lorsque ses cheveux virevoltent grâce à un brushing très étudié.

Reste que ce concert a marqué ma première rencontre avec l’étonnante pianiste vénézuélienne Gabriela Montero, issue elle aussi du fameux “Sistema” et dont j’avais déjà dit un mot ici. Dotée d’une technique assez étonnante, Montero se glisse sans problème dans la “vision” du chef, avec un résultat finalement assez peu marquant.

Mais c’est après le concerto que le concert devient captivant : en guise de bis, Montero propose deux des fameuses improvisations qui l’ont rendue célèbre. Et là, mes aïeux, on reste scotché. Pour la première improvisation, Montero propose à un violoniste de l’orchestre d’improviser avec elle — c’est la première fois, dit-elle, qu’elle expérimente cette configuration. Elle demande que l’orchestre lui fournisse un thème comme point de départ, et un violoncelliste facétieux lui donne l’ignoble sonnerie par défaut des téléphones portables Nokia. Montero joue le thème plusieurs fois avant de se lancer dans une improvisation brillante ; le violoniste se lance à son tour et les deux nous proposent une sorte de sonate apocryphe de Vivaldi rendue particulièrement savoureuse par sa totale spontanéité [on trouve d’autres exemples d’utilisation du même thème sur YouTube]. Après quelques rappels, Montero s’installe pour une deuxième improvisation et le Konzertmeister lui propose le fameux thème du 24ème Caprice de Paganini, déjà utilisé à l’envi par Brahms, Liszt, Rachmaninov et sans doute bien d’autres. Ce qu’en fait Montero est époustouflant : parcourant plusieurs styles musicaux, elle joue de manière incroyablement virtuose, avec une parfaite assurance, sans jamais perdre le thème de vue. Elle finit sur une sorte de milonga endiablée qui laisse sans voix. Standing ovation du public viennois pourtant généralement plutôt réservé.

Montero sera au Théâtre des Champs-Élysées en compagnie de Gautier Capuçon le 28 mai prochain. Je ne sais pas si des improvisations seront au programme…

14 mai 2009

À l’horizon : “Nine”

14.5.09

Nine L’événement cinématographique de l’année en matière de comédie musicale se produira en novembre prochain avec la sortie de Nine, l’adaptation de la sublime comédie musicale inspirée du de Fellini, réalisée par Rob Marshall, à qui l’on doit déjà la belle adaptation de Chicago.

L’excitation monte d’un cran avec la mise en ligne de cette bande-annonce [via Upstaged], qui semble bien prometteuse. On y voit la belle distribution réunie pour le film : Daniel Day-Lewis (qui interprète le rôle central du réalisateur Guido Contini, l’alter ego de Fellini) et l’impressionnante brochette de femmes qui peuplent sa vie, notamment Sophia Loren (sa mère), Marion Cotillard (sa femme Luisa), Penelope Cruz (sa maîtresse Carla), Nicole Kidman (sa muse et actrice fétiche Claudia) et Judi Dench (sa productrice, pour qui on a a manifestement allongé le rôle).

Difficile de juger en quelques images, mais il semble que Marshall ait réussi à créer un univers visuel captivant, à la mesure du défi posé par cette œuvre si particulière…

11 mai 2009

“La grande fête du théâtre musical”

Théâtre Comédia, Paris • 11.5.09 à 20h30

Gfdtm Cette manifestation était co-organisée par Regard en Coulisse (qui fête ses dix ans avec une nouvelle maquette très réussie) et par les sympathiques animateurs du “réseau” Diva, consacré à la promotion du théâtre musical.

La soirée est consacrée à une évocation du théâtre musical, essentiellement dans ses incarnations parisiennes, qu’elles soient passées (le rideau se lève sur une évocation de l’inoubliable production de Kiss Me, Kate mise en scène par Alain Marcel), présentes ou futures (grâce à des fenêtres ouvertes sur des œuvres en cours de conception, notamment celles qui seront prochainement présentées dans le cadre des “Rencontres Création” organisées par Diva).

Malgré une longueur totale un peu élevée, le format est bien pensé et les tableaux s’enchaînent sans laisser de place — à une exception près — à des épanchements d’autocongratulation déplacés. Au contraire, c’est le plaisir de se retrouver “tous ensemble” autour d’une passion commune pour le théâtre musical qui domine la soirée.

Les extraits présentés témoignent de la variété et de la vitalité du genre… et, même si la qualité des prestations est variable, un tel enthousiasme collectif ne peut que séduire.

10 mai 2009

“Waiting for Godot”

Theatre Royal Haymarket, Londres • 10.5.09 à 15h
Samuel Beckett (1953)

Godot En attendant Godot. Mise en scène : Sean Mathias. Avec Ian McKellen (Estragon), Patrick Stewart (Vladimir), Simon Callow (Pozzo), Ronald Pickup (Lucky), Richard Linnell (Boy).

C’est un plaisir peu commun que de voir deux des monstres sacrés de la scène britannique (tous deux, accessoirement, habitués de la série des X-Men) s’attaquer, sous l’égide de l’un des meilleurs metteurs en scène du moment, à ce qui est l’un des textes les plus remarquables et les plus riches du 20ème siècle.

Godot est un texte protéiforme, qui permet aux interprètes talentueux de s’épanouir dans un foisonnement de mots, de clins d’œil, de rebonds, de détours, de références… dont la richesse fournit le carburant à des performances qui peuvent être immenses. C’est bien sûr le cas de McKellen et de Stewart, qui ont un sens merveilleux du timing, de l’enchaînement, du rythme, du silence aussi… sans oublier une complicité étonnante et réjouissante. Leur interprétation, qui penche résolument du côté de la comédie, fait mouche sans que l’on ait l’impression d’y perdre les autres dimensions du texte.

Malheureusement, l’état de grâce ne s’étend pas aux deux autres personnages, Pozzo et Lucky, malgré une belle prestation de Simon Callow. C’est que l’écriture de ces deux autres personnages laisse aux comédiens moins de marge pour exprimer leur instinct.

Une fois de plus, je suis agréablement surpris de voir un public plutôt jeune réserver une ovation particulièrement marquée aux comédiens. Une partie du public est plus jeune que moi lorsque j’ai découvert la pièce : voilà qui est réjouissant.

The Bottom Line: Theatrical giants Ian McKellen and Patrick Stewart demonstrate immense skills, admirable instincts and perfect timing in this hugely enjoyable production, which leans firmly on the comedic side in the hands of Sean Mathias. I was somewhat less enthusiastic about Callow and Pickup, who don't procure the same level of enjoyment as Pozzo and Lucky. The superbly atmospheric set by Stephen Brimson Lewis, magnificently lit by Paul Pyant, greatly contributes to the experience.

09 mai 2009

“A Little Night Music”

Garrick Theatre, Londres • 9.5.09 à 19h30
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Hugh Wheeler.

Alnm Mise en scène : Trevor Nunn. Direction musicale : Caroline Humphris. Avec Hannah Waddingham (Désirée Armfeldt), Alexander Hanson (Fredrik Egerman), Maureen Lipman (Mme Armfeldt), Jessie Buckley (Anne Egerman), Kelly Price (Charlotte Malcolm), Alistair Robins (Carl-Magnus Malcolm), Gabriel Vick (Henrik Egerman), Grace Link (Fredrika Armfeldt), Kaisa Hammarlund (Petra), Phil Pritchard (Frid), Lynden Edwards (Mr. Lindquist), Fiona Dunn (Mrs. Nordstrom), Laura Armstrong (Mrs. Anderssen), John Addison (Mr. Erlanson), Nicola Sloane (Mrs. Segstrom)…

Je m’étais déjà fait l’écho (ici) de cette production de l’un des chefs d’œuvre de Stephen Sondheim, qui a vu le jour il y a quelques mois dans le tout petit théâtre de la Menier Chocolate Factory. Comme d’autres avant lui (Sunday in the Park with George, puis La Cage aux Folles), le spectacle s’est installé dans un plus grand théâtre du West End compte tenu du succès critique et public. On vient même d’apprendre qu’une version new-yorkaise est annoncée.

La transition d’un tout petit théâtre vers un espace plus grand est toujours un peu risquée. En l’occurrence, elle met encore plus en évidence l’aspect qui m’avait le plus gêné dans la version originale : la réduction de la partition pour six ou sept musiciens qui, même si elle est faite avec art (pas de synthétiseur trop présent), prive la musique de Sondheim d’une partie de son charme.

Pour le reste, force est de constater que la qualité est restée très élevée, tant du côté de la distribution — quasiment inchangée — que, surtout, de la mise en scène. Trevor Nunn possède en effet un talent très particulier pour aller au cœur de chaque mot, de chaque réplique, de chaque lyric. L’effet démultiplicateur sur le pouvoir dramatique de l’œuvre est remarquable… même s’il me semble avoir remarqué de très légères errances par rapport au livret d’origine.

The Bottom Line: Transfers are tricky and, as with previous Menier productions Sunday in the Park With George and La Cage aux Folles, the larger theatre makes the absence of a full orchestra even more noticeable and regrettable. Trevor Nunn’s production, however, retains its appeal thanks to its minute attention to every word and lyric.

“Sister Act”

London Palladium, Londres • 9.5.09 à 15h
Musique : Alan Menken. Livret : Glenn Slater. Livret : Cheri Steinkellner & Bill Steinkellner, d’après le scénario du film Sister Act.

Sisteract Mise en scène : Peter Schneider. Direction musicale : Nicholas Skilbeck. Avec Patina Miller (Deloris Van Cartier), Sheila Hancock (Mother Superior), Ian Lavender (Monsignor Howard), Chris Jarman (Shank), Ako Mitchell (Eddie), Katie Rowley Jones (Sister Mary Robert), Claire Greenway (Sister Mary Patrick), Julia Sutton (Sister Mary Lazarus), Nicolas Colicos (Bones), Ivan de Freitas (Denero), Thomas Goodridge (TJ), Vanessa Barmby, Amy Booth Steel, Julian Cannonier, Helen Colby, Jennie Dale, Jaymz Denning, Kerry Enright, Nia Fisher, Allison Harding, Paul Kemble, Debbie Kurup, George Daniel Long, Hugh Maynard, Jo Napthine, Aysa O’Flaherty, Landi Oshinowo, Verity Quade, Philippa Stefani, Helen Walsh…

Tout le monde, ou presque, connaît le film Sister Act de 1992 avec Whoopi Goldberg. Compte tenu de son sujet, le film contenait déjà pas mal de musique, aussi était-il prévisible que quelqu’un songe un jour à en faire une comédie musicale. C’est d’ailleurs Whoopi Goldberg elle-même qui, en association avec la société Stage Entertainment (le leader européen de la comédie musicale, propriétaire du Théâtre Mogador à Paris), a produit le spectacle.

On pouvait s’attendre à ce que les chansons présentes dans le film (comme, par exemple, “I Will Follow Him”, du compositeur français Jacques Plante) soient reprises dans la version scénique. Eh bien non, une partition totalement originale a été commandée au célèbre Alan Menken, l’homme aux huit Oscars, connu notamment pour être l’un des artisans de la renaissance de Disney dans les années 1990 grâce à ses partitions pour The Little Mermaid, Beauty and the Beast, Aladdin, Pocahontas, The Hunchback of Notre Dame et Hercules.

Cette adaptation en comédie musicale de Sister Act avait connu une première vie aux États-Unis, à Pasadena fin 2006, puis à Atlanta en 2007. Les critiques n’avaient pas été suffisamment bonnes pour envisager d’installer le spectacle à Broadway. La stratégie de repli a donc consisté à venir à Londres, en collaboration avec Stage Entertainment, en renouvelant largement le spectacle ainsi que l’équipe créative : nouveau chorégraphe, nouveaux décors, nouveaux costumes, nouvelles lumières, etc. La mise en scène reste, elle, entre les mains de Peter Schneider, un ancien de chez Disney qui est depuis l’origine l’un des artisans du projet.

La représentation à laquelle j’ai assisté était la troisième avant-première, aussi avons-nous eu droit à une annonce préalable de la part d’un représentant de la production demandant l’indulgence du public au cas où un incident viendrait perturber le déroulement du spectacle. Une précaution facilement compréhensible par la suite car, si aucune difficulté visible ne s’est produite, cette production est d’une complexité technique assez étourdissante.

L’une des raisons pour lesquelles j’aime tant le théâtre est liée, bien sûr, au côté presque magique de certaines transitions visuelles. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai tant aimé des spectacles comme Shrek the Musical ou, plus récemment, 9 to 5. Dans le cas de Sister Act, c’est un véritable feu d’artifices que propose le superbe décor de Klara Zieglerova, capable d’une variété insensée de transformations à vue grâce à sa tournette dotée de multiples ascenseurs ainsi que d’éléments mouvants très ingénieusement conçus dans les cintres.

Nul doute que cette débauche d’effets visuels jouera en défaveur du spectacle lorsque les critiques viendront évaluer le spectacle. C’est pourtant, compte tenu du matériau de départ (le scénario du film n’est pas très épais), une adaptation assez réussie qui est proposée sur la scène du London Palladium : le livret est distrayant et la partition remplit son rôle de manière relativement efficace.

Évidemment, on peut ne pas apprécier les lyrics un peu ras des pâquerettes d’un Glenn Slater pas toujours très inspiré… mais la musique d’Alan Menken, dans l’ensemble, est très entraînante. S’il y a une ou deux chansons dans lesquelles on retrouve le Menken des productions Disney (la chanson “Bless Our Show” fait vraiment penser à “Be Our Guest” de Beauty and the Beast), on est aussi agréablement surpris de le voir explorer avec succès des terrains plus “funky” avec des chansons qui tirent sur le gospel, la soul ou le rhythm and blues.

La distribution est particulièrement à la hauteur de la tâche. La jeune Patina Miller, qui joue le rôle que tenait Whoopi Goldberg dans le film, est extrêmement attachante, et — heureuse surprise — elle est presque aussi bonne comédienne qu’elle est bonne chanteuse. Elle est globalement bien entourée, notamment par une brochette de sœurs particulièrement dynamiques, au sein desquelles se distingue particulièrement l’irrésistible vieille sœur déjantée interprétée avec un bonheur total par la délicieuse Julia Sutton (qui a joué le personnage de Nancy dans Oliver! en 1962 et qui doit donc selon toute vraisemblance avoir autour de 70 ans).

The Bottom Line: Klara Zieglerova’s ever-morphing set is a wonder to behold and it contributes greatly to a spectacularly cinematic performance. The script of the 1992 movie doesn’t offer much for the writers to elaborate on, but Alan Menken’s music — although it occasionnally sounds Disney-esque — does manage to be funky and groovy when needed. Too bad Glenn Slater’s lyrics are such a bunch of tired clichés. Great cast. [Please note this comment is about a preview performance.]

08 mai 2009

“The Light in the Piazza”

Curve, Leicester (UK) • 8.5.09 à 19h30
Musique et lyrics : Adam Guettel. Livret : Craig Lucas, d’après le roman d’Elizabeth Spencer.

Piazza Mise en scène : Paul Kerryson. Direction musicale : Julian Kelly. Avec Lucy Schaufer (Margaret Johnson), Caroline Sheen (Clara Johnson), Matt Rawle (Fabrizio Naccarelli), Graham Bickley (Signo Naccarelli), Jasna Ivir (Signora Naccarelli), George Couyas (Giuseppe Naccarelli), Eliza Lumley (Franca Naccarelli)…

J’avais vu cette comédie musicale à sa création à New York il y a quatre ans et j’étais reparti impressionné par le talent d’Adam Guettel, le petit-fils du génial Richard Rodgers, bien qu’ayant à l’époque formulé des doutes sur ce que je ressentais comme une approche un peu élitiste de la composition. Il se trouve que le CD du spectacle est devenu depuis l’un de mes enregistrements préférés et que c’est de loin celui que j’écoute le plus souvent sur mon iPhone. C’était donc avec une certaine trépidation que je venais assister à la création européenne de l’œuvre, sous la houlette du toujours excellent Paul Kerryson, au théâtre flambant neuf de Leicester, le Curve (dont j’avais déjà parlé ici).

The Light in the Piazza est l’adaptation d’un court roman d’Elizabeth Spencer initialement publié dans le New Yorker : en 1953, Margaret, l’héroïne, fait visiter Florence à sa fille Clara, dont on apprend progressivement qu’elle est mentalement handicapée à la suite d’un accident survenu pendant son enfance. Un jeune Florentin, Fabrizio, tombe éperdument amoureux de Clara. Margaret, dont l’instinct premier est de s’opposer par tous les moyens à l’idylle des deux jeunes gens — au point de fuir à Rome avec sa fille — se rend compte progressivement que l’idée de l’union des deux jeunes gens n’est peut-être pas si aberrante. En voyant sa fille s’épanouir grâce à l’amour qu’elle reçoit de Fabrizio et de sa famille, elle décide d’abaisser les remparts qu’elle avait construits pour protéger Clara et est amenée au passage à réévaluer sa vie, notamment la valeur de son propre mariage.

Monter The Light in the Piazza soulève plusieurs difficultés : il faut d’abord être capable de reproduire cette atmosphère si particulière des fins d’après-midi florentines, propices aux “passeggiatas” ; et puis il faut une distribution et un orchestre capables de relever les défis — nombreux — que pose la partition de Guettel. Sur les deux points, cette production se débrouille remarquablement.

Le décor de George Souglides, sans atteindre les sommets de celui de la production originale new-yorkaise, parvient habilement à évoquer les lieux et les atmosphères du livret. Une contribution déterminante est fournie par les sublimes éclairages de l’Italien Giuseppe di Iorio.

L’orchestre joue, sauf erreur de ma part, dans la configuration voulue par le compositeur : six violons, deux violoncelles, une contrebasse, une clarinette, un basson, une harpe, un piano doublant célesta, une guitare doublant mandoline, des percussions. La partition reçoit, du coup, un traitement de première classe, sous la baguette de Julian Kelly, un fidèle de Paul Kerryson.

La distribution, quant à elle, a été sagement choisie en fonction de ses capacités vocales. Dans le rôle principal de Margaret, on retrouve l’excellente Lucy Schaufer, vue à Paris dans On the Town, autant habituée aux scènes d’opéra qu’aux scènes de comédie musicale. Elle rappelle étonnamment la créatrice du rôle à New York, l’irrésistible Victoria Clark. Le rôle de Clara est tenu par Caroline Sheen, dont la voix est un peu moins lyrique, mais qui se débrouille bien des exigeantes montées dans l’aigu de son personnage. Sans doute grâce à Paul Kerryson, elle réalise l’exploit d’être plus crédible dans son rôle de jeune-fille retardée que la créatrice du rôle, la pourtant excellente Kelli O’Hara. Quant à Fabrizio, il est interprété de manière fort convaincante — accent italien compris — par le bouillonnant Matt Rawle, vu pour la dernière fois dans la comédie musicale Zorro (en regardant sa bio, je me rends compte que j’ai bien dû le voir dans une dizaine de spectacles différents). Le reste de la distribution est à l’avenant (on y retrouve avec plaisir Graham Bickley dans le rôle du père), ce qui permet aux numéros d’ensemble, comme le redoutable quintette qui ouvre le second acte, d’être présentés à leur avantage.

Très belle production, donc, pour ce spectacle aux six Tony Awards. Il ne reste qu’une question : à quand une production londonienne ?

The Bottom Line: Although I wasn't immediately convinced when I first saw the show in New York, The Light in the Piazza has become a favourite of mine and I now rate the score as one of the very best of the last decade. Paul Kerryson demonstrates his usual high standards in a production that manages to conjure the peculiar atmostphere of the novel. Kudos to Lucy Schaufer for her wonderful Margaret, somehow very reminiscent of Victoria Clark’s, and to Caroline Sheen for making Clara even more credible than in the original New York production.

03 mai 2009

Concert CSO / Haitink à Carnegie Hall

Carnegie Hall, New York • 3.5.09 à 20h
Chicago Symphony Orchestra, Bernard Haitink

Webern : Im Sommerwind
Mahler : Rückert Lieder (Christianne Stotijn, mezzo-soprano)
Schubert : symphonie n°9

Un très joli concert dans l’acoustique riche et voluptueuse de Carnegie Hall. C’est un peu triste de voir Haitink, victime de douleurs lombaires, se déplacer lentement avec l’aide d’une canne et s’installer un peu péniblement sur un tabouret pour diriger.

Le Webern, une œuvre de jeunesse antérieure à l’opus 1, est un petit bijou foisonnant qui témoigne autant de l’admiration portée par le compositeur à la musique de Wagner que de son intérêt naissant pour la musique de son futur mentor, Arnold Schönberg.

Les Rückert Lieder sont interprétés avec une belle profondeur expressive par Christianne Stotijn, qui est vraisemblablement la même chanteuse que la “Charlotte” Stotijn entendue dans la même œuvre avec le même chef il y a quatre ans au TCE au cours d’un concert d’anthologie. (La critique du Monde de l’époque parle aussi de Charlotte et non de Christianne, donc ce n’est pas moi qui aurais modifié accidentellement le prénom. D’un autre côté, Google ne retourne aucun résultat pour “Charlotte Stotijn”.)

La “Grande” Symphonie de Schubert illustre magnifiquement les atouts que le CSO met au service du grand répertoire romantique : des cordes d’une homogénéité et d’une densité phénoménales, capables de peindre des lignes mélodiques d’une merveilleuse sensualité et marquées de belles inflexions ; des cuivres capables d’une remarquable expressivité malgré leur technique irréprochable ; des bois enjôleurs et chaleureux. Le tout guidé et contrôlé avec une précision jamais prise en défaut par le maestro néerlandais, qui continue d’atteindre des sommets.

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